Le CIRÉ met en garde contre les fausses informations autour d’une nouvelle “crise des migrants” en Belgique

EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ

Les entrées de migrants en Belgique ne cessent de diminuer, et pourtant les centres sont de plus en plus saturés. Face à la propagation de fausses informations, le CIRÉ décide de tirer la sonnette d’alarme: quelle est la réelle raison de ce manque d’espace?

Ce 21 septembre, le Parc Maximilien se retrouvait à nouveau occupé par plus de 500 migrants. Après la fermeture de l’occupation temporaire La Porte d’Ulysse, genre de “squat légal” comme la Voix des Sans Papiers en a mis en place depuis des années, il est devenu difficile de trouver un endroit où vivre pour les migrants et demandeurs d’asile en mal de logement.

Cette situation précaire ne manque pas de faire tiquer les associations de terrain et centres d’étude des migrations: pourquoi se retrouve-t-on encore, alors que l’afflux a baissé d’au moins un tiers depuis 2015, avec des centaines de migrants à la rue, sans possibilité d’accueil dans un centre?

Pas d’augmentation des demandes de protection internationale

D’après le CIRÉ, parler d’un afflux excessif actuel de migrants est faux. Dans un communiqué de presse, l’asbl de coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers met en garde contre les fausses informations qui peuvent circuler sur les “demandeurs de protection internationale”: “Beaucoup pourraient comprendre que cette situation est due à une forte augmentation des demandes de protection internationale. Ce n’est pas le cas.”

S’ensuit un rappel des chiffres au fil des années. Dans les 6 premiers mois de 2019 et d’après l’Office des Etrangers, 10.844 demandes d’asile ont été introduites. À titre de comparaison, lors de la crise de 2015, C’était plus de 30.000 demandes qui avaient été réalisées.

Une faute remise sur la politique d’asile sous Charles Michel (MR)

Mais alors, si diminution il y a eu, quelle est la raison de la saturation des centres de demandeurs d’asile? Pour le CIRÉ, la faute est à remettre sur la politique de Théo Francken (N-VA), secrétaire d’état à l’asile et la migration sous le gouvernement Michel (MR). Une situation qui a commencé à la fin de l’année 2017: “Au vu de la diminution des demandes d’asile et du taux d’occupation des centres d’accueil, le secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration de l’époque, Theo Francken, décide alors la fermeture de plusieurs centres d’accueil qui avaient été ouverts en 2015, au moment de l’arrivée de nombreux demandeurs d’asile. Il a répété cette mesure au début de l’année 2018, en demandant que les centres désignés soient fermés au plus tard pour le mois d’août. (…) Cette décision a mené au départ de nombreux membres du personnel et donc, à une perte de compétences et d’expérience très dommageable pour la suite.”

Pour le CIRÉ, “la crise actuelle est liée à ces fermetures inconsidérées”. Il aurait fallu, même “à moyen terme”, conserver des “places d’accueil tampons”, de réserve. Un autre problème de taille: un manque de personnel à l’OE (Office des Etrangers) et au CGRA (Commissariat général aux réfugiés et apatrides). En outre, une série de problèmes liés à l’administration et aux quotas entraîne, toujours d’après le CIRÉ, des “retards qui ont été difficiles à résorber”.

Ce communiqué de presse, on voit bien dans l’actualité à quoi il est dû. Récemment, Théo Francken (N-VA) a eu des déclarations qui ciblaient le “coût de la crise d’asile”.

Le 4 octobre dernier sur Twitter, il parlait ainsi du budget accordé à Fedasil: “Maggie De Block (Open VLD) demande à nouveau 14 millions pour l’accueil des demandeurs d’asile. Le Budget 2019 monte jusqu’à 411 (!) millions d’euros. La crise d’asile coûte bien trop d’argent. La presse reste muette dans toutes les langues. Le gouvernement doit mettre en place la dissuasion et les quotas.”

Il y a donc, effectivement, à nouveau une crise d’asile en Belgique. Mais cette crise pourrait bien être dûe non pas à l’afflux, mais bien à la fermeture de centres autrefois disponibles. Le CIRÉ met en garde contre la diffusion de fausses informations à ce sujet, qui pourraient être récupérées politiquement. Pour changer.

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