Le Chili lève l’état d’urgence: quelle suite aux manifestations?

EPA/EFE

Démission du gouvernement, levée de l’état d’urgence: les manifestations chiliennes ont payé. Ne reste plus qu’à voir si l’apaisement est au rendez-vous ou si elles vont perdurer pour voir une réelle remise en question du système.

Ce dimanche, le président Sebastian Pinera a annoncé la fin de l’état d’urgence ce lundi 28 octobre à minuit. Une décision qui survient peu après que le compte des morts (toujours contesté) ait été revu à la hausse avec 20 personnes.

Depuis 9 jours, les émeutes faisaient rage dans toutes les régions du Chili, embrasé par une hausse du prix du ticket de métro qui avait révélé un pays aux inégalités fortes, avec un peuple usé par les provocations de leur gouvernement. Un pays dont la constitution, écrite sous Pinochet, n’a jamais été modifiée.

En 9 jours, des images impressionnantes de tanks dans les rues, d’armée tirant à balles réelles sur des manifestants pacifiques, de kidnappings et d’incendies ont envahi les réseaux sociaux. Des images de lutte face à l’armée également. Si effectivement, certains avaient à coeur de parler de “scènes de guerre” dans les rues de Valparaiso, Santiago ou encore Valdivia, d’autres préféraient le terme “révolution”.

Un million de personnes vendredi

Ce Samedi 26 octobre, Pinera a au final annoncé avoir demandé à tous ses ministres de “remettre leur démission”, sans pour autant démissionner lui-même. Le but: “pouvoir former un nouveau gouvernement et pouvoir répondre [aux] nouvelles demandes, comme le rapporte l’AFP. Une manifestation rassemblant un million de personnes avait eu lieu la veille dans les rues de Santiago.

En levant l’état d’urgence, Pinera souhaite “retrouver une normalité institutionnelle”. C’est la troisième fois en un an et demi que le président conservateur se retrouve à remanier son gouvernement.

Et maintenant?

Pas sûr que ces mesures suffisent à calmer les manifestations. Si, effectivement, la démission des ministres de Pinera est l’une des demandes des manifestants, la remise en question de l’entièreté du système et les actes commis par les militaires durant l’insurrection vont devoir avoir une réponse.

L’institut National des Droits de l’Homme chilien a dénoncé tortures sexuelles, violences policières graves, meurtres et kidnappings venant des militaires et policiers. L’ex-présidente du Chili et commissaire aux Droits de l’Homme à l’ONU a annoncé ce jeudi 24 octobre dernier qu’une ‘mission de vérification” allait être envoyée “pour examiner les allégations de violations des droits de l’Homme”.

L’autre tangente, c’est la poursuite des protestations. Ce samedi, des milliers de personnes se sont réunies sur les différentes place centrales de grandes villes chiliennes. La démission ne suffira pas pour eux, comme en parlait le Washington Post. Il ne s’agit que d’une décision sur le court terme, quand les chiliens réclament une révision de la constitution et une sortie d’un néo-libéralisme considéré comme dévastateur.

Interviewée par le Washington Post, Marta Lagos, directrice de la société de sondage Latinobarometro, basée à Santiago, a ainsi résumé la situation au Chili: “Les gens ordinaires voient ce pays prospère, la star de l’Amérique latine, ils voient des gratte-ciel et quatre Maserati vendus chaque mois, un quartier commercial de luxe où ils vendent des sacs à main d’une valeur de 4 000 $, mais depuis cinq ans, leur situation n’a pas changé. Ils sont coincés.” Elle conclut en disant: “Cette augmentation de 30 pesos des tarifs du métro a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Ils ont dit : “Pas un pas de plus. On en a marre d’attendre.”

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