La RDC connaît enfin son président, et ce n’est pas celui qui était attendu

La RDC connaît enfin son président, et ce n’est pas celui qui était attendu

Elections reportées puis résultats retardés, rien ou presque ne s’est passé comme prévu. Jusqu’au résultat final: Félix Tshisekedi est le nouveau président de la République démocratique du Congo. Candidat de l’opposition, mais pas forcément du peuple. Martin Fayulu, farouche opposant au régime de Kabila, parle déjà de “putsch électoral”. Reste à voir si la population acceptera ce résultat.

Avec 38% des votes, Félix Tshisekedi est proclamé président de la République démocratique du Congo contre toute attente. Il met ainsi fin aux 17 ans de règne de Joseph Kabila, qui ne pouvait plus se présenter. Le candidat du président sortant, Emmanuel Ramazani Shadary, n’aurait lui obtenu que 23% des votes.

L’autre candidat laissé sur le carreau, longtemps donné comme favori mais dont personne n’osait prononcer le nom avant que la Céni (commission électorale) ne le fasse, est Martin Fayulu. Il arrive en 2e position avec 34% des voix. Dire qu’il n’accepte pas sa défaite est un euphémisme: “Ces résultats n’ont rien à voir avec la vérité des urnes. C’est un véritable putsch électoral, c’est incompréhensible.”

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Volonté de changement, pas écoutée?

Et c’est un peu le scénario que tout le monde craignait. L’important au Congo n’est finalement pas le résultat des urnes, mais ce que la population pense être le résultat des urnes. Si elle estime ne pas avoir été écoutée, la RDC peut rapidement tomber dans le chaos et la violence.

Car l’opposition de Félix Tshisekedi au camp Kabila est toute relative, comme en témoigne son discours qui a suivi les résultats: “Je rends hommage au président Joseph Kabila. Aujourd’hui, nous ne devons plus le considérer comme un adversaire mais plutôt comme un partenaire de l’alternance démocratique dans notre pays.” Félix Tshisekedi fait partie de l’UPDS, il s’agit du parti historique d’opposition.

Mais de nombreux observateurs avaient pointé la volonté du peuple congolais de se détacher de cette opposition traditionnelle. D’opter pour le changement avec Martin Fayulu. Une bonne partie du peuple risque donc d’être déçue et les mots employés par Fayulu font craindre le pire: “Le peuple veut sa victoire et nous allons préserver la victoire. Je vous parle avec beaucoup de sérénité et d’assurance. On ne leur permettra pas de voler la victoire du peuple.” Il soupçonne déjà un accord entre Félix Tshisekedi et le pouvoir: “Ces gens travaillent ensemble contre la population congolaise. Et ça, c’est extrêmement grave.”

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Diplôme falsifié

Félix Tshisekedi est l’héritier politique de son père Étienne, surnommé le Sphynx et dont la dépouille se trouve toujours en Belgique suite à son décès à Bruxelles en 2017. Farouche opposant à Mobutu, lui aussi a tenté de bousculer le pouvoir de Kabila en 2011, mais sans arriver à ses fins.

Félix Tshisekedi, 55 ans, a donc pris le relais de son père et a été désigné, sans surprise cette fois, à la tête de l’UPDS en avril dernier. On le décrit comme plus diplomate et conciliant que son père. Exilé un temps en Belgique avec ses frères et ses sœurs, il aurait obtenu un diplôme en marketing et communication, qui depuis s’avère avoir été falsifié.

Reste que ces résultats aux élections présidentielles sont pour l’heure provisoires. Ils doivent d’abord être validés par la Cour constitutionnelle. L’Eglise Catholique doit aussi se prononcer, alors qu’elle déclarait déjà il y a quelques jours connaitre le gagnant, sans doute possible.

Comme expliqué, au-delà du résultat, c’est sa perception qui importe. Ce matin sur C-News, le ministre français des Affaires étrangères a parlé de “résultats non conformes”. Didier Reynders, côté Belge, se montre plus prudent même s’il a fait par d’un certain nombre de doutes”. Les observateurs retiennent leur souffle. Le Congo va-t-il basculer dans le chaos?

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