La délicate question des combattants belges de l’EI: leur retour n’est pas une option pour Charles Michel

La délicate question des combattants belges de l’EI: leur retour n’est pas une option pour Charles Michel

La capture des combattants de l’EI qui proviennent d’Europe reste une question centrale. Ce lundi, Charles Michel était en Égypte pour assister au premier sommet entre les pays de l’UE et les pays de la Ligue arabe. Il y a multiplié les contacts pour faire avancer ses deux options: le jugement des combattants sur place (Irak/Syrie) ou dans le cadre d’une juridiction internationale.

Officiellement, il n’était évidemment pas question de l’État islamique lors du sommet qui regroupait les 28 Etats membres de l’UE (oui, le Royaume-Uni est toujours là) et les pays de la Ligue arabe. Mais la question du terrorisme s’est invitée naturellement, tout comme la question migratoire. Car la quasi-défaite de l’EI et la volonté de Trump de se retirer de la zone de conflit (Syrie/Irak) amène la délicate question des prisonniers sur la table. Et spécifiquement des prisonniers européens.

Concernant la Belgique, ils sont entre 400 et 600 combattants à avoir pris les armes au nom du Califat. Se pose maintenant la question de leur retour. En marge du sommet, Charles Michel a effectué des rencontres bilatérales. Si elles sont souvent symboliques, elles permettent parfois d’établir un premier contact, avant d’opérer une stratégie plus complexe, multilatérale, le leitmotiv de notre Premier ministre. Ce lundi à Charm El Cheikh, il a ainsi rencontré les dirigeants du Liban, de l’Arabie saoudite et d’Oman et sans doute officieusement de l’Irak.

“Le but ici est de développer de la coopération pour lutter contre le terrorisme, faire reculer l’insécurité”, explique le Premier ministre. Pas si simple, quand on sait que certains pays arabes se déchirent. Charles Michel regrette le conflit “profond” entre l’Arabie saoudite et l’Iran, “désormais presque irréconciliables”. La rivalité des deux géants est une des grandes causes de l’instabilité dans la région.

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Deux pistes

Mais le Premier ministre veut avancer coûte que coûte, et il a réitéré les deux solutions qui ont sa faveur et pour lesquelles il a plaidé durant tout le sommet: “Nous souhaitons au maximum que des décisions (contre les combattants) soient prises dans la région, dans les pays où des crimes ont été commis, ou alors, une forme de justice internationale. C’est la raison pour laquelle je vise tous les contacts possibles ici, pour expliquer notre position et pour voir s’il est possible de rassembler une coalition de pays qui pourrait partager ce point de vue.”

Ramener ces combattants pour qu’ils soient jugés chez nous n’est pas une option pour le Premier ministre “car les magistrats européens connaîtraient une grande difficulté à collecter les éléments des preuves depuis l’Europe pour établir des dossiers judiciaires”.

Mais si un jugement sur place des combattants est possible en Irak, la situation est beaucoup plus complexe en Syrie. Car si d’un côté, la Syrie a triomphé de l’État islamique (sans oublier l’aide des Kurdes), de l’autre, tout dialogue politique avec le régime de Bachar el-Assad est désormais impossible.

Europe et Belgique divisées

Pendant ce temps en Europe, on reste fortement divisé sur la question. Emmanuel Macron est le seul à avoir émis le désir de voir les combattants français rapatriés. Car il se sent plus en sécurité en sachant ces terroristes près de lui plutôt que dans la nature. Les Pays-Bas et l’Allemagne, par contre, sont beaucoup plus réticents. Theresa May – présente au sommet pour une des toutes dernières fois (quoique?) – a rencontré ses homologues pour évoquer le sujet, sans en arriver à une conclusion. Une position commune de l’UE se fait encore attendre. Si elle arrive.

En Belgique, le retour des combattants belges suscite les tensions. Bart De Wever (N-VA) a ouvert le débat en évoquant la possibilité d’un retour contrôlé, avant de faire marche arrière. Le ministre de la Justice, Koen Geens (CD&V), avait rapidement dégainé suite au tweet de Donald Trump qui demandait aux Européens de prendre leurs responsabilités.

La majorité sert les rangs. Le Conseil national de sécurité (Premier ministre, ministres de la Justice, de la Défense, de l’Intérieur, des Affaires étrangères, et les Vice-Premiers ministres) privilégie la création d’une juridiction internationale, en tout cas pour ce qui concerne les adultes. Pour les enfants de moins de dix ans, la Belgique va faciliter les rapatriements, en tout cas si la famille en Belgique en fait la demande. Pour les enfants de plus de dix ans, ce sera du cas par cas.

Aucune solution globale donc, mais le Premier ministre a montré ses cartes lors du sommet. En espérant rallier le plus grand nombre à sa cause.

Charles Michel

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