Kheiron a perdu les droits d’adaptation de sa propre enfance

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Le copyright va manifestement trop loin, en témoigne le procès de l’absurde qu’a vécu Kheiron depuis la sortie de son film Nous Trois Ou Rien. Dans ce long-métrage de 2015 qui avait rencontré un beau succès, autant au niveau du public que dans l’accueil critique, l’humoriste conte la vie de son père, figure politique iraniennet notoire forcé de s’exiler en France alors que sa famille se forme.

Il vit ensuite à Paris, là où a grandi celui qui a récemment été accusé d’être copycomic, et on imaginait bien une suite où l’enfance de Kheiron serait au centre de l’histoire. Il joue d’ailleurs son père dans Nous Trois Ou Rien.

Sauf que sur Twitter, Kheiron a annoncé que non, jamais il n’y aurait de suite à son film, car, dans ses propres mots: “la vie de mes parents ainsi que mon enfance ne nous appartiennent plus.”

“De nombreuses anecdotes du livre sont reprises dans le film”

La raison de cette perte réside en la publication d’une autobiographie écrite par le père de Kheiron, Hibat Tahib, en co-rédaction avec Nathalie Dollé. Le roman raconte comment Hibat a traversé le monde, de Téhéran à Paris, en tant que réfugié politique, avec une vision sociologique de son parcours. Publié aux Editions de l’Atelier en 2017, seuls 419 exemplaires ont été vendus, dont 50 achetés par Hibat Tahib lui même.

Avant de réaliser son film, Kheiron avait tenté de contacter la maison d’édition pour savoir s’il pouvait adapter quelques passages, sans réponse. Il a donc poursuivi son aventure, a tourné, réalisé et produit son film sans se douter de ce qu’il allait arriver. 4 mois après la sortie du film, il reçoit une plainte pour contrefaçon de ceux qui jusque là étaient restés silencieux. Les Editions de l’Atelier réclament 120.000 € de réparation pour le dommage engendré.

La raison de la plainte: “de nombreuses anecdotes du livre sont reprises dans le film”. Sans blague. On peut difficilement faire autrement quand on adapte la vie réelle de quelqu’un.

On pourrait penser que le bon sens s’inviterait dans un procès qui montre toute la folie du copyright, et pourtant non: la maison d’édition a gagné ce conflit. Tout en devant verser 218€ de droits d’auteur aux deux auteurs du roman, facture en attente pour les ventes du livre, les producteurs du film vont donc devoir verser 15.000 € de dommages et 5.000 de frais de procédure. Un accord confidentiel a également été conclu.

Il n’y aura donc jamais de suite à Nous Trois Ou Rien. Perdre les droits d’auteur sur son propre enfance, c’est possible. Retenez ceci, jeunes écrivains, scénaristes et producteurs: le copyright est votre ami. Sauf parfois.

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