Greta Thunberg, invitée à s’exprimer à l’Assemblée nationale, divise une fois de plus la France

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Ce mardi, la jeune Greta Thunberg, que l’on ne présente plus, est invitée à s’exprimer devant l’Assemblée française et à débattre avec les députés. Mais sa présence ne fait absolument pas l’unanimité et une certaine partie de la classe politique appelle au boycott, divisant une fois de plus un pays qui enchaine les scandales, polémiques et conflits.

C’est une journée tendue qui s’annonce à l’Assemblée nationale française ce mardi. La jeune militante désormais mondialement connue Greta Thunberg y est invitée pour s’exprimer sur la question climatique mais également pour débattre avec les députés français.

Cependant, sa venue est vue d’un mauvais oeil par toute une partie de la classe politique française. En effet, plusieurs députés des Républicains et du Rassemblement National s’opposent à sa présence et appellent au boycott.

“Gourou apocalyptique”, “Prix Nobel de la peur”

Les mots employés par ces députés méfiants sont durs: la jeune fille de 16 ans est qualifiée de “gourou apocalyptique” par Guillaume Arrivée (LR), “Prix Nobel de la peur” par Julien Aubert (LR), tandis que Sébastien Chenu (RN) dit ne pas vouloir se “prosterner” devant la militante. Des termes forts mais surtout durs pour une jeune fille qui représente à elle seule la lutte contre le réchauffement climatique.

Depuis, plusieurs personnalités politiques ont apporté leur soutien à Greta Thunberg. Il faut dire que c’est l’opportunité rêvée par la gauche pour attaquer leurs petits camarades de droite. Delphine Batho, présidente de Génération écologie, voit dans ce boycott une preuve du climato-scepticisme de la droite: “C’est une clarification utile parce que les masques tombent en fait sur un arrière-fond, en quelque sorte, de climato-scepticisme” a-t-elle déclaré au micro de FranceInfo. “Il faut croire qu’on est dans une situation tellement dramatique et même tragique que la jeunesse a davantage lu les rapports du Giec que bien des responsables politiques” ajoute-elle ensuite, indignée.

Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, défend lui directement Greta Thunberg: “C’est la colère qui devrait nous emporter tous aujourd’hui. Ce n’est pas la boycotter qu’il faut, c’est au contraire l’acclamer et dire que nous n’en faisons pas suffisamment” dit-il avant d’ajouter que Greta Thunberg “a eu un rôle extraordinaire dans la prise de conscience globale en Europe, même dans le monde”. Même Nicolas Hulot, ex-ministre de l’Ecologie, y est allé de son tweet pour soutenir la jeune fille: “L’arrogance ne doit pas couvrir la voix de celles et ceux qui ont toute légitimité à s’exprimer comme Greta Thunberg” écrit-il.

Une personnalité clivante qui n’épargne pas la France

Mais que l’on soit clair: il n’y a pas qu’en France que Greta Thunberg divise. Depuis le début de sa nouvelle célébrité, la jeune suédoise s’est fait un paquet d’ennemis et de détracteurs qui voient en elle “une marionnette du capitalisme vert” ou des lobbys écologistes si tu préfères. On l’accuse également d’être l’égérie, un produit marketing, pour mettre en avant la maladie dont elle est atteinte: le syndrome d’Asperger. Des théories complotistes qui n’apportent rien à l’urgente question climatique, bien au contraire.

Lors de sa venue en Belgique, Greta Thunberg n’avait pas divisé la classe politique comme elle est en train de le faire en France. Il faut dire que ces derniers mois, tout est sujet à polémiques, débats et scandales chez nos voisins français. On peut citer tout un tas de dossiers qui ont divisé la France: l’affaire Benalla, les Gilets Jaunes, le pacte de Marrakech, le traité d’Aix-La-Chapelle, le burkini et bien sûr toute la question migratoire. Greta Thunberg devient désormais un nouveau prétexte pour les députés français de se tirer dans les pattes, à quelques mois des élections municipales.

Climato-scepticisme

Et selon plusieurs observateurs, ce débat autour de l’invitation de la jeune suédoise à l’assemblée nationale est bien révélatrice de la césure entre la gauche et la droite françaises. Daniel Boy, directeur de recherche à Sciences Po et spécialiste de l’écologie politique contacté par France 24, s’explique: “Toute cette agitation révèle la césure politique entre la gauche et la droite sur la question de l’environnement et du réchauffement climatique. Les Républicains n’ont jamais été engagés dans la lutte contre le réchauffement climatique.”

Juliette Grange, chercheuse en philosophie politique au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), est plus directe et ne mâche pas ses mots en parlant directement de climato-scepticisme: “Ils tentent d’installer leur climato-scepticisme dans le programme du parti. C’était sous-entendu jusqu’à présent, cela s’inscrit dorénavant dans leur discours.”

“Elle n’est certes ni une experte, ni une scientifique, ni une bobo qui alerte sur le climat” ajoute la chercheuse, “Pour autant, cette Suédoise au look très scolaire qui s’exprime simplement fait un tabac chez les 13-20 ans. Non seulement elle fait entendre ses idées chez les jeunes sur les réseaux sociaux, mais sa voix touche aussi les classes cultivées et l’ensemble de la société. Elle est la voix d’une génération.”

Programme de la journée

Qu’importe tous ces débats, Greta Thunberg participera bien, dès midi, à un débat dans une salle pouvait accueillir 350 personnes. Et lors de la réunion ouverte aux parlementaires, elle s’exprimera aux côtés de la climatologue et membre du Giec, Valérie Masson-Delmotte.

“Elles vont se prononcer sur les dangers du réchauffement climatique et vont appeler à travailler sur les risques”, explique Daniel Boy. “Le risque climatique est réel, on le sait, les gens expérimentent tous les jours les conséquences du réchauffement entre la sécheresse et les températures qui dépassent les 40 °C dans le nord de la France.”

En conclusion, si la venue de la Suédoise de 16 ans divise autant, c’est bien la preuve que les idées qu’elle véhicule dérange une partie de la société. “Une femme, jeune, qui interpelle des politiques majoritairement masculins et de grands décideurs sortis de prestigieuses écoles”, souligne Juliette Grange. Car l’important à retenir, c’est que grâce à cette jeune fille, l’écologie a gagné sa place dans la société. On s’attarde ici sur la forme et non sur le fond et qu’importe si elle n’a que 16 ans tant que les critiques servent à servir une cause, qu’elle soit juste ou non.

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