Donald Trump pourrait-il être réélu en 2020?

epa07657048 US President Donald J. Trump speaks during his 2020 re-election bid announcement in Orlando, Florida, USA, 18 June 2019. President Trump, accompanied by the Vice President Mike Pence, returns to Florida to officially begin his re-election campaign. EPA-EFE/CRISTOBAL HERRERA

L’image de Donald Trump a évolué depuis 2016, et a encouragé un changement dans la société américaine. Comme il y a trois ans, l’élection de 2020 pourrait-elle créer la surprise? Plus rien n’est certain avec Trump, mais en regardant son bilan et ses adversaires, on a déjà une petite idée d’à quoi ressemblera la campagne électorale américaine.

Flashback au 8 novembre 2016. Les lève-tôt et veilleurs étaient déjà au courant de la nouvelle, quand certains la découvraient à l’arrêt de tram en descendant leur fil d’actualité. Pour tous, l’élection de Donald Trump à la tête de la première puissance mondiale allait s’avérer marquante, créant un tournant sur la scène politique internationale, mais aussi dans la société américaine. Personne n’y croyait, en particulier les européens, et pourtant, écrit noir sur blanc: Donald Trump succédera à Barack Obama.

De retour en 2019, l’ex-star de télé-réalité, personnalité médiatique et 45ème président des Etats-Unis a annoncé sa candidature pour le mandat de 2020 à 2024. L’occasion de se demander si une réélection est tout de même possible, même si la plausibilité d’une telle nouvelle devrait moins nous surprendre qu’il y a trois ans.

Quel bilan pour Donald Trump?

Avec 36% d’approbation de sa politique au 30 août 2016, Donald Trump ne remporte pas le coeur des Américains. La destitution, et ce depuis son élection, a souvent été mentionnée. L’idée, même s’il ne lui reste que quelques mois avant d’affronter de nouveaux suffrages, reste tout aussi forte chez les démocrates américains. Mais quel bilan Donald Trump porte-t-il concrètement, alors que sa campagne est à présent lancée?

Keep America Great

Il voulait rendre “l’Amérique géniale à nouveau”. C’est aujourd’hui chose faite d’après lui, étant donné que son nouveau slogan encourage l’idée de garder les choses telles qu’elles ont évolué au cours de sa législature: Keep America Great.

Parmi les points centraux de son mandat, on ne passe pas à côté de l’immigration. C’est lui-même qui, dans la nuit du 17 au 18 juin, insistait via Twitter sur ce point en annonçant que “dès la semaine prochaine, l’ICE (police des frontières) allait commencer à exulser les millions d’étrangers illégaux qui sont entrés de manière illicite aux USA”.

On se rappelle des images: des familles séparées à la frontière, et 2.300 mineurs placés en centre d’hébergement. Quand le mur longeant le Mexique qu’il avait promis en 2016 n’a été construit que sur 200 kilomètres des 3.200 totaux, 100.000 clandestins avaient été interpellés en avril, pour seulement 240 migrants renvoyés au Mexique. Trump se targue d’avoir “tenu ses promesses” alors qu’il annonce sa candidature à Orlando, en Floride, devant une foule en liesse. Mais est-ce réellement le cas quand on voit ces chiffres?

Bilan social

L’annoncer à Orlando n’est d’ailleurs pas une coïncidence. La Floride est un état-clé durant les élections. Un autre événement à Orlando qui a fait du bruit ces derniers jours, c’était la Make America Straight Again Conference, réunissant des pasteurs homophobes dans le but de promulguer leur vision des “sodomites”, tels qu’ils ont pris à coeur d’appeler la communauté LGBTQI+. En cette matière, Trump ne se sera pas non plus illustré, en ordonnant récemment aux ambassades de ne pas exposer de drapeau arc-en-ciel durant le Pride Month ou en cautionnant les propos et actions de son vice-président, Mike Pence. Concrètement, dans ses mesures, les personnes transgenres ne sont plus reconnues officiellement et n’ont plus la liberté de choix de leurs toilettes. Sur le site gouvernemental, la partie consacrée aux femmes lesbiennes et bisexuelles a été supprimée, et enfin, les couples homosexuels non-mariés ont vu leur visa suspendu.

Dans la même lignée, les droits des femmes ont pâti sous la législature de Trump, qui aime à plaire à son électorat conservateur et religieux. Le droit à l’avortement en particulier a du mal à tenir la longueur, alors que plusieurs états tentent de criminaliser ce droit constitutionnel et de faire remonter l’interdiction jusqu’à la Cour Suprême. L’institut Guttmatcher, a d’ailleurs classé les états favorables à l’avortement, et n’en a compté que 4 sur 50 qui seraient prêts à ne pas encourager les mesures restrictives.

Economie

Au niveau de l’économie, Trump parle de son bilan comme les “meilleurs chiffres de l’emploi”, ce qui se confirme. Seulement 3,6% de chômage aujourd’hui. Un résultat de la baisse des impôts sur les sociétés, ainsi qu’un déficit public décuplé pour pouvoir financer ses multiples mesures, qui a fait atteindre la dette publique à 22 milliards de dollars comme l’explique France 24 dans cet extrait vidéo.

Malgré le plein emploi, le bilan est doux-amer: des conflits commerciaux et des conditions de travail douteuses font aussi partie du bilan de Trump, et ce qui ressort le plus dans son image outre-mer.

Relations diplomatiques

Celui qui “casse tous les codes de la diplomatie”, comme en parlait Amine Ait-Chaalal, professeur en relations internationales à l’Université catholique de Louvain (UCL), a joué la carte du coup de poing, tout au long de son mandat. Résultat: des relations qui font penser aux retournements de situation d’un soap-opera dont les protagonistes seraient Angela Merkel, Emmanuel Macron, Kim Jong-Un ou encore Theresa May. Une variable souvent pointée du doigt quand on parle de son taux d’approbation qui continue de baisser, une “fake news” pour le président.

Les avantages de Trump

EPA-EFE/CRISTOBAL HERRERA

Son bilan social, son image publique et les réussites douces-amères de son mandat peuvent jouer en sa défaveur, comme le montre son taux d’approbation. Mais Trump a aussi un budget de campagne pharamineux, et sait manier sa communication pour plaire auprès des électeurs. Il pourrait tout aussi bien ne pas remporter le vote populaire mais celui des collèges électoraux, comme en 2016, même s’il est moins avantagé auprès des six “swing states” cette fois-ci. Cependant, les sondages n’ont manifestement plus beaucoup de sens aujourd’hui. On se rappelle de tous ceux qui donnaient Hillary Clinton grande gagnante en 2016.

Qui sont ses principaux concurrents?

D’ailleurs, en lieu et place d’Hillary Clinton, les candidats démocrates ont quelques têtes d’affiche parmi les 23 noms qui vont se lancer à la course aux suffrages. Parmi eux, Joe Biden, ancien vice-président sous Barack Obama, mais aussi Bernie Sanders, qui avait manqué de peu d’être le candidat démocrate en 2016 et tente un comeback. Il y a aussi la sénatrice Elizabeth Warren, qui affiche une position plus forte que ses collègues en les traitant de “socialistes”, comprenez “communistes” dans l’univers politique américain.

Tous tapent sur Trump, mais les courants démocrates se diversifiant de plus en plus, ils s’entre-balancent aussi des piques, laissant au président l’occasion de consolider son électorat avec ses déclarations fortes, unilatérales. Construire un mur était une image simple (voire simpliste), sans nuance, à laquelle bien des électeurs avaient adhérée en 2016. Un discours trop multilatéral pourrait jouer en la défaveur des démocrates.

Une impression de déjà-vu en 2020?

Un point majeur du bilan Trump, qui ne faisait ni partie du programme ni des mesures mises en place, mais qui s’était fait sentir dès le 8 novembre 2016, c’est qu’il faut arrêter d’être sûr de l’issue d’une élection. Comme chez nous avec la hausse du Vlaams Belang, l’élection de Trump n’aurait pas dû être une surprise. Sa réélection ne doit pas non plus être anticipée de la sorte, ou alors beaucoup risquent de tomber de haut.

Le flashback de 2016 peut revenir en force en 2020. Et c’est cette donnée qu’il faudra garder en tête durant toute la campagne.

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