Didier Reynders (MR) a un plan pour constituer un gouvernement fédéral en plusieurs étapes

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Didier Reynders (MR) tente un nouveau scénario. Il voudrait commencer par relancer le gouvernement minoritaire actuel (et en affaires courantes) en l’élargissant à gauche, comme voulu en décembre dernier. Sans doute le meilleur moyen pour amener progressivement le CD&V et Open Vld dans un futur gouvernement de centre-gauche. L’arc-en-ciel se dessine en effet en Wallonie. Le souci, c’est que cette idée, Charles Michel (MR) n’en veut pas.

Son poste international manqué, Didier Reynders (MR) peut se reconcentrer pleinement sur la formation d’un gouvernement fédéral. La tâche est toujours parsemée d’embûches, au sein même de son propre camp.

En effet, Charles Michel (MR) l’a nié dans toutes les langues: il ne veut pas redémarrer un gouvernement minoritaire (MR-OpenVLD-CD&V) élargi à gauche. Complété par les socialistes et les verts, il aurait l’avantage de faire avancer plusieurs gros dossiers comme le budget 2020. Mais ça n’a “aucun sens” pour le moment selon l’actuel Premier ministre.

epa/CHarles Michel, Premier ministre en affaires courantes

C’est pourtant le scénario sur lequel Didier Reynders (MR) travaille. Son but est d’arriver à un gouvernement fédéral viable en plusieurs étapes. Son éternel ennemi politique est-il un obstacle infranchissable? Pas vraiment, Charles Michel doit prendre ses nouvelles fonctions à la présidence du Conseil européen le 1er décembre prochain. On peut donc imaginer qu’à ce moment-là, Didier Reynders prenne le pouvoir à l’échelon national, s’il n’y a pas de gouvernement formé entretemps.

Le PS et le MR se retrouvent

Ce qui est un fait : le PS et le MR se sont retrouvés, c’est clair. Le top du PS ne voyait d’ailleurs pas trop de problèmes à ce que le MR soit intégré dans les discussions à Bruxelles. Mais c’est la logique insulaire qui a fonctionné dans la capitale. Laurette Onkelinx (PS) n’est pas du genre à se laisser dicter ce qu’elle a à faire, pas même venant d’Elio Di Rupo (PS). Et puis les Verts bruxellois ne voulaient vraiment pas des libéraux francophones, la campagne ayant laissé des traces.

epa/Elio Di Rupo, président du PS

Mais en Wallonie la donne est complètement différente. Le MR, pendant longtemps rejeté, se sait maintenant indispensable. Il compte se montrer exigeant et ne fera certainement pas de cadeau à Ecolo, qui du coup, n’est plus indispensable dans le sud du pays. Ce qui ne veut pas dire que les Verts ne feront pas partie de l’attelage.

Cet attelage arc-en-ciel, autour de l’axe PS-MR, on devrait aussi le retrouver au niveau de la fédération Wallonie-Bruxelles, peut-être élargie à DéFI. Un axe que l’on pourrait tout aussi bien retrouver au niveau fédéral. C’est cette cohérence entre les différents niveaux de pouvoir que le MR recherche, même si ça n’a pas fonctionné à Bruxelles.

Au fédéral, les choses s’annoncent toutefois encore plus complexes. Parce qu’il faut naturellement trouver des partenaires flamands. La N-VA l’a fait savoir dès le lendemain des élections: pas question d’un gouvernement fédéral avec une Flandre en minorité. Or si la N-VA et le VB sont rejetés, il s’agira de facto d’un gouvernement minoritaire dans le nord du pays.

Le but des francophones – pour limiter les dégâts dans cinq ans – est d’intégrer un maximum de partis flamands. C’est là que le plan de Reynders se met en place: il veut y intégrer non seulement l’Open VLD, mais aussi le CD&V. Ces deux partis ont beaucoup de réticences à s’allier avec des partis de gauche (cfr De Crem). Parce qu’ils auraient sans doute, encore davantage, beaucoup à perdre face au duo N-VA-VB dans l’opposition. Il faut donc y aller en douceur.

Pas à pas

Didier Reynders, dans son rôle d’informateur royal, tente donc la piste du “redémarrage”. Reprendre les 38 sièges de l’actuel gouvernement en affaires courantes (MR-Open VLD-CD&V), et y ajouter le poids du PS (20 sièges), d’Ecolo (13 sièges), du sp.a (9 sièges) et de Groen (8 sièges). Dans ce cas de figure, les quatre partis flamands disposeraient de 41 sièges contre 45 pour le duo N-VA-VB. Insuffisant pour être en majorité, mais conséquent.

Ce scénario aurait l’avantage de plaire aux socialistes. Elio Di Rupo veut écarter la N-VA depuis le premier jour. C’est d’ailleurs le seul scénario réaliste pour se passer des nationalistes, même si pas idéal. Et vu que Didier Reynders n’a plus grand-chose à perdre aujourd’hui, il tente son va-tout, quitte à déplaire au sein de son parti. Il pourrait toutefois devoir faire un choix entre une carrière internationale ou un poste de Premier ministre. En effet, Didier Reynders a également en ligne de mire le poste de commissaire européen pour la Belgique.

Un Premier ministre flamand?

Mais sa principale tâche sera d’abord évidemment de convaincre le CD&V et l’Open VLD. Les deux partis sont très divisés sur la question et ils ne semblent pas encore prêts à se jeter dans une aventure fédérale aux conséquences incertaines.

newsmonkey/Wouter Beke, président du CD&V

Après, Didier Reynders peut compter sur quelques leviers. Après cinq ans de politique de centre-droit, avec des francophones en minorité, une alternance vers le centre-gauche peut être à tout le moins audible. Les francophones peuvent aussi mettre dans la balance des fonctions importantes, comme un Premier ministre flamand par exemple, à l’instar de Charles Michel (MR) une législation plus tôt.

Il n’est donc pas impossible, voire plausible, de voir un Wouter Beke (CD&V) ou un Alexander De Croo (Open VLD) à la plus haute fonction exécutive. À moins que Gwendolyn Rutten (Open VLD) marque l’histoire en tant que première femme à la tête du gouvernement fédéral? On n’en est pas encore là, le chemin sera long. Mais si l’axe PS-MR veut se passer de la N-VA, il n’y a pas 36 solutions.

Un gouvernement fédéral arc-en-ciel a “80% de chances d’aboutir”, indique une source interne aux négociations. L’autre solution, c’est la “coalition bourguignonne” (PS-N-VA), mais on en prend clairement pas la direction.

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