Deux matchs interrompus ce weekend en France: vers la fin des chants homophobes dans les stades?

(Photo by Catherine Ivill/Getty Images)

Ce week-end, deux matchs ont été interrompus en France par un arbitre pour contrer les chants homophobes qui tonnaient dans l’enceinte du stade, rapporte Têtu. Du simple “On t’enc***” à l’insulte gratuite, les propos homophobes sont de moins en moins tolérés dans le sport. Va-t-on vers une fin des champs homophobes dans les stades?

Ce 12 septembre, le RSC Anderlecht devra comparaître devant la CBAS (Cour Belge d’Arbitrage pour le Sport) vis à vis de chants homophobes scandés lors d’un match l’opposant au Club de Bruges. Le chant incriminé majeur demeure le tristement notoire “Alle boeren zijn homo’s”, soit Tous les paysans sont homos.

Ce weekend, certains ont pensé bon de protester contre la sanction des insultes homophobes en comparant la pratique à celle d’une femme. Le sexisme est pourtant lui aussi sanctionné dans les stades.

Ce weekend en France, ce n’est pas moins de deux matchs qui ont été interrompus par un arbitre pour demander à arrêter ce genre de chants, à base de “on t’encule”.

Respectivement à la 53ème et à la 22ème minute, les matchs Brest/Reims et Monaco/Nîmes ont vécu un rappel à l’ordre de la part des arbitres présents. Cette année, des consignes ont été données à ces derniers pour lutter contre le phénomène de l’homophobie banalisée dans les stades, comme le rapporte Têtu.

L’insulte homophobe, une “habitude” chez les supporteurs

Ce même magazine avait d’ailleurs recueilli le témoignage d’un supporteur homosexuel, fervent adepte du RC Lens. Pour lui, les propos homophobes étaient plus une histoire de banalisation et d’habitude que d’insulte volontaire: “Pour moi, les supporters doivent être éduqués, pas sanctionnés. Oui, certains sont peut-être homophobes, mais c’est par habitude que la majorité utilise ces injures.”

En Belgique, on connait aussi bien les affaires d’homophobie dans les stades, mais on espère qu’un vent nouveau souffle sur le monde du sport. Pourtant, depuis longtemps, l’homophobie est sanctionnée dans le milieu du foot. Avec la charte de l’éthique sportive de la FWB, on peut clairement lire que “le mouvement sportif francophone rejette et condamne toutes les formes de discriminations liées à l’âge, au genre, à la race, à l’orientation sexuelle, aux convictions religieuses ou philosophiques, à la langue ou aux caractéristiques physiques. Le terrain est un espace d’expressions ouvert à tous.”

Ouvert à tous, certes, mais où les supporteurs homosexuels continuent de subir des insultes homophobes lancées à l’arbitre ou au club d’en face. Problème: malgré une popularisation de la problématique, pas possible de lancer une action majeure sans gouvernement, tant au niveau fédéral qu’au niveau de la FWB, nous confirme Alexandra Adriaenssens (directrice du ministère de l’égalité des chances de la FWB) par téléphone. Les élections n’ont en effet pas permis de former un gouvernement, aussi bien au niveau fédéral qu’au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Le rôle de l’arbitre devient majeur

Le rôle de l’arbitre devient alors majeur. Pour Clément Turpin, arbitre de stature international, son rôle est aussi “d’intervenir” en cas d’insultes homophobes sur le terrain, mais pas seulement: “C’est une obligation: l’arbitre est là pour faire appliquer la règle, et la règle est claire dans le foot: il n’y a pas à avoir de propos injurieux, homophobes, racistes sur le terrain de football ou sur tous les terrains de sport. (…) Notre travail, c’est de montrer qu’on doit pas laisser passer.”

Il avait alors été interviewé par Yoann Lemaire, l’un des premiers joueurs à avoir fait son coming out auprès de ses coéquipiers en 2010, pour ensuite être viré de son club sans grandes raisons. Depuis, il lutte contre “l’omerta” dans les milieu du football.

Une omerta généralisée?

Une omerta qui, d’après David Testo, ex-joueur américain qui fait aussi partie des rares qui ont osé révéler leur orientation sexuelle (mais 6 ans après avoir pris sa retraite), s’ancre dans un univers fort de valeurs viriles. Dans une interview donnée à la RTBF en mars 2017, il raconte: “Je pense que c’est un milieu qui n’a pas entièrement accepté les gays. (…) Quand tu vas dans les vestiaires et que tu vois certains joueurs qui te tournent volontairement le dos, ou qui essaient constamment de t’éviter, c’est usant pour le moral et l’énergie. Ils ne se seraient pas douchés quand j’étais sous la douche et je ne voulais vraiment plus avoir à faire face à ça”.

David Testo avait posé pour Olivier Ciappa, photographe connu pour sa militance pro-LGBTQI+.

Pour lui, beaucoup de joueurs n’osent pas faire leur coming out en raison de cet univers viril. Quelque part, on commence à se demander si le problème de l’homophobie dans le foot n’est pas aussi celui d’un manque de représentation. Encore aujourd’hui, la peur d’être viré de son club en faisant son coming out subsiste. Les chants homophobes ne sont, au final qu’un symptôme d’une problématique large qui habite les stades et les terrains d’entraînement.

Pas sûr qu’on aille tout de suite vers un changement de mentalités chez les supporteurs. Mais de plus en plus, certains se lèvent pour témoigner et protester. Les associations tout comme les instances officielles accordent plus d’importance à la question. Ce qui va dans la bonne direction.

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