“Combien valent leurs vies?” 101 féminicides et le Grenelle de Schiappa démarre sous le feu des critiques

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Un Grenelle, une bonne idée pour résoudre le phénomène de violences faites aux femmes? Les associations demandent action, Marlène Schiappa, réflexion, et au final on dirait que c’est juste une histoire de pognon.

“Combien elles valent leurs vies?” Les larmes aux yeux, Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes, prononce sans doute l’une des phrases les plus emblématiques des associations féministes qui luttent pour un meilleur traitement des femmes victimes de violences conjugales.

“Il y a des défaillances à tous les étages, et ce qu’il faut c’est des résultats. Le premier ministre a l’occasion historique de faire reculer ces violences conjugales, de protéger ces femmes.” D’une voix tremblante, Anne-Cécile Mailfert raconte sur Europe 1 la genèse du Grenelle initié par les associations et Marlène Schiappa en juillet dernier.

Féminicide

Le féminicide, c’est le meurtre d’une femme parce qu’elle est femme. Une violence qu’on prenait encore comme un fait divers il y a quelques mois, mais qui a été révélée comme un phénomène systémique et témoin de la violences envers les femmes.

En Belgique, le site stopfeminicide en dénombre 15 depuis le début de l’année. En France, on en est à 101 alors que le Grenelle de Marlène Schiappa débute. Un chiffre qui était encore inférieur il y a à peine deux jours, alors que le collectif #NousToutes mettait en place une action symbolique pour attirer de la visibilité aux femmes tuées parce qu’elles sont femmes.

Grenelle surles violences conjugales

Un Grenelle est une consultation entre société civile et gouvernement. En ce mardi 3 septembre débutent donc presque 3 mois de discussions avec Edouard Philippe (premier ministre), Nicole Belloubet (Justice), Christophe Castaner (Intérieur), Jean-Michel Blanquer (Education), Julien Denormandie (Logement) et Adrien Taquet (Protection de l’enfance). 

Des acteurs de la société civile, comme des responsables d’asbl, agents publics, acteurs de terrains, témoins, gendarmes, magistrats et avocats les rencontreront pour trouver des solutions concrètes à la thématique des violences conjugales.

“Dans ce Grenelle, il y a à la fois tout et rien.”

Sauf que pour beaucoup, l’initiative de Marlène Schiappa, secrétaire d’état à l’égalité homme-femme, ne tourne pas rond. Certains, dont des figures de la lutte contre les violences conjugales comme Eva Darlan ou Luc Frémiot (ancien procureur spécialisé en violences conjugales), avancent que ce Grenelle n’est qu’une manière de repousser les mesures à prendre.

“Dans ce Grenelle, il y a à la fois tout et rien. J’entends parler de problème culturel, de sensibilisation, d’éducation… Certes, mais aujourd’hui nous ne sommes plus dans la philosophie de la campagne à mener, on n’est pas sur des éléments de langage. On est sur des faits bruts.” Des solutions concrètes, maintenant, déjà demandées par les associations et un budget conséquent pour lutter contre les féminicides: voilà ce que demandent depuis des années les associations et Luc Frémiot.

Le Grenelle, à peine commencé, est déjà sous le feu des critiques. Marlène Schiappa est vue comme un porte-étendard de Macron sans mesures à appliquer. L’autre critique, elle porte sur le budget actuel alloué aux association. Le 29 juillet, un Fonds Catherine a été créé pour les associations locales, avec un million d’euros de budget.

Pour Madeleine Da Silva, membre du collectif #NousToutes, c’est insuffisant: “Nous avons la sensation de ne pas être comprises. Parce qu’avec un million d’euros, on ne changera rien à la question des violences sexistes et sexuelles.” Plusieurs militant.e.s font aussi référence au budget alloué en Espagne pour lutter contre les violences conjugales.

Là bas, le premier ministre avait en effet promis 1 milliard d’euros répartis sur cinq ans. Il n’en a pas été ainsi jusque là, mais même en voyant à la baisse ces demandes, il reste 80 millions d’euros par an. Une somme impressionnante comparé au million proposé par le gouvernement Macron.

Schiappa se défend de ces accusations: pour elle, il ne s’agit pas d’une question d’argent, mais bien de mesures à définir. Les associations répondent que les mesures, elle les connait depuis longtemps: meilleure formation des policiers, meilleurs dispositifs de prise en charge, séances d’information dans les écoles…

Malgré tout, le Grenelle débute et avec lui, des mobilisations pour sensibiliser un maximum aux violences conjugales et aux féminicides. En ce 3/9/19, la secrétaire d’état entame une action pour populariser le numéro d’aide dédié aux violences conjugales, le 39 19. Aidée par des célébrités dans une vidéo relayée par les réseaux sociaux, l’intention est bonne et louable. Mais ne sauvera pas la femme qui mourra dans deux jours. Pas si sa plainte n’est pas écoutée quand elle part la déposer.

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