Charles Michel (MR) réfute sa candidature à une haute fonction européenne: “Moi candidat? Dans la Brabant-wallon, oui”

Charles Michel (MR) réfute sa candidature à une haute fonction européenne: “Moi candidat? Dans la Brabant-wallon, oui”

Après 5 ans de présidence de Jean-Claude Juncker et Donald Tusk, l’UE doit se trouver de nouveaux leaders à l’approche des élections. Chaque groupe politique européen envoie son poulain pour occuper les postes les plus importants, mais sans aucune garantie. Quelques noms circulent: Angela Merkel, Mark Rutte, voire même notre Premier ministre Charles Michel (MR, ALDE). Celui-ci préfère évidemment se concentrer sur la campagne nationale.

Destination originale pour un sommet européen. Sibiu, ville d’Europe orientale, est au milieu de nulle part. Les chefs d’État de l’UE se rassemblent ce jeudi dans cette ville de Transylvanie, située dans la région la plus riche de Roumanie, au nord du pays. La cité n’a pas été choisie par hasard: historiquement, c’est une ville germanophone, puisqu’une minorité de germanophones d’Europe orientale y vit depuis des siècles. Ce n’est que lors de la chute du dictateur roumain communiste Ceausescu que les Saxons ont quitté la Roumanie en masse. Jean-Claude Juncker, président sortant de la Commission européenne, a déjà évoqué les “racines luxembourgeoises” de la ville: elle aurait été fondée par des natifs du Luxembourg il y a de cela des siècles.

Sibiu symbolise un carrefour entre les cultures hongroises, roumaines et allemandes. Aussi, cette ville de Roumanie est sans doute la plus proche de la culture européenne occidentale. L’ancien maire de la ville et actuel président de la Roumanie Klaus Lohannis, est un grand défenseur de l’Union européenne et ce, depuis le début des années 2000. Aujourd’hui, sa ville est donc mise à l’honneur.

Autre particularité: ce sommet n’en est pas vraiment un. Le 26 mai prochain, ce sont les élections européennes. Chacun marche sur des œufs. Le principal est d’afficher ses bonnes intentions et de relancer la machine Europe. Lui rendre “sa libido”, avec un Brexit mis au frigo jusqu’au 31 octobre prochain malgré la participation des Britanniques auxdites élections.

La valse des postes à pourvoir

Mais alors que se passe-t-il concrètement à Sibiu? En fait, on commence tout doucement à réfléchir aux postes majeurs de l’UE. En tout, il y a sept fonctions importantes à pourvoir: celui de président de la Commission européenne (Jean-Claude Juncker) et de président du Conseil européen qui est d’office occupé par un chef de gouvernement national (Donald Tusk). Il faut aussi élire deux nouveaux vice-présidents de ce conseil. Sans oublier le(a) haut(e) représentant(e) de l’UE pour la politique étrangère, une sorte de ministre des Affaires étrangères de l’UE (Federica Mogherini). Et pour finir, il y a le président du Parlement européen (Antonio Tajani) et président de la Banque centrale européenne (Mario Draghi). Qui a dit que l’Europe était compliquée?

Le jeu de pouvoir européen ressemble en réalité à une élection du pape: on assiste à une sorte de carrousel de dirigeants qui, tour à tour, se rassemblent pour réussir à choisir le candidat idéal. Personne n’est vraiment candidat et pourtant tout le monde veut en être. Et là où ça devient vraiment compliqué, c’est qu’il y a des rapports de force à respecter: le candidat vient-il de l’Europe de l’est, de l’ouest ou du sud? Qui des démocrates chrétiens (la famille politique la plus représentée), des socialistes (aujourd’hui numéro deux mais peut-être futurs troisièmes) et des libéraux (qui espèrent devenir les numéros deux) raflera la mise? Doivent-ils choisir une femme ou un homme? Un jeune ou un vieux?

Pour éviter d’avoir des discussions trop longues et mettre des jours et des jours à trouver un consensus, un nouveau système a été mis en place en 2014. Cette année-là, on a instauré le concept de “Spitzenkandidaten”, des sortes de têtes de liste pour les familles politiques européennes. Par exemple, Jean-Claude Juncker était le représentant des démocrates chrétiens, ce qui lui a permis de devenir président de la Commission. Ce système, même s’il facilite l’attribution des postes, frustre tout de même les chefs de gouvernement qui se sentent marginalisés par le Parlement européen.

L’UE a gardé malgré tout ce système. Après Juncker, le Parti populaire européen possède maintenant Manfred Weber, un Allemand, qui vise la présidence de la Commission. Les socialistes européens ont choisi le Néerlandais Frans Timmermans comme figure de proue. Du côté des libéraux, c’est plus compliqué: il y a sept candidats et ils sont incapables de parvenir à un consensus. Guy Verhofstadt (Open Vld), président de ALDE, avait trop d’opposition, y compris celle d’Emmanuel Macron qui a rejoint le groupe libéral européen avec son mouvement “En Marche”.

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Déjà une décision le 21 juin?

Mais les chefs de gouvernement ne veulent pas qu’un de ces noms leur soit simplement imposé. C’est pourquoi Donald Tusk souhaite que les dirigeants des gouvernements européens se mettent d’accord peu de temps après les élections, le 21 juin prochain. En ce qui concerne la Belgique, il est très peu probable qu’elle ait un nouveau gouvernement d’ici là. Il semble donc compliqué d’occuper un “poste de premier plan” au sein de la Commission, comme celui de vice-président par exemple.

Car quand la coalition du gouvernement belge choisit un commissaire, cela compte dans la distribution des portefeuilles ministériels. Par exemple, en 2014, la coalition avait envoyé Marianne Thyssen (CD&V) à la Commission. C’est pour cela que Kris Peeters, lui aussi membre du CD&V, n’avait pu prétendre au poste de Premier ministre.

En attendant, à Sibiu, des tonnes de noms bourdonnent un peu partout. Certains suggèrent par exemple qu’Angela Merkel serait parfaite pour un poste de haut rang. Après Juncker, un homme grisonnant ayant un problème d’alcool, un nouveau visage est nécessaire à la tête de la Commission. Et en plus, un nom qui donnerait encore plus de prestige aux institutions européennes ne serait pas de refus. Or, la chancelière allemande dispose de cette aura.

La question est de savoir si elle en a envie et visiblement, ce n’est pas le cas. Car si elle accepte, elle perdrait de facto son poste de chancelière allemande probablement au profit de Annegret Kramp-Karrenbauer. Et ça, Merkel aimerait éviter. Surtout que cela fait 10 ans qu’elle occupe un poste haut placé et à responsabilités et elle commence à fatiguer, comme l’a souvent indiqué son entourage.

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Qu’en est-il de la famille libérale?

Un autre nom revient souvent: Mark Rutte. Le Premier ministre néerlandais est bien vu par ses collègues, et les libéraux espèrent se retrouver deuxième dans le parlement européen. Si Macron obtient de bons résultats en France, les libéraux remporteront une volée de sièges, ce qui est tout à fait faisable. À ce moment-là, la présidence du conseil européen ou de la commission reviendra aux libéraux. Rutte s’est déjà mis en avant, dans un style bien néerlandais. Mais sa coalition fragile aux Pays-Bas tiendra-t-elle le coup? La question reste ouverte.

Aussi, les chances de Charles Michel (MR) ne doivent pas être sous-estimées. Tout le monde le connait comme Premier ministre, et il a grandement investi dans ses contacts européens. Le clash suscité par le pacte de Marrakech a signé la fin de sa coalition avec la N-VA, mais lui a valu des applaudissements parmi les grands noms du gouvernement européen, notamment Macron. Le président français s’était rendu en Belgique pour inciter la Belgique à accepter le pacte, au grand dam de Bart de Wever (N-VA).

Ce serait une porte de sortie très élégante pour le Premier ministre, qui se sent comme un poisson dans l’eau au niveau européen. Mais entre les rêves et la réalité, une série d’obstacles s’imposent à lui: les équilibres européens et les jeux de pouvoir sur lesquels peu ont un réel contrôle. La probabilité est ainsi maigre, mais pas nulle. L’opportunité de se mettre en avant à Sibiu a été anticipée par Charles Michel (MR). Mais avec la perspective des élections fédérales et régionales en Belgique, notre Premier ministre et président du MR aurait bien tort d’afficher ses ambitions personnelles et il l’a bien compris.

Ce jeudi, il a rencontré plusieurs de ses “amis européens” dans des circonstances plutôt chaleureuses. En compagnie de Mark Rutte, il a eu un long entretien avec les Premiers ministres portugais et espagnol, Pedro Sanchéz et Antonia Costa. Le Belge et le Néerlandais sont deux figures importantes des libéraux européens. Les deux autres sont deux grandes figures des socialistes. Les luttes d’influence ont débuté.

epa

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