Charles Michel (MR): “J’ai la lucidité de constater les points sur lesquels on doit encore faire plus”

Charles Michel (MR): “J’ai la lucidité de constater les points sur lesquels on doit encore faire plus”

À un mois des élections, nous avons discuté avec chaque président de parti. L’heure de tirer un bilan, mais aussi de se pencher sur les incertitudes du dimanche 26 mai. On a également essayé de savoir ce qui a et va être fait pour les jeunes.

Il y a cinq ans, vous avez pris un risque en intégrant la coalition fédérale. Vous avez fait de même un peu plus tard en Wallonie. Vous avez perdu ensuite vos deux majorités. Est-ce que vous avez des regrets?

Non, parce que pendant plus de quatre ans, on a pu gouverner le pays, mettre de côté les questions communautaires et institutionnelles qui ont beaucoup empoisonné le débat politique en Belgique depuis très longtemps. Et surtout, on a pu enclencher un processus de réformes qui ont donné des résultats très concrets pour les citoyens et pour les entreprises. Près de 250.000 emplois supplémentaires ont été créés depuis quatre ans. Nous avons réformé l’impôt des sociétés pour encourager les investissements. On a lancé ce grand pacte pour les investissements pour stimuler le développement économique au travers d’une stratégie de mobilisation de capacités financières du secteur public et d’argent privé, également pour les infrastructures de la mobilité, de la transition énergétique. Donc il y a un travail important qui a été réalisé tout au long de ces quatre dernières années.

Reste que d’après les sondages, le MR semble prendre un coup. C’est aussi l’effet de l’exercice du pouvoir. Mais la N-VA semble avoir un peu moins perdu que le MR?

D’abord, c’est classique de le dire, mais il est certain que sur base des sondages, c’est Hillary Clinton qui serait présidente des Etats-Unis. Sur base des sondages, le Brexit n’aurait pas eu lieu. Moi je suis engagé en politique pas parce que je suis impressionné par les sondages, mais parce qu’il y a une campagne électorale qui est l’occasion de partager des convictions et de tenter de faire en sorte que sur base d’une proposition, d’un projet, on puisse convaincre des citoyens de donner leur confiance. C’est ça qui me mobilise. Donc je prends les sondages au sérieux bien entendu, mais je ne prends pas les sondages non plus pour plus que ce qu’ils ne représentent. C’est un moment qui traduit une impression à un moment donné. Le seul moment qui va compter pour avoir un impact pendant les cinq prochaines années, c’est le dimanche du 26 mai.

Mais vous n’avez pas été récompensé par votre prise de risque?

Oui, certainement. Le fait que la N-VA ait fait le choix de retirer la prise du gouvernement, en retournant son point de vue sur la question du pacte des Nations unies en lien avec les questions migratoires, a eu un impact à la fin de l’année passée et ne nous a pas permis d’aller au bout de la législature. Il n’en reste pas moins que depuis le mois de décembre on a pu, avec le Parlement, sans majorité stable, encore concrétiser des mesures importantes. Par exemple pour faire en sorte que l’on puisse apporter des réponses dans le cas des métiers en pénurie ou faire en sorte que l’on puisse finaliser le renforcement de la sécurité.

Nos réformes en lien avec le code pénal, par exemple, ou la réforme du Code des sociétés. C’était très important pour l’attractivité et pour le développement économique, pour le soutien aux petites et grandes entreprises.

Le seul sondage qui compte, c’est celui du 26 mai

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La MR est l’antidote à une nouvelle crise de 541 jours sans gouvernement?

Il est certain que quand on soutient le Mouvement réformateur, la preuve en a été donnée depuis les quelques dernières années, en réalité on fait deux choses: d’une part, on soutient une démarche qui vise à écarter l’aventure institutionnelle, l’aventure communautaire. Puisque la priorité du MR, c’est d’être mobilisé pour donner toutes les chances à la stabilité du pays. Et d’autre part, quand on soutient le MR, c’est un vote pour faire baisser les impôts sur le travail, pour engranger la capacité à stimuler les investissements, à stimuler l’emploi. Nous préconisons, c’est très concret, une baisse supplémentaire de 10 milliards d’euros tout au long des cinq prochaines années sur les factures d’impôts des gens qui travaillent et des gens qui embauchent.

Nous pensons effectivement que des réformes du marché du travail sont nécessaires au delà de ce qui a déjà été réalisé. Parce que nous pensons que l’on peut créer en cinq années 250.000 emplois supplémentaires et donc rendre notre économie plus robuste, et grâce à cela, faire en sorte que l’on ait plus de capacité demain et après demain pour financer les soins de santé de qualité pour tout le monde, pour financer l’avenir des pensions.

Votre coalition idéale au fédéral reste la suédoise? Et il faudra peut-être ajouter un petit quelque chose…

J’ai évidemment maintenant un peu d’expérience. Donc il y a une seule coalition idéale pour moi, c’est la coalition dans le cadre de laquelle nous pouvons au maximum réaliser notre projet et nous allons vers les électeurs avec un projet qui est très transparent. Nous voulons poursuivre des réformes économiques et sociales, nous ne voulons pas être enlisés dans des centaines de jours de crise communautaire et institutionnelle. C’est arrivé à plusieurs reprises dans l’histoire même récente du pays. Le vote pour le MR est un vote pour donner un avenir au pays, à nos régions, C’est un vote pour soutenir des réformes d’utilité sociale. C’est un vote aussi pour saisir l’enjeu climatique comme étant une occasion non pas pour culpabiliser, suspecter, et au final, lancer un nouveau massacre fiscal.

Quand on soutient le MR, on fait deux choses: on écarte l’aventure institutionnelle et on fait baisser les impôts sur le travail

Vous visez Ecolo?

Non, je vise tous les partis de gauche qui ne voient qu’une seule solution aux différents défis: des taxes supplémentaires. Les partis de gauche ont tous un point commun: il y a une obsession fiscale, il y a une rage taxatoire. Moi je suis très fier qu’avec quatre formations politiques pendant quatre ans, la suédoise, on ait réussi à inverser la courbe fiscale puisque pour la première fois depuis longtemps, on a pu baisser de manière significative la pression fiscale et para fiscale sur le travail, et ça fonctionne!

En faisant ça, que ce soit sur l’impôt sur le travail, que ce soit les charges sur les entreprises ou l’impôt des sociétés, on a réussi à stimuler la création de pratiquement 250.000 emplois supplémentaires et à faire reculer le déficit budgétaire. Pas suffisamment encore, cela montre donc qu’il faut continuer sur le chemin des réformes pour baisser les impôts sur le travail.

Jan Jambon qui se présente comme Premier ministre, c’est pas un peu schizophrénique?

C’est la liberté de chacun d’exprimer des ambitions personnelles. C’est vrai qu’il y a une part de surréalisme pour un parti qui affirme de nouveau ce qu’il n’avait pas affirmé pendant quatre ans: la volonté de démanteler l’état fédéral, de briguer cette fonction-là, avec comme projet politique l’incapacité à gouverner ensemble ce pays, alors que pendant quatre ans, avec la N-VA au sein du gouvernement mais qui avait renoncé à ses ambitions communautaires et séparatistes, il a été possible de faire en sorte que l’on puisse donner des moyens supplémentaires pour renforcer la sécurité, que l’on puisse travailler sur une politique de migration ferme et humaine. Ça n’a pas été simple, il y eu beaucoup de polémiques par rapport à cela. Ça été possible également, comme je l’ai indiqué, de faire de nombreuses réformes économiques et sociales qui ont porté des fruits.

 Les partis de gauche ont tous un point commun: il y a une obsession fiscale

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Justement une de vos grandes réussites, vous l’avez dit, c’est la baisse du chômage. Il faut le reconnaître. Est-ce qu’on peut reconnaître aussi qu’il y a une explosion des chiffres des inscrits au CPAS?

Ce qui est certain, c’est que la réforme du chômage qui a conduit à exclure des chômeurs de manière statistique en les envoyant vers les CPAS, elle a été dessinée par mon prédécesseur et par un Premier ministre socialiste. Ce que personne ne peut contester.

Mais il y a eu la réduction de l’âge limite de 30 à 25 ans pour les bénéficiaires étudiants?

Parce que nous pensons effectivement que des réformes doivent être mobilisées pour encourager le travail, pour faire en sorte que l’ensemble de l’architecture économique et sociale récompense le travail. Aujourd’hui, il y a trop de freins pour les personnes qui veulent travailler à tous les niveaux. Il y a trop de pièges à l’emploi, surtout pour les personnes qui ont des bas et moyens salaires. Donc l’ensemble des réformes qui ont été décidées repose sur cette idée que l’on devait encourager, soutenir, récompenser les personnes qui veulent travailler. C’est aussi le sens des réformes que nous préconisons pour l’avenir dans le cadre du marché du travail, parce qu’il y a aujourd’hui un paradoxe malgré les emplois nombreux qui ont été créés. Nous savons que, dans les entreprises partout dans le pays, en Flandre comme au sud du pays, et quelle que soit la taille des entreprises, petites ou grandes, il y a beaucoup d’emplois qui existent sur le papier et qui ne sont pas pourvus parce que les entreprises n’ont pas les personnes qui ont les formations requises.

Donc la première priorité, c’est de faire en sorte que la formation partout dans le pays soit mieux connectée sur les besoins des entreprises. C’est à mon avis une des priorités absolues pour les prochains mois. Immédiatement après les élections, j’espère qu’un gouvernement pourra être mis en place pour, par exemple, prendre en compte cette nécessaire réforme urgente du marché du travail et apporter là une réponse qu’on n’a pas pu apporter totalement à cause de la décision de la N-VA d’abandonner le bateau gouvernemental à la fin de l’année passée.

Vous ne proposerez jamais des mesures comme la gratuité des transports en commun ou l’allocation universelle?

Ce sont deux choses différentes. L’allocation universelle est une mesure qui intellectuellement présente de l’intérêt mais qui est extrêmement complexe à mettre en œuvre compte tenu du point de départ de notre modèle social. C’est un premier point. Deuxième élément, c’est vrai qu’avec la saison des élections vient la saison de la gratuité. Et donc la plupart des partis politiques, dont le conglomérat des gauches, promet de raser gratis en oubliant un détail qui n’en est pas un à mes yeux, c’est que cette gratuité n’existe pas. L’argent ne tombe jamais du ciel. Il y a toujours quelqu’un qui paie la facture.

Et quand, par exemple, les partis de gauche promettent à tour de bras la gratuité, en fait, ils promettent surtout des impôts supplémentaires à tour de bras pour les personnes qui travaillent et particulièrement les personnes qui ont des bas et des moyens salaires. Ça, nous n’en voulons pas. Nous pensons effectivement que l’enjeu c’est de donner de la liberté aux personnes et de faire en sorte que grâce à des salaires plus élevés pour les personnes qui travaillent ou les personnes qui ont travaillé, comme les pensionnés, il y ait de la liberté de choisir comment on utilise son pouvoir d’achat.

C’est vrai qu’avec la saison des élections vient la saison de la gratuité.

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On a l’impression que la Wallonie est inexorablement à la traîne. Par exemple, la crise sidérurgique, c’est il y a plus de 50 ans. Comment faire basculer cette Wallonie dans le 21e siècle, par les nouvelles technologies mais aussi par une culture de l’entrepreneuriat?

Mais moi je veux tordre le bras à des clichés parce qu’il y a en Wallonie, ces dernières années, beaucoup de succès. Des petites entreprises, des grandes entreprises, dans des domaines de pointe comme le domaine pharmaceutique, médical, bio médical, dans le domaine de la logistique également, dans l’informatique, qui se développent de manière spectaculaire. On ne peut pas tout le temps être dans cette espèce d’ambiance de sinistrose wallonne qui correspond pas à la réalité dans beaucoup d’endroits.

Par contre, il est exact qu’il y a en tout cas la nécessité, sur le plan wallon, comme cela a été enclenché avec Willy Borsus (ministre-président wallon, MR), d’être mobilisé pour réformer de manière structurelle la Wallonie et encourager l’esprit d’entreprendre, l’esprit d’initiative, à donner la capacité à des indépendants pour développer leurs activités. Quand par exemple, on met en place, comme cela a été fait il y a quelque temps, cette mesure zéro cotisation pour le premier emploi créé par un indépendant, très rapidement, c’est 30.000 emplois supplémentaires qui sont créés. Quand par exemple, on met en place les mécanismes du tax shelter, c’est à dire de déductions fiscales, quand on démarre des activités pour une jeune entreprise, pour favoriser l’accès au financement, cela a un impact immédiat pour que les entreprises soient soutenues pour développer de l’activité.

Et donc il y a au départ du Mouvement Réformateur, la conviction qu’il y a beaucoup d’atouts en Wallonie, qu’il y a du talent en Wallonie, qu’il y a beaucoup de jeunes… quand on regarde le succès du statut d’étudiant-entrepreneur, qui permet à des jeunes étudiants qui le souhaitent de pouvoir plus simplement démarrer une activité d’indépendant et d’entrepreneur, déjà en cours d’étude. Il y a donc une capacité au départ, des décisions qui sont prises, que ce soit par le gouvernement wallon ou fédéral, de stimuler davantage.

Je crois qu’on doit aussi mettre en évidence les succès. Lorsqu’une très grande entreprise internationale comme Alibaba identifie quatre ou cinq points dans le monde pour développer son activité et que c’est Liège qui est retenue pour un pôle futur de développement majeur dans le domaine du commerce électronique, eh bien ça montre qu’il y a de l’attractivité et de la capacité…

… Ceux qui critiquent parlent d’emplois précaires?

Oui mais il est certain que j’ai l’habitude, quand on ne fait rien, on ne s’expose peut être pas à la critique. Mais quand on ne fait rien, on recule et on régresse. Pendant quatre ans, nous avons voulu agir. Pendant quatre ans, nous avons voulu prendre des responsabilités avec, je crois, beaucoup de résultats qui ont été engrangés. Même si j’ai la lucidité de constater les points sur lesquels on doit faire encore plus dans les prochaines années pour engranger encore plus de résultats.

Il y a au départ du Mouvement Réformateur, la conviction qu’il y a beaucoup d’atouts en Wallonie

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