Ça devient sérieux: la N-VA songe vraiment à gouverner avec le Vlaams Belang en Flandre

Ça devient sérieux: la N-VA songe vraiment à gouverner avec le Vlaams Belang en Flandre

La N-VA ne fait finalement pas de théâtre: son petit tour de discussion avec le Vlaams Belang devient très sérieux, parce que Tom Van Grieken (VB) parvient à trouver les mots et à mettre de l’eau dans son vin. L’idée d’un gouvernement minoritaire circule au niveau flamand. Ce serait une sacrée révolution.

La N-VA est évidement attentive à ce qui se passe à l’échelon fédéral. Du coup, elle reste très calme au niveau flamand pour laisser toutes les options ouvertes. Les nationalistes ne veulent pas précipiter les choses. Mais le pessimisme demeure chez Bart De Wever & co.

“Nous voulons vraiment le confédéralisme ou un sérieux paquet de réformes de l’État. On voit bien sûr ce qui se passe à l’échelon fédéral et quelle direction ça prend. Ils annoncent déjà ‘l’état d’urgence économique‘”, peut-on entendre auprès du top de la N-VA.

Dit plus clairement, la N-VA sent bien qu’elle va être mise de côté à l’échelon fédéral. Ce n’est pas un hasard si dès le soir des élections, le parti nationaliste brandissait la menace du confédéralisme: “Si un gouvernement fédéral se forme sans majorité flamande, c’est un problème majeur”. Et sans la N-VA, il n’y a de facto pas de majorité du côté flamand. Menace suffisante? En 2011, le gouvernement Elio Di Rupo I n’avait pas de majorité côté flamand avec le CD&V, l’Open vld et le sp.a.

Constitutionnellement, ce n’est en tout cas pas un problème: 76 sièges sur 150 suffisent. Qu’ils soient francophones ou néerlandophones. Et le retrait du cdH, qui se lance dans une cure d’opposition, change considérablement la donne. Car dans le sud du pays, c’est maintenant une coalition “arc-en-ciel” qui se profile, formée du PS, d’Ecolo et du MR. Une coalition qui pourrait tout à fait être reproduite à l’échelon fédéral avec leurs partenaires flamands.

Un VB séduisant

Dans le même temps, les membres de la N-VA sont positivement surpris par Tom Van Grieken. Son parti négocie sérieusement, sans se montrer déraisonnable: “Ils ne sont pas trop gourmands”, nous indiquent diverses sources. Il ne faut pas oublier que Tom Van Grieken veut être le premier à faire tomber le cordon sanitaire.

D’un autre côté, les points importants du programme du Vlaams Belang concernent surtout des matières fédérales. Il n’est donc pas très compliqué de faire des concessions à l’échelon en-dessous, surtout que la N-VA et le VB ont des centres d’intérêt commun.

Le souci, a priori, c’est qu’ensemble la N-VA et le VB ne sont pas majoritaires. Ils devront donc trouver des soutiens au sein du parlement pour avancer. Là, le programme plus social du VB pourrait jouer un rôle. Et puis le niveau flamand se prête plus à ce genre de gouvernements: car si un gouvernement flamand tombe, il n’y a pas de nouvelles élections. Les parlementaires en ont pour cinq ans minimum. Si l’opposition veut faire tomber ce gouvernement, elle doit trouver une coalition alternative qui, sans la N-VA et le VB, sera impossible à mettre en place, le PVDA n’étant pas une option non plus. Au niveau fédéral, c’est différent. Un gouvernement minoritaire a besoin du soutien d’une majorité pour un vote de confiance, sinon le jeu est terminé. Charles Michel (MR) en a fait l’expérience en décembre dernier.

Les possibilités

Quelles sont les options? Une coalition avec les 35 sièges de la N-VA et les 23 sièges du Vlaams Belang n’est en déficit que de 5 sièges sur les 124 que compte le Parlement flamand. Mais du coup, comment arriver à la majorité? Le soutien d’un 3e parti sera très difficile à trouver pour faire passer des textes de loi. Mais ce n’est en fait pas vraiment nécessaire: car une simple abstention du côté du CD&V ou de l’Open vld pourrait suffire.

L’Open VLD et le CD&V n’entendent pas briser le cordon sanitaire. Mais pourront-ils rejeter facilement une éventuelle coalition entre la N-VA et le VB? “Le parlement flamand est plus une assemblée de compromis que partout ailleurs: très souvent, opposition et majorité votent dans le même sens sur certaines législations”, peut-on encore entendre auprès de la N-VA.

Le seul fait que ce scénario circule prouve que la N-VA ne fait pas seulement semblant d’écouter le VB. Ce sont plus que des visites de courtoisie: Van Grieken a passé des heures avec Bart De Wever. Une suédoise entre la N-VA, l’Open VLD et le CD&V est bien sûr encore une option. Mais tout dépendra aussi de l’échelon fédéral, et pour l’heure, ça ne prend pas la bonne direction pour les nationalistes. Quelque part entre le jeu de domino et le poker menteur, la partie est lancée.

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