Bruxelles: une étude donne les preuves du racisme sur le marché du travail

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View.brussels s’est penché pendant 3 ans sur les discriminations subies par les chercheurs d’emploi d’origine non-européenne d’Actiris, à la demande de Didier Gosuin (DéFi), ministre bruxellois de l’emploi.

Une étude de view.brussels (l’Observatoire bruxellois de l’emploi ) s’est penchée, statistiquement, sur une question: l’origine étrangère est-elle un frein à l’emploi? La réponse peut se résumer à un simple “oui”. C’est en regardant de plus près les chiffres qu’on se rend compte, réellement, de tous les ressorts des discriminations à l’emploi que subissent les personnes originaires de pays hors-UE à Bruxelles.

Sur la période de 2013 à 2016, View.brussels a donc suivi des chercheurs d’emploi, en tenant compte de leur origine, tout en dédiant une bonne partie de leur attention à l’intersectionnalité, qui lient plusieurs critères de discriminations (ici, le genre, la religion et l’origine).

On se rend alors compte de l’étendue du problème. Les conclusions de l’étude, qui prend la peine de rappeler que “L’origine ne dit rien en tant que telle ; elle ne peut se lire qu’au regard du contexte – jamais neutre – où elle prend place” dans ses dernières pages, sont édifiantes.

Diplômes dévalorisés

Avec cette étude, on a la preuve statistique que, même si “en règle générale”, un niveau d’études plus élevé permettra de trouver un emploi plus rapidement, un jeune d’origine non-européenne aura moins de chances qu’un jeune d’origine belge d’être engagé. Même niveau d’études, mais pas même considération sur le marché de l’emploi.

On apprend aussi que les femmes, qui accumulent les discriminations liées au genre et à l’origine, mais aussi liée à la religion si la personne porte le voile, sont les grandes perdantes du marché de l’emploi. Plus de chômage ou d’emplois manuels, peu rémunérateurs et exigeants (horeca, nettoyage…). Une nouvelle fois, le diplôme n’a aucune importance quand on parle de discriminations: les femmes sont statistiquement plus diplômées que les hommes.

Parmi les grandes lignes, deux autres critères de discrimination sont pointés par l’étude: premièrement, les diplômes étrangers ont du mal à être reconnus en Belgique et à procurer un emploi. Ensuite, le lieu de résidence peut influer: la plupart des chercheurs d’emploi d’origine turque, maghrébine, subsaharienne et des pays de l’Est résident dans le croissant pauvre de Bruxelles, et c’est dans ces quartiers que les jeunes décrochent le moins d’emplois.

79% des demandeurs d’emploi sont d’origine étrangère

Avec cette étude de 112 pages, on est face à des inégalités structurelles, massives, sur lesquels on peut pour la première fois mettre des chiffres. Si l’on doutait encore qu’il existe un biais raciste et sexiste sur le marché de l’emploi, ça ne peut plus être le cas. 79% des demandeurs d’emploi sont d’origine étrangère, et ce n’est pas par volonté divine.

Pour pallier aux discriminations, view.brussels préconise différentes actions: proposer plus de diversité au sein des institutions publiques, continuer à analyser les chiffres de l’emploi avec un biais ethnique, sensibiliser d’avantage aux discriminations raciales et ethniques, renforcer le contrôle et les actions au sein de chaque secteur d’emploi.

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