Balotelli VS Hellas Verone, le nouvel épisode raciste très gênant en Italie

EPA

Les Italiens et observateurs du foot ont eu comme une impression de déjà vu ce week-end en Italie. Après Romelu Lukaku et bien d’autres avant lui, Mario Balotelli a du subir des cris racistes dans le stade du Hellas Verone cette fois-ci. Une situation déjà honteuse mais les rebondissements de cette affaire dépassent l’entendement.

On a encore beaucoup parlé de football italien en ce début de semaine. Mais encore une fois, pas pour les bonnes raisons. Tout se passe à Vérone, une ville connue pour l’histoire d’amour légendaire entre Roméo et Juliette. Mais ce dimanche, on était très loin du romantisme.

Dans le stade lugubre du Hellas Verone à moitié vide, Brescia tente de venir à bout des Véronais avec Mario Balotelli à la pointe de l’attaque. Mario Balotelli est un joueur italien majeur des années 2010, aussi connu pour son talent que pour son tempérament explosif et imprévisible. Mais aux yeux des supporters du Hellas, il est surtout noir.

Alors, en plein match, des cris et chants racistes ont raisonné dans la tribunes où étaient postés les Ultras du Hellas. Balotelli, trop souvent victime de chants du genre, a pété un plomb à juste titre. En pleine action, il prend le ballon en main et le dégage dans la tribune en direction des supporters. Il tente alors de quitter le terrain, retenu par ses coéquipiers et adversaires. Il reste finalement sur le pré et continue le match mais cette histoire va continuer après la rencontre.

Racisme ordinaire

Rapidement, ce nouvel incident raciste a fait le tour du web et les principaux concernés ont du s’expliquer par rapport au comportement des Ultras du Hellas Vérone. Et comme d’habitude, on a fait l’autruche et on a fait semblant de ne rien avoir vu et rien entendu. Ou alors, on estime réellement qu’il n’y a pas eu d’incident malgré toutes les vidéos tournées pendant le match.

Je ne sais pas pourquoi Balotelli a réagi comme ca. Il n’y avait aucun chants racistes aujourd’hui. J’ai entendu des sifflets mais pas de cris de singe”

Ivan Juric, coach du Hellas Vérone.

La déclaration du coach est invraisemblable mais le président du club, Maurizio Setti, a réussi à surpasser son employé. Selon lui, il s’agissait de chants “ironiques” et non racistes. Une déclaration qui nous donne presque envie de faire un énorme point Godwin.

Les supporters de Vérone sont ironiques, mais pas racistes. Nous sommes les premiers à condamner ceux qui lancent de telles insultes, les suspendons. Nous avons beaucoup de joueurs noirs. Nous ne pouvons pas contrôler 20.000 personnes au stade mais nous sommes en règle, nous avons toujours été positifs sur ce plan. C’est la tension du match qui a poussé Balotelli à réagir de cette façon

Maurizio Setti, président du Hellas Vérone.

Enfin, comme on dit “jamais deux sans trois”, il a fallu que le chef des Ultras du Hellas Vérone apporte sa pierre à l’édifice. De son côté, on est parti sur une déclaration sans filtre, flirtant avec le surréalisme.

Balotelli est italien parce qu’il a la citoyenneté italienne, mais il ne pourra jamais être complètement Italien… Ces cris, il les a entendu dans sa tête. Balotelli est un joueur fini qui a décidé hier de faire le clown et de lancer le ballon dans les tribunes. L’année prochaine, Balotelli ne jouera plus au football, il passera à la télévision pour devenir la première dame. Dès qu’il est passé devant le virage de Vérone, il a décidé de lancer le ballon. Ce ne sont que quelques personnes, dix ou sept. Nous avons une culture identitaire d’un certain type. Nous sommes partisans de provocations qui prennent le joueur visé par les couilles, celui qui a les cheveux longs, celui qui est chauve, le joueur du Sud, le joueur de couleur, mais on ne le fait pas avec un instinct politique ou raciste. C’est du folklore, ça s’arrête là

Lucas Castellini, chef des Ultras du Hellas Vérone.

Une victime de plus

Balotelli n’est évidemment pas le premier joueur noir à subir le racisme en Italie. On peut citer des joueurs comme Moise Kean, Blaise Matuidi, Kalidou Koulibaly, Franck Kessié et bien sûr Romelu Lukaku au début de la saison actuelle (liste non exhaustive malheureusement). Le mal est donc profond en Italie et le racisme semble être plus présent que jamais alors que nous sommes en 2019.

Et le racisme, Mario Balotelli le connait malheureusement très bien. Tout au long de sa carrière il le subit en Italie, même lorsqu’il jouait pour l’équipe nationale italienne. En fait, Balotelli devient en 2010 le tout premier joueur noir à jouer pour la Squadra Azzura, l’équipe nationale. Et ça, ça a du mal à être accepté pour une partie des Italiens, en témoigne la déclaration de Lucas Castellini qui estime qu’il ne sera jamais “complètement italien”, qu’importe si il est né à Palerme, qu’il vécu toute sa vie en Italie et qu’il a marqué 14 buts en 36 matchs pour son pays, avec une finale de l’Euro 2012 en prime.

Où sont les sanctions?

Ce qui est vraiment inquiétant, c’est que les clubs et supporters ne sont pratiquement jamais sanctionnés pour des faits de racisme. Par exemple, les supporters du club sarde de Cagliari n’ont pas été sanctionnés après leurs cris de singe à l’encontre de Romelu Lukaku début septembre. Même scénario quand ces mêmes supporters s’en étaient pris à Blaise Matuidi et Moise Kean, deux joueurs de la Juventus de Turin.

Au contraire, on semble encourager le racisme. Concernant Lukaku, même les supporters de son propre club l’avaient rappelé à l’ordre en estimant que les cris racistes étaient une “marque de respect”. La fédération italienne fait donc aussi l’autruche et laisse les choses couler. Pour justifier ces décisions, elle explique que les cris et chants racistes ne concernent qu’une minorité des supporters, il n’est donc pas nécessaires d’appliquer des sanctions même si elle admet qu’il y a bien eu des incidents. Surréaliste. Si l’on suit le raisonnement, il faudrait qu’une tribune entière s’y mette pour enfin assister à une riposte anti-racisme de la fédération.

Mais finalement, ce mardi en milieu de journée, le club du Hellas Verone a annoncé des sanctions envers Lucas Castellini, chef des Ultras du club. Le Hellas a annoncé se dissocier de lui et annonce une interdiction de stade jusqu’en 2030. Une grosse sanction donc mais qui vient du club lui-même et non de la fédération italienne de football. Une décision bienvenue mais un peu paradoxale vu les déclarations du président et du coach du club de Vérone juste après la rencontre contre Brescia.

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