Ahmed Laaouej (PS): “Le message socialiste est par nature d’une grande modernité”

Ahmed Laaouej (PS): “Le message socialiste est par nature d’une grande modernité”

À un mois des élections, nous avons discuté avec chaque président de parti. L’heure de tirer un bilan, mais aussi de se pencher sur les incertitudes du dimanche 26 mai. Le chef de groupe PS à la Chambre s’est substitué à Elio Di Rupo. Son message est clair: un gouvernement le plus à gauche possible, mais sans le PTB. Le Parti socialiste est plus ambitieux que jamais.

Après ces 5 années sur les bancs de l’opposition au parlement fédéral, quel bilan faites-vous de cette législature?

C’est évidemment un bilan à la fois décevant et assez déplorable pour la population. Un gouvernement qui a quand même pris des mesures très dures: augmenter les taxes sur la consommation, ils s’en sont pris à des droits fondamentaux, et puis surtout, le recul des valeurs démocratiques. Certains semblaient trouver acceptable au sein du gouvernement qu’on enferme des enfants au seul motif qu’ils n’ont pas de papiers, qu’ils n’ont pas de droit de séjour. Franchement au 21e siècle, c’est vraiment lamentable. On est une démocratie, on vaut mieux que ça.

La peur de tout le monde, c’est ce fameux record de 541 jours sans gouvernement. PS et N-VA, jamais ensemble?

On va d’abord attendre le résultat des élections, c’est ça la démocratie. Et puis on verra à ce moment-là celles et ceux qui veulent travailler ensemble. Mais comment est-il possible de travailler avec un parti qui veut la fin du pays, qui a montré qu’il prenait des libertés, si je puis dire, avec les libertés. Lorsqu’ils ont attaqué les avocats, les magistrats, les syndicats. Ils ne sont pas à l’écoute de ce que demande aussi la jeunesse sur le terrain du climat. Bref, un parti qui est particulièrement dur, brutal, qui s’en prend aux droits sociaux, aux droits des travailleurs. Donc c’est difficile de pouvoir imaginer de travailler avec des gens comme ça.

Jan Jambon (N-VA) qui déclare bien vouloir travailler avec vous, si vous écartez une partie de votre programme, ça vous évoque quoi?

D’abord, que Jambon s’occupe de la N-VA et qu’il laisse nous occuper de l’intérêt de la population, notamment de la défense des intérêts des travailleurs, des pensionnés, de la jeunesse, aussi, qui a besoin aujourd’hui d’espoir et de savoir ce qu’on lui laisse comme pays. Un pays où il fait bon vivre, dans un pays où ce n’est pas la haine qui se propage. Un pays où il y a de la solidarité, c’est ça ce qu’attendent nos concitoyens, en particulier les jeunes.

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Mais Charles Michel se concentre sur cet axe PS/N-VA, c’est de la pure com’ ?

Oui, il ferait mieux de peut-être changer de logiciel. Je crois que son disque est rayé et il faudrait peut-être que Charles Michel fasse preuve d’un peu plus de créativité. Les gens n’ont pas envie d’entendre ce genre de discours politique, ça, c’est la politique qu’on faisait il y a 20 ans. Il faut pouvoir s’occuper des problèmes des gens. Il y a des problèmes environnementaux, les inquiétudes liées au climat, il y a des gens qui sont dans la pauvreté – une famille sur cinq qui n’a pas les moyens d’aller chez le médecin – les gens n’arrivent pas à payer leurs factures d’électricité, leur loyer.

Moi je pense aux jeunes en particulier qui aujourd’hui se demandent un petit peu aujourd’hui quel avenir on va leur réserver. C’est à ça qu’il faut répondre. Pas les petits jeux politiciens de Charles Michel, ça, ça ne sert pas à grand-chose.

Et le PS a quand même une coalition idéale au fédéral? Quelle est-elle?

On veut un gouvernement le plus à gauche possible, parce que la gauche c’est quoi? C’est l’égalité et la solidarité. La gauche c’est le contraire du repli sur soi, c’est l’ouverture vers le monde, vers les autres, c’est ça la gauche. Donc on veut évidemment une majorité qui soit la plus progressiste possible et on verra le résultat des élections, mais j’espère évidemment que lors du grand rendez-vous du 26 mai, on pourra autour de la table avoir un nouveau projet, un nouveau souffle pour la Belgique.

Imaginons que la famille socialiste soit la plus importante du pays – c’est ce que les sondages montreraient – Elio Di Rupo ou Paul Magnette comme Premier ministre?

Ecoutez, on verra, je crois que les gens n’ont pas envie d’entendre ce genre de considération.

Ah bon?

Elio Di Rupo est un homme d’expérience, bien évidemment. Paul Magnette, on connait aussi ses compétences, mais franchement, ce n’est pas ça la question, l’ambition c’est d’abord de convaincre les gens qu’il faut mener une autre politique. Moins repliée sur elle-même, solidaire, juste, donc d’abord gagner les élections, et puis voir avec qui on peut travailler.

Restons encore dans la politique. Vous faites moins 10% en Wallonie mais vous restez le premier parti, à Bruxelles vous êtes 2e. Vous êtes toujours au coude à coude avec Ecolo. On peut quand même s’imaginer que les coalitions dans les entités fédérées vont rapidement se faire, non?

Nous verrons ce qu’il en est. Je pense qu’en politique, il ne faut jamais trop anticiper. Maintenant de tradition, il est vrai que ça va plus vite au niveau régional, en même temps, je pense qu’il y aura très certainement – dire le contraire ce serait mentir – une approche d’ensemble. Mais en même temps, chaque niveau de pouvoir est autonome. On n’est pas obligé, et on l’a vu sous la précédente législature, de faire les mêmes coalitions partout. Mais attendons d’abord de voir le résultat des élections et ne commençons par faire de la spéculation. Je pense que ça ne sert pas à grand-chose.

Pas de préaccord Ecolo/PS?

À ma connaissance, il n’y en a pas.

La gauche c’est quoi? C’est l’égalité et la solidarité. La gauche c’est le contraire du repli sur soi

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On a vu lors des élections communales que ce n’était pas très simple de s’allier avec le PTB. Pouvez-vous réaffirmer la position du PS par rapport au PTB. Est-ce qu’une coalition avec ce parti est exclue?

Le PTB n’est pas clair. Ils ont changé de discours quasi tous les mois. Au début, on disait “on ne veut pas gouverner avant 15 ans”. Et puis ils ont dit: “On ne pas gouverner si on ne modifie pas les traités européens”. Maintenant on ne sait plus trop bien ce qu’ils disent. Je crois que c’est un parti qui ne veut pas prendre ses responsabilités. Donc eux, ils attendent sans doute le grand soir, la révolution, la majorité absolue. Non, le problème c’est qu’il faut pouvoir s’occuper aujourd’hui des problèmes des gens.

La politique, ce n’est pas que les grands discours, c’est aussi pouvoir assumer de s’occuper concrètement des problèmes des gens. J’ai l’impression que le PTB est surtout dans le discours.

Il y a pourtant des thèmes communs comme la justice fiscale, la taxation des plus riches. Il y a quand même des convergences que l’on pourrait imaginer?

Je constate que le PTB a beaucoup changé. Moi j’ai connu le PTB des années 80-90 qui s’alignait sur les pays communistes. Il fallait tout collectiviser, soutenir des régimes très peu démocratiques, il fallait un État qui s’occupe de tout nationaliser. Aujourd’hui, je constate qu’ils sont plutôt dans la réforme. Donc je crois que c’est plutôt eux qui sont en train de s’aligner sur les idées qu’on propose depuis longtemps. Vous savez l’impôt sur les grands patrimoines, c’est un combat de plus de 30 ans. On l’avait déjà dans notre programme en 1985. La justice fiscale, on n’a pas attendu le PTB pour pouvoir la défendre.

Et puis de manière générale la sécurité sociale, ça peut déplaire à certains, mais c’est le Parti socialiste, avec les mouvements sociaux, qui a œuvré pour la sécurité sociale. Quel est le bilan du PTB? Moi je ne vois pas très bien ce que le PTB a concrètement apporté pour améliorer la vie de nos concitoyens.

Mais est-ce que c’est le PS qui se rapproche du PTB ou le PTB du PS?

Ah non je l’ai dit. Moi j’ai connu un PTB qui était communiste, marxiste-léniniste, avec certains éléments peut être que les moins jeunes connaissent moins, mais Staline etc. Bref, moi je ne suis pas là dedans, je commence par attaquer ou caricaturer le PTB, mais je constate que des années 80 aujourd’hui, ils ont beaucoup changé. Tant mieux. Mais en même temps, il faudrait peut-être aussi un peu clarifier leur volonté, je dirais de se présenter aux élections avec la volonté de participer à des gouvernements, ou bien de dire “non non”, on est juste là pour attraper des voix. Mais faites attention à ceci: les voix qui vont vers le PTB sont alors des voix perdues. Il faut dire les choses comme elles sont.

Difficile d’évoquer cette législature sans les affaires: Publifin et le Samusocial. Est-ce que le PS peut assurer maintenant un meilleur contrôle de ses troupes? Est-ce que la tête du PS parvient à contrôler ses troupes?

On est là dans des dossiers qui ont un aspect judiciaire et pénal, et donc il n’y a pas un gendarme derrière chaque mandataire, qu’il soit socialiste ou libéral, cdH ou écolo.

Il peut il y avoir un mot d’ordre…

Évidemment, on a des règles qui sont très strictes. Moi j’observe que chez nous, quand il y a quelqu’un qui a fauté, soit il est exclu, soit il démissionne, soit il est démissionné. On ne garde pas chez nous des gens qui ont commis des fautes, qui sont des fautes inacceptables sur le plan de l’éthique, de la gestion voire même de la légalité.

Maintenant je constate que ce n’est pas la même chose dans tous les partis. Je vois qu’il y a des partis où les gens sont encore membres, gardent leurs mandats, alors qu’ils font l’objet de poursuites pénales. Donc voilà, la présomption d’innocence, c’est une chose. Il faut que les dossiers judiciaires aillent jusqu’à leur terme. Mais en même temps, sur le terrain de l’éthique, je trouve que le Parti socialiste n’a pas de leçon à recevoir. Il a toujours pris des décisions, parfois très dures, à l’égard de mandataires qui ont fauté.

J’ai l’impression que le PTB est surtout dans le discours

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Revenons aux jeunes qui nous concernent. Il semble que de nombreuses voix aillent vers Ecolo. Quelle méthode peut utiliser PS pour attraper ces voix?

Je crois que la solidarité est quelque chose de très moderne. C’est-à-dire que nos jeunes, moi j’en connais vraiment beaucoup, ils sont sensibles à la question des inégalités. Ils ne comprennent pas qu’il y en a qui vivent très bien, qui vivent même de manière opulente pendant que d’autres rament, pendant que d’autres sont au bord de la route, ont du mal à se soigner, ont du mal à payer leurs frais d’études, surtout dans les études supérieures, et n’ont quasiment pas un euro en poche. Tout ça, les jeunes y sont très sensibles. On le voit aussi avec la mobilisation dans le parc Maximilien vis-à-vis des sans-papiers.

Donc on voit qu’il y a chez les jeunes un élan de solidarité. Eh bien le Parti socialiste, c’est le parti de la solidarité, c’est le parti de l’égalité. Donc ils trouveront toujours chez nous des réponses à leurs préoccupations. C’est la raison pour laquelle je crois que le message socialiste est par nature d’une grande modernité.

Peut-être que sur la question climatique, le Parti socialiste est arrivé un peu trop tard?

Non, à nouveau, sur les aspects environnementaux, de développement durable, pour précisément répondre à la question du climat, le Parti socialiste a toujours été à la pointe, toujours, on a toujours eu dans nos programmes et dans nos actions la volonté de promouvoir le développement durable.

C’est d’ailleurs une notion issue de la social-démocratie scandinave, et cela étant, nous ce qu’on dit c’est que les jeunes ont raison de se révolter, ils ont raison de montrer leur indignation. C’est de notre responsabilité de pouvoir les écouter.

Leur offrir un avenir…

Absolument. Ma fille est intoxiquée aux particules fines parce que j’habite dans un des coins les plus pollués de Bruxelles, donc je sais de quoi je parle et je ne veux pas, moi, avoir à dire à ma fille dans quelques années que je n’ai rien fait pour améliorer globalement la situation de nos concitoyens.

Donc on doit travailler, mais faire exactement l’inverse de ce qu’a fait le gouvernement. Ils ont coupé dans les moyens des transports publics, des trains en particulier, il faut faire le contraire, il faut faire par exemple ce que la Région bruxelloise a fait: 5 milliards dans le transport public, dans le métro, dans le bus. Donc oui, on doit évidemment avoir moins de voitures en circulation et favoriser le transport en commun. Et aussi, parce que c’est un des grands facteurs de pollution, une meilleure isolation dans les logements et là aussi on a des idées concrètes.

Pour rattraper cette jeunesse, est-ce que cela passe aussi par un rajeunissement des cadres du parti ou est-ce juste un slogan?

Je suis de ceux qui considèrent qu’il faut créer des espaces pour nos jeunes. Et quand je vois par exemple la liste à la Chambre des représentants, dans les trois premiers suppléants qui ont des chances réelles de devenir députés, il y a trois jeunes. Nous avons également comme députée sortante ici au groupe socialiste une jeune comme Nawal Ben Hamou, Khalil Aousti qui est premier suppléant à Bruxelles, et on peut ainsi continuer.

De manière générale, oui, moi je suis de ceux qui considèrent qu’il faut en permanence préparer la relève, créer des espaces pour les jeunes, parce que la jeunesse irrigue le débat politique.

Ils sont assez visibles vos jeunes?

On leur donne de la visibilité. En tout cas, on les pousse, on les encadre, on les soutient. Il y a vraiment un choix politique, parce que finalement, il faut bien se rendre compte que la politique aujourd’hui, c’est d’être en phase avec l’évolution de la société, et on voit la société évoluer à une vitesse très rapide, notamment sur le terrain des réseaux de communication. À mon époque, quand j’avais 15 ans, il y avait un écran à la maison, c’était la télévision.

Aujourd’hui à la maison, il y a quatre ou cinq écrans et parfois deux télévisions. Il y a les iPhones, les PC, bref, l’information, le monde entier rentrait par un seul écran dans les familles, aujourd’hui il rentre par une multitude d’écrans. L’information va beaucoup plus vite. Il y a aussi une évolution de notre système économique qui s’appuie justement sur cette rapidité de l’information. Donc tout cela appelle évidemment une adaptation de notre façon de faire de la politique, et pour ça la jeunesse, elle est indispensable. Et le journalisme aussi d’ailleurs vous en êtes un bel exemple avec newsmonkey.

le message socialiste est par nature d’une grande modernité

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