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A la pointe de la mode, nos ancêtres portaient déjà des fringues il y a 120.000 ans


© Un type d’outil qu’on n’avait pas encore découvert si loin dans le passé. Copyright : Jacopo Niccolò Cerasoni, 2021

Une grotte marocaine vient de dévoiler des outils de tannage, ainsi que des ossements animaux qui portent des traces d’écorchage typiques de la découpe des fourrures. L’endroit pourrait bien avoir servi d’atelier d’assemblage de vêtements, et il date de 120.000 ans.

Difficile de concevoir une découverte scientifique plus émouvante qu’une trouvaille qui a trait au lointain passé de l’humanité, et d’autant plus quand celle-ci repousse les limites de nos connaissances sur la vie de nos ancêtres. Et c’est le cas pour ces quelques menus objets qui viennent d’être déterrés sur le site de la Grotte des Contrebandiers, au Maroc : quelques fragments d’os qui nous font découvrir ce qui est peut-être le plus ancien atelier d’habillement connu de l’histoire de l’humanité.

Ce sont plus de 12.000 fragments osseux de divers animaux qui ont été découverts sur ce site de fouille mais, parmi eux, l’anthropologue Emily Hallett de l’institut allemand Max Planck en a identifié une soixantaine qui ont été façonnés par des mains humaines afin de servir d’outil, et dont les traces d’usure correspondent à des objets identifiés sur d’autres sites archéologiques comme ayant servi au travail du cuir.

Un besoin certain de se couvrir

« Les matériaux organiques tels que le cuir et la fourrure sont extrêmement peu susceptibles de se conserver dans des dépôts aussi anciens. En tant qu’archéologues, il nous reste donc que des éléments de preuve, notamment des outils et des os d’animaux qui conservent des marques de dépouillement » a confié la chercheuse à Science Alert. « Nous pouvons rassembler ces éléments de preuve et suggérer que les humains utilisaient des outils en os pour préparer le cuir et la fourrure qui étaient probablement utilisés pour les vêtements. »

On ne peut bien sûr établir de totales certitudes ; si ces outils ont bien servi au travail de peaux, celles-ci peuvent avoir été utilisées pour confectionner des sacs plutôt que des vêtements, par exemple. Mais la découverte reste de taille, car ces outils en os remontent à environ 120.000 ans. Soit l’époque des premiers Homo Sapiens, nos ancêtres directs, qui commençaient alors leur grande expansion hors du berceau africain. Confrontés à des climats plus froids à mesure qu’ils montaient vers le nord, il est probable qu’ils aient ressenti un besoin croissant de se couvrir.

Une mode de cuir et de fourrures

Et à défaut d’une petite laine pour laquelle il faudra bien attendre encore 110.000 ans, ces anciens humains ont opté pour le cuir et les fourrures. Et si on n’a pas pas moindre idée des coupes à la mode de l’époque, on peut trouver quelques pistes sur les animaux qui finissaient en gilets. Des chats sauvages, des renards de Rüppell, ou encore des coyotes selon les analyses de Emily Hallett: « Les marques de coupe sur ces os de carnivores sont limitées aux zones où les incisions sont faites pour le retrait de la fourrure, et il n’y a pas de marques de coupe sur les zones du squelette associées au retrait de la viande. » A l’inverse d’autres restes trouvés dans la grotte, qui proviennent d’animaux consommés, mais qui ont aussi pu fournir du cuir, signale la chercheuse: « Des os de bubales (une variété d’antilope, ndlr), d’aurochs et de gazelles ont été trouvés en grande abondance, et ces animaux ont également été consommés par les humains, car il y a des marques de coupe associées à l’enlèvement de la viande sur leurs os. »

Une découverte supplémentaire qui nous dévoile quelques bribes de la vie de très lointains ancêtres. Avec l’automne qui approche, pensez-y quand vous ressortirez vos manteaux et vos bottes de pluie et que vous chercherez ce qui vous va le mieux. Il y a 120.000 ans, des humains se trouvaient aussi face au même défi de combiner le confort avec, sans doute, un brin d’élégance.

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