17 Belges perçoivent encore une “pension nazie” d’un montant estimé à 1.500 euros par mois

A travers le monde, 63.159 personnes perçoivent encore une “pension nazie”. Les personnes âgées y avaient droit lorsqu’elles souffraient de blessures subies alors qu’elles étaient au service du régime nazi. Parmi elles, on compte 17 Belges. C’est ce que révèlent les chiffres du Secrétaire d’état allemand du Travail, Kerstin Griese (SPD). En tenant compte du fait que la Seconde Guerre mondiale s’est achevée il y a 75 ans, il vaut peut-être la peine de s’attarder un peu. Combien de Belges ont touché une telle pension?

Il y a trois ans, on apprenait qu’une vingtaine de Belges maintenant très âgés touchaient encore une pension complémentaire de la part de l’Allemagne pour les dommages corporels infligés pendant la Seconde Guerre mondiale, dans le cadre de leur service envers le régime nazi. En Allemagne, en plus du système de pension traditionnel, les indemnités pour dommages subis pendant la guerre sont réglementées par la Bundesversorgungsgesetz (BVG). Cette Loi fédérale sur les approvisionnements a été établie en 1945 par le président du Reich Karl Dönitz, qui a succédé à Hitler après son suicide.

Karl Dönitz, successeur d’Hitler

Pas d’information personnelle

Début de cette année, le Parlement fédéral belge a adopté à large majorité une résolution à l’effet que “les pensions pour collaboration avec d’un des régimes les plus meurtriers de l’histoire vont à l’encontre des efforts de préservation de la mémoire”. La résolution demandait, en outre, les noms des Belges qui perçoivent une telle pensions, mais Berlin a jusqu’à présent refusé de le faire.

63.159 retraités du régime nazi dans le monde

Ulla Jelpke (Die Linke)

Mais désormais, pour la première fois, le gouvernement allemand publie des données sur les “pensions nazies”. Les journaux De Morgen et Het Laatste Nieuws (Persgroep), notamment, en ont parlé hier. Le secrétaire d’état allemand du Travail Kerstin Grise (SPD) a publié les données après une série de questions parlementaires posées par Ulla Jelpke (Die Linke). Depuis des années, cette femme politique travaille, avec les proches des survivants des camps de concentration, de mieux connaître le régime de retraite des anciens collaborateurs du régime nazi.

Selon les chiffres révélés par Griese, on en déduit qu’encore 17 personnes perçoivent en Belgique cette pension de l’Allemagne chaque mois. Dans le monde, ce sont 65.159 retraités qui sont concernés, dont 61.225 vivent en Allemagne.

La Pologne et autres lieux exotiques

Outre l’Allemagne, c’est en Pologne où l’on dénombre le plus grand nombre, soit 538 personnes. Après l’annexion du pays par Hitler en 1939, de nombreux citoyens polonais ont reçu le statut d'”Allemands du peuple”, pour les distinguer des autres Polonais “slaves”. D’autres chiffres frappants sont ceux de la Slovénie (178), de l’Autriche (87), de la Suisse (48) , de la France (52), de l’Espagne (29) et des Pays-Bas (27).

De nombreux dirigeants nazi, SS et collaborateurs ont fuit après la Seconde Guerre mondiale dans l’espoir d’échapper à la persécution. C’est pourquoi certains ont choisi de se rendre le plus loin possible et de se construire une nouvelle vie. Par exemple, 17 personnes réfugiées au Brésil reçoivent toujours une pension nazie, tout comme 12 personnes en Thaïlande, 9 en Afrique du Sud, 8 en Argentine et 3 au Chili.

Quant aux retraités belges, Griese n’a dévoilé aucune information personnelle. Des données ont cependant été publié concernant 50 des 52 individus en France. Il s’agit de 15 soldats de la Werhmacht, 11 civils, 18 veuves, 2 demi-orphelins et 4 orphelins. Sur les 15 soldats, 4 étaient des membres de la Waffen SS.

1.562 euros en moyenne

En 2017, l’ambassadeur allemand de l’époque, Rüdiger Lüdeking, déclarait au journal Le Soir qu’il n’y avait “aucune raison de s’inquiéter”: “Le supplément n’est pas versé aux personnes qui ont commis des crimes contre l’humanité”.

Ulla Jelpke, de son côté, a affirmé qu’il n’y avait jamais eu d’enquête pour justifier cette affirmation. Par ailleurs, dans sa réponse, Grise se dissocie de cette déclaration: “Le gouvernement fédéral (allemand) n’a pas connaissance de telles déclarations faites par des employés des ambassades et ne représente pas cette position. Le gouvernement fédéral n’a aucun connaissance de la manière dont les enquêtes ont été menées dans des cas individuels”.

On estimait, auparavant, que le montant des pensions fluctuait de 300 à 400 euros par mois. Mais ce serait une important sous-estimation. Selon Griese, la prestation des 61.225 retraités résidant en Allemagne s’élève plutôt “en moyenne à 1.561,72 euros” par mois.

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