Des enfants risquent leur vie pour fabriquer la batterie de votre smartphone

40.000 enfants travaillent dans les mines de cobalt en République démocratique du Congo (RDC). Certains d'entre eux ont à peine sept ans. Ils travaillent plus de douze heures par jour dans des conditions de vie inhumaines et pour un salaire de misère. Le minerai qu'ils extraient se retrouve ensuite dans les produits de plusieurs grandes firmes électroniques ou automobiles dont Apple, Samsung ou Volkswagen. C’est ce que dénoncent Amnesty International et Afrewatch dans un rapport publié ce mardi. 

Plus de la moitié de la production mondiale de cobalt vient de la RDC. Ce minerai est utilisé dans la fabrication des batteries en lithium-ion des smartphones, des tablettes ou des voitures électroniques. Les enquêteurs d'Amnesty ont retracé son parcours, depuis son extraction dans plusieurs mines du sud du pays jusqu'à la fabrication des produits finis.

Entre un à deux dollars par jour

En 2014, 40.000 enfants travaillent dans les mines au Katanga, la province la plus méridionale de la RDC, dont beaucoup dans des mines de cobalt, selon UNICEF. Amnesty rapporte que certains d'entre eux ont à peine sept ans et travaillent jusqu’à 12 heures par jour, pour un salaire d'un à deux dollars par jour. Ils transportent des charges lourdes et travaillent sans aucune protection, pieds et mains nus. Ils ruinent leur santé en inhalant de la poussière de cobalt qui peut entraîner des maladies pulmonaires mortelles.

Dans les mines artisanales clandestines, les accidents sont fréquents. " Les tunnels sont meurtriers. Ils dépassent la profondeur autorisée et ils s’écroulent, tel un piège se refermant sur ceux qui espéraient survivre grâce à eux. Les morts ne sont pas souvent rendus à leur famille, ils restent au fond de la mine. En 2015, au moins 80 mineurs sont décédés ", signale l'étude.

Sans défense, les enfants se font souvent voler leur maigre revenu par des policiers malhonnêtes. Leur travail étant illégal, ils n'osent pas dénoncer le racket.

Apple, Samsung ...

D'après Amnesty, les négociants achètent le cobalt extrait dans des lieux où le travail des enfants est courant et le vendent à la Congo Dongfang Mining (CDM), une filiale détenue par le géant chinois de l’exploitation minière Huayou Cobalt.

Huayou Cobalt et sa filiale CDM traitent ensuite le précieux minerai puis le vendent à trois fabricants de composants de batteries en Chine et en Corée du Sud. Ceux-­ci revendent alors leurs composants à des fabricants de batteries qui affirment fournir des entreprises comme Apple, Microsoft, Samsung, Sony, Daimler et Volkswagen.

" Une chaîne de production complexe "

À la suite des ces constats, Amnesty a interrogé 16 multinationales inscrites comme clientes des fabricants de batteries : Apple Inc., Dell, HP Inc. (Hewlett-Packard Company), Huawei, Lenovo (Motorola), LG, Microsoft Corporation, Samsung, Sony, mais aussi des fabricants automobiles comme Daimler AG et Volkswagen.

Sur les 16 firmes, une seule a reconnu ce lien. Quatre n’ont pas pu certifier si elles achètent du cobalt provenant de la RDC ou fourni par Huayou Cobalt. Six ont déclaré enquêter à ce sujet. Cinq ont nié se procurer du cobalt auprès du géant chinois, alors qu’elles figurent sur les listes des clients et deux ont nié se procurer du cobalt provenant de la RDC.

Mais le rapport pointe " qu'aucune d'entre elles n’a fourni d’informations suffisantes pour vérifier de manière indépendante la provenance du cobalt utilisé dans ses produits ". Les multinationales se cachent en effet derrière l'impossibilité de tracer la chaîne de production de leurs produits. Amnesty vient de prouver le contraire.

Manque de réglementation

Le marché mondial du cobalt n’est actuellement pas réglementé. En effet, ce minerai n’entre pas dans la catégorie des " minerais de conflits " réglementés aux États­-Unis et dont font partie l’or, le tantale, l’étain et le tungstène en provenance de la RDC.

" Tant que les entreprises ne seront pas tenues légalement de contrôler la provenance des minerais et leurs fournisseurs et de rendre ces informations publiques, elles continueront de tirer profit de violations des droits humains. Les gouvernements doivent en finir avec ce manque de transparence, qui permet aux entreprises de tirer profit de la misère ", dénonce Mark Dummett, chercheur chez Amnesty. À elles seules, les grandes marques électroniques et automobiles totalisent en 2015 un profit de 125 milliards d'euros, souligne Amnesty. L'ONG les appelle dès lors à prendre leurs responsabilités.

Sources : Rue 89, RFI, le rapport d'Amnesty International et d'Afrewatch " This is why we die for "

Lisez aussi