Lettre ouverte à l'Europe...

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Du sang, des morts, de la poussière; des bâtiments en ruine, un hôpital dévasté, des gravats par milliers; des enfants traumatisés, des femmes en pleurs, des vieillards hagards. Bachar al-Assad a encore frappé. Le dictateur qui soumet son peuple depuis plus de quinze ans pour garder son cul au chaud sur son trône de la mort. Le meurtrier en puissance que Vladimir accueillait chez lui il y a encore quelques semaines. L’assassin sanguinaire que France 2 osait interviewer sans aucune pudeur il y a deux ans. Le monstre humain que la diplomatie internationale a peur de vexer.

Ceux qui meurent aujourd?hui Alep, ce sont des êtres humains qui n?ont rien demandé à personne. Ils sont nés dans un pays, ils y ont construit une vie et leur président a décidé de les tuer pour récupérer son autorité, son territoire et son pouvoir. Que font les autres meneurs pour contrer sa folie si ce n?est discuter inlassablement de la meilleure solution diplomatique pour garder un contrôle sur des alliances factices qui, peut-être, leur permettront de s?enrichir à nouveau des ressources syriennes (et irakiennes) une fois la guerre terminée ? Où est la solidarité publique tellement blasée de tant de violence qu?elle matte et zappe supprimant toute la vigueur de son opinion, si tant est qu?elle en est encore une ? Cinq ans après le début de la guerre, comment peut-on encore tolérer ces images et ne rien faire ?

Réveillez-vous de votre léthargie

Cette lettre, je l?adresse au monde entier mais particulièrement aux Européens. Réveillez-vous de votre léthargie. Ouvrez grands vos yeux, tendez les oreilles et arrêtez de murmurer assis derrière votre écran de télévision. L?avenir de vos enfants est écrit dans le présent. En restant passifs, vous soumettez leur futur à revivre votre passé. Contrairement à ce que vous semblez vous imaginer, la Syrie n?est pas loin. Ce qui s?y passe n?est pas situé derrière vos ?illères. Tout et tous sommes liés. Aujourd?hui, ça pète en Syrie quotidiennement. Cela se déroule sous vos yeux éteints. Les gens meurent enfermés dans un écran virtuel et parce que les nouvelles générations européennes n?ont connu la guerre que par les récits de leurs grands-parents, elles semblent ne pouvoir comprendre l?impact d?un tel évènement. Les bombes, les mitraillettes, le sang, c?est excitant. C?est hollywoodien. C?est la masturbation violente. Le voyeurisme hémorragique. Le jeu vidéo auquel on joue sans manettes.

Chers amis, l?oiseau de mauvais augure que je suis vous prévient. Bougez-vous, préparez-vous, parce qu?au rythme où ça va, notre tour est bientôt là. Ça va nous péter en pleine face et il n?y aura pas d?étonnement permis, de surprise générale autorisée car l?annonce est faite et même si elle est encore abstraite, la sonnette d?alarme est sur le point d?être enclenchée. Les signaux lumineux clignotent de plus en plus vite et seuls le déni et le repliement conduiront à notre perte.

Ne cherchez pas les fautifs chez les « autres ». Quelle que soit votre couleur politique, la cause est purement humaine, tout le reste n?est qu?un détail technique. L?Homme est faible, puissant ou non, ses défauts ont toujours raison de lui. La lubricité avant la fidélité, l?égoïsme avant la solidarité, le capital personnel avant le partage, la lumière avant l?ombre. Si Dieu existe, il s?est bien trompé. Ou c?est un con et il se marre.

Il est temps de modifier notre imaginaire frontalier fait de barbelés électriques à la moindre tension, nos habitudes individualistes d?ouverture à l?autre dans les hôtels et de rejet dans la rue, nos désirs insatiables d?amasser plutôt que de partager. Il est temps d?être plus religieux que les religieux car, aussi ringards ceux-là peuvent-ils paraître, il serait opportun que les valeurs prônées par les religions comme l?amour, l?amitié et la solidarité entre tous les êtres humains deviennent cool. C?est moi qui dis ça alors que je suis le premier pécheur mais la situation dégénère. Je sais que c?est idéaliste mais tentons d?en oublier son caractère utopique pour l?envisager réellement. Ou continuons à soutenir passivement les gouvernements qui sèment la mort et la terreur, directement et indirectement, et nous récolterons les fruits de notre je m?en-foutisme. On crèvera avant l?heure et on tuera l?avenir de nos enfants parce qu?on n?aura rien fait tant qu?il en était encore temps.

La mémoire humaine est la farce de l?Histoire

Je l?ai déjà écrit maintes fois: la mémoire humaine est la farce de l?Histoire. Le temps passe, les gouvernements se succèdent et les erreurs se répètent. C?est le cycle de la vie, le serpent qui se mord la queue. Comme dans la mode ou dans la musique, ce qui était in par le passé revient sur le devant de la scène quelques décennies plus tard, remixé mais fondamentalement identique. Manque d?inspiration ? Problème d?innovation ? Choix de la facilité ? Non, j?en suis venu à croire que tourner en rond dans tous les domaines est juste profondément humain : nous ne sommes pas des surhommes, une fois arrivés à court d?inventions techniques et technologiques, on adapte l?ancienneté grâce aux nouveaux moyens, c?est aussi simple que ça.

Nous voici donc à l?aube de l?année 2017 où, et j?espère me tromper et qu?on se moquera de moi pour l?avoir dit, ça va passer ou casser. Encore. Et le foutoir européen en sera à l?origine, comme d?habitude. Tous les signes sont là : les crises se succèdent, les pays européens se cloîtrent, les identités s?affrontent, le Moyen-Orient éclate et les grandes puissances internationales se chamaillent pour rester au top et surpasser les autres.

Crise économique, crise sociale, crise humanitaire. Jeux d?alliances, renversements des leaderships, élections calamiteuses. Révolutions, répressions, guerres. Après, il suffira de compter les morts, d?élever des monuments aux victimes, de célébrer les anniversaires annuels. Chute démographique, déflation économique, nouveaux maîtres du monde. Le serpent se sera mordu la queue, il entrera dans sa mue et repartira de plus belle pour quelques décennies. Jusqu?à la prochaine fois.

Élections présidentielles américaines, élections présidentielles françaises, centenaire de la Déclaration Balfour, l?année 2017 va être chargée. Accrochez-vous car ça va swinguer. Le Printemps Européen n?est pas loin. Les « gentils » font le jeu des « méchants » parce que ça paie bien. Les citoyens qui ont des valeurs lèveront le poing et se feront réprimés par leurs oligarchies. Sois pauvre et tais-toi. Révolte-toi en silence. Prône l?humanisme et récolte le capitalisme. Oublie la raison et deviens fou. C?est là la seule solution pour rester sain dans un monde malade. Commandez vos passeports et faites tourner la mappemonde. Il est grand temps de choisir l?île de votre exil. Quitte à ce que le réchauffement climatique se prépare lentement à nous tuer les uns après les autres, autant se prendre directement une vague dans la gueule plutôt qu?attendre que la boule de neige destructrice commence sa roulade et nous écrase.

Plus personne n'est innocent face à l'horreur

«Voici venue la fin de l?Histoire» qu?ils disaient au début du 21e siècle. Les historiens du 22e rigolent déjà. L?Histoire de l?humanité tourne en boucle depuis des millénaires : naissance de peuples, conquêtes territoriales, puissance, déclin, guerre, renouveau. Bouton repeat enfoncé. Voilà ce à quoi l?être humain s?est réduit. Toujours aller plus loin, toujours avoir plus, toujours se battre pour atteindre ses fins. Mais qu?est-ce qu?on est cons d?être gouvernés par des cons.

Aujourd?hui, plus personne n?est innocent face à l?horreur. Ne feignez pas l?embarras à la lecture de mes propos, ce que j?ai à vous dire est politiquement incorrect. Permettez-moi cependant de rappeler en amont qu?il n?y a que la vérité qui blesse.

Alors, partisans de la politique interventionniste américaine, de l?extrémisme racial et identitaire français, de l?implantation colonisatrice sioniste en Palestine ou encore de la solution diplomatique syrienne, il est encore temps de fermer cette page. Mettez-moi sur liste noire, appelez-moi réactionnaire ou anarchiste, détruisez ma pensée à coups d?arguments soporifiques, associez-moi à la culture du buzz. Tout cela n?est que le résultat des épistémicides que l?Occident écrit dans les livres d?Histoire pour mieux endormir les foules et créer son armée d?ignares.

Détrompez-moi mais il me semble que le début de la fin a commencé dès après la Seconde Guerre Mondiale, comme si les décideurs survivants de ce temps sombre de l?Histoire européenne avaient tellement aimé jouer, gagner et survivre qu?il leur paraissait évident qu?il faudrait en faire profiter leur descendance un jour. Des erreurs fondamentales ont été commises dans l?avant-guerre, pendant celle-ci et après elle. Ce sont ces mêmes fautes qui ont entrainé tous les conflits guerriers de l?après-1945 jusqu?à aujourd?hui et elles seront également les causes qui entraîneront le monde dans sa Troisième Guerre Mondiale dont les prémices ont commencé le 11 septembre 2001, et non pas le 13 novembre 2015 (et encore moins le 7 janvier 2015, n?en déplaise à la victimisation française).

C?est pourtant simple à comprendre: en ce jour funeste, les États-Unis ont officiellement perdu leur statut de puissance unipolaire et le peuple étasunien s?est ramassé au visage le boomerang de la politique interventionniste en territoire étranger de son gouvernement qui, pour la première fois depuis longtemps, est apparu aux yeux du monde comme vulnérable. Les citoyens américains, insouciants face à la puissance de leur État protecteur, coulaient des jours heureux à l?abri de tout conflit. Ils regardaient leur télévision, d?accord ou pas avec les ingérences de leur pays en terre inconnue, peu importe, ils n?ont jamais imaginé ce qui allait arriver. La bulle de la modernité, la façade de la démocratie, la théorie de l?ère post-historique et internetisée avaient fait leur travail.

Ce jour-là, si la clique d'Oussama Ben Laden, mise sur pied par les États-Unis eux-mêmes en Afghanistan au début des années quatre-vingt pour contrer l?URSS, s?est frottée les mains de son plan diaboliquement parfait, vous pensez bien que derrière les discours de condoléances des politiciens du monde entier, certains, voire plusieurs, n?en pensaient pas moins. Humainement répréhensible ? Certainement. Géopolitiquement opportun ? Bien évidemment.

La réponse aux attentats contre New-York et Washington de ce début de millénaire a été de servir sur un plateau d?argent les raisons de la Troisième Guerre Mondiale et de ce qui fait que des hommes ont pris les armes pour contrer à leur faible niveau de départ les interventions américaines et, plus généralement, occidentales dans leurs pays, dont la plupart étaient déjà soumis à des dictateurs sanguinaires. S?ils avaient eu affaire à un véritable libérateur messianique comme le gouvernement américain s?est fait le porteur de drapeau, alors peut-être que leurs réactions auraient été différentes. Ce n?est tout simplement pas ce qui s?est passé. Les néoconservateurs de l?administration Bush, bien plus au fait que leur président lui-même, l?ont mené vers une solution dévastatrice pour l?Irak et ses citoyens, déversant à la télévision des discours mythomanes plus ridicules les uns que les autres pour justifier cette invasion. Tout le monde connaît cette histoire, je n?y reviendrai pas plus, les problèmes d?hypertension sont génétiques, je préfèrerais les retarder au maximum.

La tentative ratée de l?égo étasunien pour reconquérir sa puissance unique s?est transformée en une profusion d?hémoglobine touchant toutes les régions aux alentours et au-delà, parce que la première puissance sur Terre, sortie triomphante de la Seconde Guerre Mondiale, s?était insérée depuis un bail sur tous les continents et dans tous les pays sans toutefois leur payer de loyer. L?exemple le plus criant de cette métaphore immobilière reste la signature par la soi-disant « communauté internationale » via son nouveau bébé, « l?ONU », de la création officielle de l?État d?Israël en Palestine. Les juifs ont été décimés en Europe par un petit nerveux moustachu certainement frustré du tire-bouchon et, alors que la guerre était terminée et l?Europe dévastée, l?unique solution au problème fut d?inventer un nouvel État qui accueillerait tous ceux que l?Europe fasciste ne voulait plus. L?exil juif en Palestine n?a pas démarré le 14 mai 1948, cela faisait plus d?une décennie que les bateaux débarquaient dans cette terre d?accueil des trois religions monothéistes. Ce n?est pas la population juive de l?époque qui arrivait avec ses valises au Moyen-Orient que l?on pointe du doigt dans la catastrophe palestinienne, c?est en réalité cette forme unique de conquête territoriale officiellement pacifique et approuvée par une institution, comme si cela rendait la décision légitime. Pas de batailles, pas de chevaux, pas de sang. Sortez ces images de votre esprit quand vous vous imaginez le mot « conquête ». Non, en 1948, imaginez un bureau, un vote, une approbation, des signatures et, PAF !, un nouveau pays, un nouveau peuple, une nouvelle carte ! C?est cool, c?est moderne, c?est innovant. C?est la « communauté internationale » de l?époque qui t?explique que la guerre, c?est pas bien, qu?elle a compris la leçon et que dorénavant pour arriver à ses fins, elle passera par la diplomatie dans le cercle très fermé des riches et puissants de ce monde, car seuls eux, ont l?intelligence assez poussée pour résoudre les problèmes internationaux. Toujours à leur avantage bien entendu.

Le 2 novembre 2017, la Déclaration Balfour célèbrera son centenaire. Mettez vos ceintures car le choc risque d?être rude. Pour rappel, il s?agit de la lettre d?Arthur Balfour à Lord Rothschild, tous deux partisans du projet sioniste, dans laquelle Balfour lui annonce que la création d?un Foyer National Juif en terre palestinienne est sérieusement envisagée par le gouvernement britannique et que tout sera mis en ?uvre pour y arriver. Cet anniversaire risque d?être mouvementé du côté des Palestiniens et des défenseurs de leur cause, répartis en nombre sur tous les continents. Si Gaza se révolte, Israël continuera le génocide à demi-mot qu?il perpétue depuis le 15 mai 1948 sans que la « communauté internationale » ne bouge d?un cil, puisque les décisionnaires en son sein sont les chefs des pays occidentaux qui ont créé directement ou indirectement cet État, leur permettant d?avoir un pied d?appui au Moyen-Orient et de contrôler ce qui s?y passe. Cependant, j?espère vraiment me tromper et que, si cela se passe, l?ONU interviendra pour enfin stopper le massacre, l?étouffement et la colonisation d?une population. Enfin, l?espoir fait vivre... Quand on sait qu?en 2006, le gouvernement américain, qui domine l?ONU, a laissé Israël bombarder le Liban, sans sourciller face à l?accumulation du nombre de morts civiles, parce qu?il voulait détruire le Hezbollah pour mettre une raclée à l?Iran. Ou quand on voit l?efficacité de la « coalition internationale » mise sur pied par John Kerry pour prétendument détruire Daesh et sauver la Syrie, alors qu?ils n?agissent que sporadiquement et à coups blancs pour satisfaire l?opinion publique, espérant plutôt que l?État Islamique détruise d?abord Al-Qaeda avant d?intervenir eux-mêmes : « Je te laisse tranquille tant que tu me rends service et dès que tu me seras inutile, je te détruirai ». Les exemples sont trop nombreux et, face à cela, mon pessimisme ne me semble pas de trop.

Après cet avertissement face à l?année 2017 et ses commémorations à risque au niveau international, une parenthèse s?impose puisqu?il est toujours obligatoire de se justifier publiquement dès que l?on critique l?État d?Israël. Autant donc prévenir les sionistes et autres revendicateurs de la calimero-mania israélite : non, je ne suis pas antisémite, je respecte la judaïté et le peuple qui habite aujourd?hui en Israël. Comme moi, les nouvelles générations israéliennes n?ont pas choisi l?endroit où ils allaient naître. D?ailleurs, antisémite possède une drôle de définition depuis plus d?un siècle, associé à la pensée raciste contre les juifs alors que les sémites regroupent entre autres, aussi bien les arabes que les hébreux. Leurs langues sont sémitiques, voilà tout. La religion n?a rien à voir là-dedans. Soit. La reprise médiatique du vocabulaire détourné avec lequel les politiciens et une certaine presse à leur service lave les cerveaux des gens est impressionnante. Cela participe aux facteurs d?avant-guerre que l?on est nous-mêmes en train de créer.

Terroriste?

A ce propos, par exemple, le terme « terroriste islamiste » est absurde et pourtant on nous le ressort sur chaque plateau de télévision comme une évidence. Pourquoi associer un mot à connotation évidente avec l?Islam si ce n?est pour augmenter la peur de l?autre et l?islamophobie en particulier. Ces fameux terroristes ne sont pas des musulmans même s?ils se revendiquent de cette religion. D?ailleurs, à ce que je sache, lorsque le norvégien Anders Behring Breivik a commis un attentat à la bombe à Oslo et a tué des dizaines d?adolescents de sang-froid pour mettre en avant son manifeste, entre autre, contre l?Islam au nom de la chrétienté européenne, personne ne l?a désigné « terroriste chrétien ». Non, aujourd?hui, si tu es basané, métisse, noir ou arabe, tu es un « terroriste ». Si tu es blanc, tu es un « déséquilibré ». Pourtant, un Salah Abdeslam ou un Mehdi Nemmouche sont tout autant déséquilibrés que l?est le tueur d?Oslo. Eux aussi revendiquaient une tuerie au nom d?une idéologie manifeste en contradiction totale avec les valeurs de l?Islam. C?est un acte politique, pas un acte religieux. « Allah Akbar », c?est de la publicité. Quel est donc ce deux poids deux mesures utilisés pour la qualification des pratiquants du terrorisme, terme qui par ailleurs n?a aucune définition officielle précise, si ce n?est dans un but de propagande consciente pour les uns, inconsciente pour les autres, de la peur aboutissant à la haine et aux ruptures sociétales et religieuses entre les nations et les communautés.

Je poursuis sur ce terme de « terrorisme ». Il n?existe donc aucune définition officielle si ce n?est le fait de semer la terreur pour des revendications politiques. Alright? Sachant cela, une question : qui sème le plus la terreur ? Les médias par leur propension à répandre des informations orientées et un vocabulaire tronqué ? Les fous qui tirent dans une foule ou se font exploser pour quelques raisons obscures ? L?État Islamique qui décapite des gens à travers nos écrans ? Ou les fausses guerres menées par les gouvernements internationaux qui s?ingèrent chez les autres pour de mauvaises raisons et imposent aux autochtones un conflit à rallonge qui annihile leur avenir ?

Certes, les terroristes qui ont tiré sur des gens innocents à Paris ou qui ont fait sauter des bombes à Bruxelles, Madrid, Londres ou New York ont semé la terreur. De cette phrase, une digression s?impose : remarquez-vous ce qu?il vient de se passer ? Pensant à des actes de terrorisme, ma pensée vient d?écrire automatiquement cinq villes occidentales concernées. BOUM ! Il est là, le lavage de cerveau ! C?est cela l?aliénation aux médias occidentaux ! Quand ceux-ci font le perpétuel lien entre un concept, un lieu et une image concrète et cultivent cette information pendant des jours, des semaines, des mois, voire des années, empêchant ainsi tout cerveau, fonctionnel ou un peu moins, d?associer ce même concept à d?autres images, idées et définitions. Je reprends ma phrase et la transforme quelque peu : Certes les terroristes qui ont tiré sur des gens innocents à Tunis ou qui ont fait sauter des bombes à Istanbul, Damas, Bagdad, ou Beyrouth ont semé la terreur. Si j?avais automatiquement dit ceci, quel aurait été votre ressenti de peur ? Moindre. Voire inexistant.

Ce n?est pas au téléspectateur que je jette la pierre, il subit l?information sans avoir son mot à dire puisqu?il ne l?a crée pas et que, de toute façon, il n?en a pas le choix. Son seul recours serait celui d?éteindre la télévision une bonne fois pour toute ou de ne regarder que Touche pas à mon poste pour être certain de ne recevoir que les ondes du vide. Non, en réalité, il apparaît que c?est normal d?être moins touché par ces attentats et ces atrocités parce que c?est loin, c?est indirect, les victimes sont inconnues et d?une culture différente. Et puis, ce n?est pas nouveau que dans ces pays-là, ils se tapent sur la gueule donc on ne peut pas non plus les plaindre tous les jours. Pardon ? Mais s?ils subissent plus souvent des violences que chez nous, à qui la faute ?

La guerre en Syrie ?

Des centaines de milliers de morts. Des millions de réfugiés. Des enfants affamés. Des femmes violées. Des hommes décapités. Des homosexuels jetés des toits. Oui, mais on ne peut pas se mobiliser pour toute la misère du monde et puis, à notre niveau, on n?en peut rien. Voilà l?erreur ! Au contraire, personne n?est innocent. Et ça fait chier, et je suis le premier à le dire, ça fait chier parce que c?est vrai qu?on n?a rien demandé à personne. On voudrait vivre dans un monde de bisounours. Avoir une vie normale, ne manquer de rien, faire des études et avoir un job qui nous plait, baiser et faire des gosses, les voir grandir, passer la main et mourir de la belle mort. Ce monde-là est fictionnel, les amis. Pourquoi sommes-nous responsables des luttes géopolitiques que mènent nos gouvernements dans des contrées étrangères ? Parce que le boomerang revient toujours. Il nous défoncera la gueule et on gémira. Tu ne me crois pas ? Demande aux victimes du 11 septembre 2001. Ses vibrations sont déjà présentes : la crise des réfugiés. Quel ne fut pas mon ahurissement quand l?Europe s?étonna de cette arrivée massive d?hommes, de femmes et d?enfants qui ont risqué leurs vies pour fuir la guerre et débarquer là où ils pensaient pouvoir trouver une existence meilleure. Comment peut-on s?étonner (et pire, s?offusquer !) de quelque chose qui devait arriver ? Cela fait des années que les gouvernements occidentaux jouent avec le feu au Moyen-Orient. Ne pas intervenir pour contrer Bachar al-Assad dès qu?il commença à tirer dans la foule au début 2012, c?était approuver l?amplification d?un conflit communautaire qui allait y germer dans l?espoir que Bachar tombe pour pouvoir ensuite se partager les meilleurs morceaux du Sham qui éjacule du pétrole à profusion, qui est à l?intérieur du Heartland, qui est la tiédeur entre le chaud et le froid du robinet terrestre, qui est le couloir où tout le monde veut s?installer pour pouvoir justement contrôler le monde entier. Laissons-les donc s?entre-tuer d?abord, supervisons et ensuite débarquons. En attendant, une démographie entière crève sous les bombes et pensiez-vous sincèrement qu?elle n?aurait pas d?instinct de survie ? Bien sûr qu?elle allait fuir à un moment ou un autre. Et, alors que économiquement parlant sur le long-terme ce serait un plus d?avoir de la main d??uvre supplémentaire dans une Europe vieillissante et en crise, le (littéralement) Vieux Continent renoue avec ses anciens démons : peur de l?autre, fermeture des frontières, détournement du regard, victimisation.

De plus, pendant qu?on enferme des êtres humains dans des camps (nostalgie ?), on prône la liberté et surtout celle d?expression. Je ne suis pas Charlie. Ne venez pas m?enfermer pour apologie du terrorisme parce que j?ai considéré qu?il était de ma liberté d?expression que d?affirmer que je n?étais pas Charlie. Je crois n?avoir jamais vu une manifestation pour la solidarité plus abjecte et plus ridicule que celle du 11 janvier 2015. La vision d?un million de personnes marchant pour la liberté est géniale. Celle d?un début de cortège regroupant une partie des dirigeants du monde dont le pourfendeur par excellence de la liberté tout court qu?est Benjamin Netanyahu ou encore un représentant de l?Arabie Saoudite est hallucinante. La diplomatie immorale a encore frappé et personne ne peut dire mot sinon on est contre la liberté d?expression avec un penchant pour le terrorisme. Le petit garçon de huit ans emmené au commissariat de police parce qu?il s?est exprimé contre Charlie pourra confirmer mes dires quand il aura compris l'énormité qui lui est arrivée.

Après les attentats du 13 novembre 2015, François Hollande a dit : « La France est en guerre », semant la peur au sein de la population et se posant en victime. Depuis Manuel Valls sautille et répète cette phrase à tir larigot comme s?il voulait s?en convaincre. Heu? Pardon mais ça fait des décennies que la France est en guerre, non ? Alger, le Caire, Beyrouth, Tripoli, Bamako, ? ? La France n?arrête pas de se trouver des excuses pour aller sur le terrain s?entrainer à tirer en situation réelle et voilà que le président français déclare solennellement que son pays est en guerre ? Non, la seule différence est que, pour une fois, la nation française est violemment attaquée sur son sol, dans sa capitale. Voilà tout. Et c?est la seule comparaison valable que l?on pourrait faire avec le 11 septembre 2001. Oui, François, malgré la protection de l?Oncle Sam, tu n?es pas invincible et voilà que les ondes du boomerang commencent à arriver. Hé, ho, réveillez-vous les gars ! On a rien fait pour contrer ce phénomène, bien au contraire ! On récolte ce que l?on sème comme dirait l?autre et cela arrive que les graines n?aient pas le goût escompté à maturation.

Certains diront que je m?acharne sur l?Occident alors que j?en fais partie. Eh bien, premièrement, je vous emmerde. Deuxièmement, j?ai le droit d?être choqué quand je vois les drapeaux occidentaux illuminés sur les toits du monde et pas ceux des autres considérés avec pitié plutôt qu?indignation. Troisièmement, n?en déplaise à Marine Le Pen, je me considère d?abord comme un citoyen du monde, c?est-à-dire un humain faisant partie de l?humanité et dont le territoire est la planète Terre. La tornade extrémiste blonde confond être citoyen du monde et être partisan de la mondialisation. L?un n?est pas l?autre. Évidemment que la mondialisation ou la globalisation aide l?humain dans sa quête de rencontres et de découvertes. Ce n?est pas pour autant qu?il approuve la conception de vêtements pour les grandes marques occidentales par l?exploitation des enfants asiatiques. Il y aurait moyen de lutter contre cela si seulement les riches descendaient de leurs piédestaux et si le capitalisme s?adoucissait sans pour autant devenir communisme. Les différences économiques entre tous les citoyens et tous les pays mènent l?humanité entière a fermenté ses aigreurs et ses frustrations. Si les plus riches nourrissaient les plus pauvres en leur fournissant des cannes à pêche au lieu de leur dire comment pêcher sans en avoir, on n?en serait pas là. Que voulez-vous, c?est une lutte impossible car terriblement humaine et l?individu voit à travers ses yeux l?espace qu?il a autour de lui, pas la bulle dans laquelle il s?est cloîtré.

Je préfère être maître de ma folie que subir celle des autres

Connaissiez-vous le récit de l?humain libertaire qui se trouvait enfermé derrière les grilles sociétales du monde dans lequel il était né? Toute sa vie, il chercha désespérément une brèche par laquelle il aurait pu se faufiler pour échapper aux mainmises régaliennes des États et atteindre ainsi la liberté. Un jour, il trouva un ballon de baudruche qui virevoltait. Il attrapa la ficelle et s?y accrocha. Il fit passer le ballon au travers des barreaux de sa prison et il s?envola. Emporté par cet élan, il crut avoir enfin trouvé la liberté parfaite et se dépêtrer ainsi définitivement de la folie humaine destructrice qui sévissait autour de lui. Les gens le traitèrent de fou alors que le vent l?emportait. Il pirouetta un petit moment puis tout s?arrêta. Il était coincé. Un pied dans l?insanité, un pied en-dehors. Il comprit alors qu?il était à la fois chimérique de vouloir s?évader de la société liberticide dans laquelle il se trouvait et qu?il était également inconcevable d?échapper à sa propre folie libertaire. Réalisant l?impossible quête dans laquelle il s?était fourré, l?humain choisit de mettre une balle dans sa tête gagnant par là l?ultime liberté.

Les fous font des folies. Je préfère être maître de ma folie plutôt que de subir celle des autres. Entre la folie des grandeurs des hommes politiques qui prétendent chercher des solutions à des problèmes qu?ils ont eux-mêmes causés pour leurs intérêts nationaux et la folie meurtrière de ceux qui sèment la terreur pour les mêmes raisons, l?être humain du bas de l?échelle sociétale est bloqué.

C?est idiot de simplicité quand on y pense. Nous sommes 7 milliards sur cette terre, divisés en un peu moins de 200 nations, autrement dit moins de 200 gouverneurs divers qui dirigent le monde et décident de la tournure de l?Histoire. Il en faudrait tellement peu pour changer les choses. Nous sommes bien plus nombreux qu?eux. L?Homme est-il donc une bête à manger du foin ? A se laisser marcher dessus tant que sa petite vie n?est pas mise en difficulté, peu importe si à quelques kilomètres de là tout le monde crève ? L?appel n?est pas révolutionnaire. La mise en garde est rationnelle. Cela s?appelle du bon sens. Et c?est politiquement correct d?en avoir et de le répandre.