Envahis par les réfugiés, vraiment? En Belgique, on compte 3,5 demandeurs d'asile pour 1.000 habitants

En septembre 2015, la crise des migrants était à son apogée en Belgique. Le parc Maximilien était couvert de tentes dans lesquelles les demandeurs d'asile patientaient, juste à côté des bureaux de l'Office des étrangers. Mais pouvait-on parler de crise? Avions-nous atteint des records? Myria, le centre fédéral Migration, a publié son rapport annuel: la migration en chiffres, et il nous réserve quelques surprises. Décryptage avec François De Smet, directeur du centre et interrogé ce matin par Bel RTL.

2015, la Belgique comme toute l'Europe doit faire face à la crise migratoire. Les guerres en Syrie et en Irak, principalement, provoquent le débarquement de 1.900.000 réfugiés sur notre continent. Un afflux sans précédent. Si on se place à l'échelle nationale, on remarque que la Belgique, elle, a reçu 39.000 demandes d'asile. "Alors certes, c'est beaucoup, mais ce n'est pas un record. En l'an 2000, lors de la crise des Balkans, on a accueilli 46.000 personnes", rappelle François De Smet, directeur de Myria.

Vous avez dit invasion?

"Je comprends le sentiment d'invasion. Parce qu'on voit des migrants partout dans les médias, avec parfois des images très fortes. Mais il faut juste rappeler qu'en Europe en 2015 le nombre de réfugiés est de 2,5 par 1.000 habitants. C'est donc dur de croire en une véritable invasion", poursuit-il. En Belgique, on est dans la bonne moyenne avec 3,5 réfugiés pour 1.000 habitants mais d'autres pays nous dépassent comme la Suède (16,1/1000) et la Hongrie (17,7/1000).

Deuxième cliché remis en cause: non, tous les réfugiés de la planète ne débarquent pas sur notre continent. L'Europe accueille en fait 8% des réfugiés dans le monde alors que les pays en voie de développement se chargent de 85% d'entre-eux. De quoi remettre un peu en perspective les choses. L'Europe, plus que d'autres parties du monde, a les moyens pour gérer cette crise.

Il reste que cet afflux de migrants représente néanmoins un défi titanesque. Et François De Smet se montre plutôt satisfait de la réaction des autorités en Belgique. "Le gouvernement a fait preuve de réactivité", même s'il reconnait aussi que les demandeurs d'asile auraient pu être pris en charge plus tôt. Mais les places d’accueil ont été doublées en quatre mois: elles sont passées de 16.119 en septembre 2015 à 33.408 en décembre.

Ne pas confondre migrants et réfugiés

L'erreur classique est de confondre migrants et réfugiés. "Sur les 115-130.000 migrants par an, seulement un tiers font l'objet d'une demande d'asile", précise François De Smet. Pour le reste, il s'agit de migrations traditionnelles provenant pour la plupart de pays européens. Et en 2015, pour la première fois, les Roumains (15.002) sont arrivés en tête devant les Français (14.556).

Mais il faut prendre en compte aussi ceux qui partent. Chaque année, c'est l'équivalent d'une petite ville qui prend le large, Belges et étrangers confondus. "En 2014, il s'agissait d'une ville d'à peu près 35.000 personnes", selon le directeur de Myria.

Depuis 2016, on revient à la normale, surtout depuis février-mars. Les demandes d'asile ont drastiquement baissé en Belgique mais doit-on vraiment s'en réjouir? On sait bien que les conflits persistent, mais à cause de la fermeture de la route des Balkans, les réfugiés restent bloqués en Turquie. Rappelons quand même aussi que 3.500 personnes sont mortes en mer en 2015 en tentant une traversée.

Sources: Bel RTL, La Libre, Myria

François De Smet, directeur de Myria, était l'invité de Bel RTL ce matin

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