#CaVaSaigner: le mouvement choc qui dénonce la précarité des règles se prend une vague de haine sur les réseaux sociaux

La précarité menstruelle est de plus en plus sur le devant de la scène et a pour porte-étendard nombre d'associations féministes, dont Bruzelle en Belgique. Un collectif a décidé de lancer une action choc pour sensibiliser à cette cause. 

Le sang est sans doute l'un des marqueurs les plus forts du double standard. Les mêmes qui exultent devant les scènes les plus gores des films de Quentin Tarantino ont souvent tendance à s'offusquer à la mention même des menstruations. Pourtant, on pourrait croire qu'en 2019, on aurait accepté le fait que chaque mois, entre 40 et 50 ml de sang, voire 80 ml pour les plus braves, s'écoulent du vagin de la moitié de la population mondiale.

Les règles demeurent, encore et toujours, un tabou chez nous. La précarité menstruelle est pourtant une réalité qui peut littéralement coûter cher, y compris en Belgique et en France. Malgré la diminution de la "taxe tampon", beaucoup n'ont pas les moyens d'acheter le matériel nécessaire pour affronter les menstruations.

Bruzelle, une association qui veut du bien aux personnes menstruées précaires

Les premières visées, ce sont les personnes précaires, sans domicile fixe, qui doivent souvent choisir entre déjeuner ou se "protéger". Même dans les centres spécialisés contre la précarité, il est souvent difficile d'aborder ce phénomène naturel, comme en témoignait Valérie, co-fondatrice de l'association Bruzelle pour le magazine Flair: "Il n’y avait pas vraiment d’aide, c’est un sujet assez tabou. Les éducateurs sont assez gênés de parler de ça avec les gens. On est les seules en Belgique".

Leur collectif s'applique à collecter et distribuer des protections hygiéniques aux personnes qui se retrouvent à la rue. Avec des points de collecte un peu partout en Belgique, un peu plus de 2.600 bénévoles tentent de lutter contre la précarité menstruelle.

Attention, ça va saigner

Chez nos voisins français, certaines ont aussi décidé de lancer une action électrifiante ce 15 juin pour promouvoir la gratuité des protections hygiéniques. Avec le hashtag #CaVaSaigner, des femmes veulent montrer les règles comme on les voit rarement. Inspirées par l'étudiante féministe Irène qui avait décidé de passer toute une journée sans protection en public, laissant son entrejambe se teinter de pourpre.

"Tachez vos jeans, vos stories Instagram ou les sièges de votre métro ! Avec du vrai ou du faux sang, on veut du rouge!", annoncent les posts instagram du collectif. Autant on ne recommande pas de tacher le métro que quelqu'un devra nettoyer, autant l'initiative a su provoquer un choc sur les réseaux sociaux. En ayant le malheur de taper #CaVaSaigner sur Twitter, on a l'occasion de voir l'étendue de la méconnaissance des menstruations.

"À quand une journée #CaVaChier?" Demande un internaute en citant l'article de Konbini qui fait la promotion du mouvement. "Venez on poste des photos de nos caleçons avec des grosses traces de pneu", propose un autre. Pour les premières concernées, les règles, c'est avant tout cher, d'où cette action qui vise à encourager la gratuité des produits menstruels, soutenue par une pétition. Pour les autres, les règles, c'est sale. L'occasion parfaite de faire un petit récapitulatif sur la santé du vagin en compagnie de Julien Ménielle, ancien infirmier devenu vidéaste avec sa chaîne Dans Ton Corps, et Taous Merakchi aka Jack Parker, autrice du livre Le Grand Mystère des Règles, encyclopédie format poche sur les menstrues.

 

Comparer règles et excréments équivaudrait à faire un parallèle entre vagin et rectum: les deux n'ont clairement pas la même fonction, et il est bien plus facile pour la majorité de la population de se retenir quand une envie pressante se fait ressentir que de s'empêcher d'avoir du sang qui coule lors du moment fatidique des menstruations. De plus, les règles permettent -entre autres- d'enfanter, quelque chose dont le caca ne pourra jamais se vanter.

Cette action est, au final, l'occasion de se rendre compte de la conception mal informée que beaucoup ont encore des règles. On peut trouver des dizaines de causes au tabou des règles, mais seul un changement de mentalités supprimera définitivement le double standard du sang, principal coupable de la précarité menstruelle.

Déjà lu?