Existe-t-il des icônes politiques féminines en Belgique?

Toujours moins de 50% de femmes dans les assemblées. Pourtant, on a la parité sur les listes électorales, et même si elle a sans doute joué un rôle dans le passage du cap des 40%, d'autres critères se doivent d'être questionnés. La Belgique manque-t-elle de personnalités politiques féminines fortes, qui fassent la tête des affiches? Tour d'horizon des candidates au statut d'icône. 

Elles sont toujours moins de 50%. Passée la gueule de bois du Vlaams Belang, passée la célébration des victoires ou l’acceptation des défaites, une variable qu’on avait un peu oubliée se rappelle aux consciences. Malgré la parité sur les listes, malgré la tirette à Bruxelles et en Wallonie, les femmes n’ont toujours pas de part proportionnelle à la population au sein des assemblées. Quand certains appelaient à voter femmes pour contrer le problème, d’autres prônaient le fait que le genre ne devait pas devenir un critère de vote, étant donné qu'ils ne se considéreraient pas comme sexistes.

Cependant, même inconsciemment, le genre est là. D’après une étude des Femmes Prévoyantes Socialistes, dont on vous avait déjà parlé il y a quelques jours, le problème du manque de suffrage pour les femmes viendrait en partie des stéréotypes de genre. Une femme en politique ne va pas être vue comme moins compétente, mais différente dans sa manière d’agir, plus douce, plus empathique. Aussi, un homme va statistiquement avoir plus tendance à voter pour un autre homme, et une femme… aura plus tendance à voter pour un homme, elle aussi.

Un problème de représentation?

Le problème viendrait-il d'un manque d'exemple de femmes politiques belges? Des personnalités qui promettent de rentrer dans l'histoire politique, respectées au-delà des positions et dont le nom vient en tête dès qu'on tente de se rappeler de l'histoire de la Belgique?

En dehors de notre Royaume, des femmes fortes en politique, on en a connu. Tatcher et Merkel sont les premières qui viennent en tête. Mais il est vrai qu’une personnalité de femme politique forte, ça ne vient pas spontanément à l'esprit en Belgique. D’ailleurs, si on te demande de citer 5 femmes politiques belges, ne culpabilise pas si tu as du mal: même google galère.

Bart et Michel, de grandes femmes politiques

Mais d’où nous vient ce manque de connaissances? Le traitement médiatique des élections peut être à blâmer. Les femmes n’étaient pas toujours les têtes d’affiche. Il suffit de regarder le grand débat et sa testostérone affichée (même s’il aurait été difficile de faire autrement, vu qu’un seul parti propose une femme coprésidente).

Résultat: ceux qu’on voit le plus sous le feu des projecteurs, ceux qui représentent l’unité politique de leur parti, ceux qu’on imaginerait bien à la tête du pays d’ici un an ou deux, quand le gouvernement sera formé, ce sont des hommes.

Pourtant, ça doit bien exister, des femmes politiques qui ont franchi la porte des assemblées ce 26 mai, qui franchiront peut-être la porte de la présidence des partis -ou l'ont déjà franchie, et qui pourraient devenir ces icônes politiques qu’on attend? Tour d’horizon des femmes qui ont su se démarquer pendant la campagne, et qui risquent de réitérer l’expérience durant les cinq années à venir.

Zakia Khattabi (Ecolo), la "féministe revendiquée"

Pourquoi elle se démarque: parce que non seulement elle est une femme, mais en plus elle se "revendique comme féministe" et met en avant les discriminations qu’elle peut subir du fait de son nom et de ses origines. Parce que c’est également la seule femme co-présidente de parti, et cette position "seule contre tous" la démarque du reste de l’échiquier politique.

Où est-elle élue: à la chambre, avec 24.000 voix de préférence.

Future première ministre? "Je n’en ai jamais rêvé. Lorsque j’ai pris la co-présidence du parti, il y avait une réalité. Le parti était à 8%. Et quand vous prenez le parti à ce moment-là, vous ne vous projetez pas comme ministre et encore moins comme ministre-présidente. L’objectif, c’était d’abord remettre de l’ordre, redéfinir le projet et en revenir aux fondamentaux de l’écologie politique.", a-t-elle déclaré dans une interview à la RTBF. Aujourd’hui, Ecolo, associé à Groen, atteint les 21 sièges sur 150 à la Chambre.

Assita Kanko (N-VA), jeunesse et féminisme conservateur

Pourquoi elle se démarque: Parce qu’en plus d’être femme, elle est noire et qu’en politique, ce n’est pas facile à porter. Aussi parce qu’elle a quitté le MR pour la N-VA, et se définit comme une défenseuse du droit des femmes. Parce qu’elle se positionne comme le fer-de-lance contre le politiquement correct, position polémiste habituellement masculine. Parce qu'il existe un storytelling impressionnant autour de sa personnalité. Enfin parce qu’elle est une star des médias flamands, chose assez rare à noter pour une francophone de base.

Où est-elle élue: Parlement européen, avec 85.950 voix de préférence

Future première ministre? Tout dépend de si la N-VA compte vraiment lui donner du pouvoir, ou si sa présence au sein du parti n’est qu’une manière de redorer leur image auprès de ceux qui les considèrent comme racistes, xénophobes et anti-féministes. La question de l’instrumentalisation d’une femme féministe, forte et indépendante par la N-VA a déjà été posée, et c’est principalement là que ça coince. Dans une interview donnée au Soir, Eline Severs, professeure de sciences politiques à la VUB, donnait son analyse: "Il faut être prudent avec cette notion. Oui, il y a une certaine instrumentalisation de ces candidates qui permet à la N-VA de se protéger contre l’accusation d’être raciste et permettent à la N-VA de se présenter comme un parti "diversifié" et attentif à la diversité. Mais, cela ne signifie pas que Kanko, ou les autres, se laissent instrumentaliser !".

Françoise Schepmans (MR), la force tranquille

Pourquoi elle se démarque: Parce qu'elle a de la bouteille, entre la présidence du parlement de la FWB et son mayorat à Molenbeek. Parce qu'elle a été la première femme politique à emmener le MR à Bruxelles. Parce qu'elle est deuxième dans les voix de préférence à Bruxelles, et c'est une belle réussite juste derrière Rudi Vervoort.

Où est-elle élue: Parlement bruxellois, avec 16.856 voix de préférence

Future première ministre? Ce qui manque à Françoise Schepmans, ce n'est pas la popularité, ce ne sont pas les prises de position, mais ce sont les places à prendre. Tous les créneaux sont déjà occupés au sein de son parti. Récemment, Françoise Bertiaux a quitté la vie politique, ex-"madame de l'enseignement" du MR. Suite à cela, Schepmans a déclaré qu'elle serait prête à reprendre cette place. Un échelon qui pourrait la mener à réfléchir à la présidence d'un parti, voire d'un gouvernement.

BONUS: Anuna de Wever, la nouvelle génération qui s'annonce

Pourquoi elle se démarque: parce que même si elle n'est pas encore affiliée à un courant politique, ses engagements le sont, et elle les assume avec force, même à à peine 17 ans. Parce qu'elle incarne la prochaine génération politisée, engagée, militante, et les préoccupations qui seront portées dans les assemblées d'ici 15 ans. Parce qu'elle est plus sensibilisée sur des questions du genre, du féminisme ou du climat que beaucoup de politiques. Enfin, parce que quand elle donne son opinion politique, on écrit des articles à son propos, comme son engagement contre le Vlaams Belang au vu des récentes élections.

Où est-elle élue: Nulle part.

Future première ministre? Qui sait, il y a encore du chemin, et pas sûr qu'elle trouve parti à son goût, mais on peut parier qu'Anuna aura encore une part importante dans l'actualité d'ici quelques années.

Et pour toi, quels sont les noms qui te viennent en tête quand on te parle de femmes politiques belges? Qui va bousculer les habitudes masculines de nos politiciens durant les prochaines années?

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