Un général français n'exclut pas "l'ouverture du feu" contre les Gilets jaunes

Pour l'acte XIX des GIles jaunes, le gouvernement français, sous haute pression, a pris une décision controversée. L'armée française sera présente pour défendre les bâtiments officiels et certains "point fixes". Pour le gouverneur militaire de Paris, les soldats pourront "aller jusqu'à l'ouverture du feu" sous certaines conditions

Non, la France n'est pas encore en guerre civile. Mais la décision de déployer l'armée pour protéger les institutions a été vivement critiquée par l'opposition et inquiète après les dégradations de samedi dernier. Les militaires de Sentinelle ne seront toutefois pas en contact direct avec les manifestants, ils doivent "alléger les policiers et les gendarmes d’un certain nombre de tâches", tout en protégeant les institutions.

Interrogé par Franceinfo, le gouverneur militaire de Paris Bruno Leray n'a toutefois pas exclu "d'aller jusqu'à l'ouverture du feu" contre les Gilets jaunes, "Si leur vie est menacée ou celle des personnes qu'ils défendent", explique-t-il.

Mais le général rassure: "Ils donnent des sommations. C'est arrivé par le passé, au Louvre ou à Orly (...) en assistance aux personnes qui sont agressées sur la voie publique. (...) Ils sont parfaitement à même d'apprécier la nature de la menace et d'y répondre de manière proportionnée".

1948

Côté politique, on tente de minimiser la portée du déploiement militaire: "Il n'a jamais été question que les forces de Sentinelle interviennent dans le maintien de l'ordre. Ce n'est pas leur rôle d'aller au contact des manifestants", a déclaré de son côté Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, sur BFMTV.

Reste qu'en dehors des opérations terroristes, la dernière fois que l'armée française a été déployée, c'était en 1948. À l'époque, le PCF - exclu du gouvernement - appelle à la grève. Le mouvement prend alors un virage "insurrectionnel" obligeant le ministre de l'Intérieur de l'époque à déployer l'armée.

Il faut espérer que manifestants et militaires ne se croisent pas. Car l'armée ne dispose "ni de bouclier antiémeute pour se protéger ni d'arme de défense intermédiaire. Ils disposent uniquement d’un bâton télescopique et d’un Famas ou d’un HK 416, le nouveau fusil d’assaut de l’armée, qui doit être chargé", explique Élie Tenenbaum, chercheur à l’IFRI, spécialiste des questions de défense, contacté par France 24.

"Irresponsable"

L'opposition, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, en profite pour fustiger une "improvisation" du gouvernement, "une décision funeste" sur une question "qui permet de mesurer l’ampleur de l’échec d’un président qui avait promis de réconcilier les Français et d’apaiser les tensions traversant notre société." Macron est taclé "d'irresponsable".

Une question: pourquoi tant de risques? D'abord, car le gouvernement ne veut pas revivre les scènes de guérilla en plein champ Élysée, comme la dégradation du Fouquet's, qui renvoie une image désastreuse de la France à l'étranger.

Mais c'est aussi une question de coût. Les forces de police sont maintenant en suractivité depuis le 17 novembre dernier. Ils doivent récupérer ou se faire payer toutes les heures supplémentaires. Le militaire a l'avantage de ne pas compter ses heures "qu’il reste six heures ou douze heures sur une mission revient au même coût", assure le chercheur.

Le périmètre d'action est encore à déterminer. Espérons qu'il soit le plus limité possible.

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