Les LBD ont fait tant de dégâts que des ophtalmo demandent à Macron un moratoire sur leur usage

"Monsieur le Président, une telle 'épidémie' de blessures oculaires gravissimes ne s’est jamais rencontrée", écrivent une trentaine d'ophtalmologistes dans une lettre adressée à Emmanuel Macron. Ils exigent qu'un nouveau cadre légal soit défini concernant l'usage du LBD par les forces de l'ordre sur les manifestants.

Lors d'un débat en Provence, Emmanuel Macron a refusé d'employer les expressions "violences policières" et "répression". Ces deux sont inexistantes, selon le président français. Mais les violences policières, en France, elles existent vraiment. En témoignent les nombreux cas de blessés par des balles de LBD, comme rapporté jeudi dernier par le secrétaire d'État français à l’Intérieur Laurent Nuñez.

Chaque tir de cette arme anti-émeute, le lanceur de balles de défense (LBD), est enregistré. Depuis le mois de novembre, "nous savons qu’il y a eu 13.095 tirs de LBD" durant les seize premiers actes des Gilets Jaunes, a déclaré l'élu français. "On compte environ 2.200 blessés parmi les manifestants". Et parmi ces blessés, un grand nombre a reçu des balles de caoutchouc dans des zones particulièrement sensibles: la poitrine, la gorge, le crâne... mais surtout le visage.

Au point qu'une trentaine d'ophtalmologistes a écrit au président français pour lui réclamer un "moratoire" sur l'usage de cette arme. "Monsieur le Président, une telle 'épidémie' de blessures oculaires gravissimes ne s’est jamais rencontrée", déplorent les médecins spécialisés dans le traitement des maladies des yeux.

Lésions irréparables

La lettre, signée par 35 ophtalmologues, professeurs et maîtres de conférence à l’université, a été envoyée à Emmanuel Macron il y a un mois. En l'absence de réponse du chef de l'État français, ils ont décidé de la rendre publique. La lettre a été publiée ce dimanche dans le JDD, le Journal du Dimanche.

"Le nombre inédit de contusions oculaires graves par lanceurs de balles de défense conduisant à la perte de la vision a légitimement ému un grand nombre de citoyens et d'Associations, et nous concerne particulièrement en tant qu'ophtalmologues. Ces contusions entraînent des lésions souvent au-dessus de toute ressource thérapeutique", écrivent-ils.

40 mm de diamètre

Les médecins comparent les blessures par LBD et celles occasionnées par des balles de golf. Les deux ont un diamètre de 40 mm et font d'énormes dégâts, souvent difficilement réparables. "Ces balles (...) lorsqu'elles arrivent sur le visage avec une grande force de propulsion s'encastrent dans l'orbite." La différence entre les balles de loisir et les balles sécuritaires est que ces dernières sont propulsées à une puissance "bien supérieure à celle d'une balle de golf".

Observant que "les blessures oculaires survenues ces dernières semaines ne sont pas dues au hasard ou à l’inexpérience", ces ophtalmologues, "dont la profession est de prévenir et guérir les pathologies oculaires" demandent "instamment un moratoire dans l'utilisation de ces armes invalidantes au cours des actions de maintien de l'ordre". Leur démarche "est uniquement celle de médecins, purement humaniste, avec pour seul but d'éviter d'autres mutilations", précisent-ils.

ONU et Conseil de l'Europe

Les spécialistes de l'oeil ne sont pas les seuls à dénoncer l'usage du LBD. Lors de son discours mercredi devant le Conseil des droits de l’homme, la Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme Mme Bachelet a déclaré souhaiter "que des enquêtes approfondies soient menées sur toutes les accusations de recours excessif à la force" en France contre les Gilets Jaunes.

En février, c'est le Conseil de l'Europe qui a demandé, en la personne de la Commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe Dunja Mijatovic que 'l'usage du LBD dans le cadre des opérations de maintien de l'ordre" soit suspendu. Jusqu'ici, seul un maire français a décidé d'appliquer cette mesure. Le samedi 9 mars, le maire de Phalsbourg en Moselle Dany Kocher a pris un arrêté interdisant l'utilisation du LBD.

Emmanuel Macron n'a toujours pas réagi au courrier des ophtalmologistes. Il estimait fin février que le but derrière l'utilisation de cette arme était "d'éviter d'avoir des gens qui considèrent que le samedi après-midi est fait pour casser des vitrines, des institutions ou attaquer les forces de l'ordre".

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