Black-out au Venezuela: 15 patients sont morts faute de dialyse, Maduro accuse l'opposition

Le Venezuela connaît la pire et plus longue coupure d'électricité de l'histoire du pays. 15 patients sont décédés à l'hôpital depuis jeudi par manque de soins. Samedi soir, 96% de la population était privée d'internet, un important moyen de communication dans le pays. Pour le président Maduro, c'est la faute de l'opposition.

Sans électricité depuis jeudi, le Venezuela sombre dans le chaos. Transports en commun, hôpitaux, moyens de communication (internet et téléphone), éclairage public, stockage réfrigéré des aliments... tous ces services sont à l'arrêt depuis plus de 48 heures.

"Entre hier et aujourd'hui, nous avons enregistré 15 décès dus à l'absence de dialyse. Neuf de ces décès ont été enregistrés dans l'État de Zulia, deux dans l'État de Trujillo et quatre à l'hôpital Pérez Carreño de Caracas", a déploré samedi Francisco Valencia, directeur de la Coalition des organisations pour le droit à la santé et à la vie (Codevida), à l'AFP.

"Dans les quelques unités de dialyse où il y avait des générateurs électriques, il est devenu difficile de les remettre en marche faute de carburant", a ajouté Francisco Valencia.

Maduro accuse l'opposition

Les coupures de courant qui paralysent le pays depuis jeudi auraient été causées par des problèmes à la centrale hydroélectrique de Guri dans l'État de Bolivar, l'une des plus grandes installations de ce type en Amérique latine.

Pour le président Nicolas Maduro, cette panne aurait été provoquée par un attentat causé par ses opposants, les supporters de l'autoproclamé président par intérim Juan Guaido et les États-Unis. Lors d'un discours prononcé samedi devant le palais présidentiel de Miraflores, Maduro a qualifié Guaidó de "clown et marionnette" des États-Unis.

"Ils ont invité les forces armées à procéder à un coup militaire", a ajouté le président. Mais selon lui, ces dernières n'ont pas accepté de s'opposer au pouvoir en place. "Leur réponse était claire: ils ont battu les conspirateurs."

Explosion et blocage de YouTube

Sur Twitter, des vidéos circulent montrant une explosion à la centrale électrique Sidor de Puerto Ordaz et suscitant de nouvelles suspicions quant à des accidents volontaires. Cette centrale, située sur le barrage de San Felix, a provoqué de nouvelles coupures de courant.

Peu après que Juan Guaidó ait appelé le peuple à manifester massivement dans les rues samedi, YouTube a connu un blocage d'une vingtaine d'heures. Selon l'ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks, la coupure a été provoquée par ABA CANTV (AS8048), un fournisseur d'accès appartenant à l'état. Juste avant la coupure, des vidéos montrant la violente répression policière commençaient à circuler sur YouTube.

Le Venezuela survit comme il peut

L'électricité au Venezuela provient majoritairement d'installations hydroélectriques. Après des décennies de sous-investissement, les principaux barrages sont aujourd'hui dans de piteux états. Conséquence: les coupures de courant sont monnaie courante. Un problème qu'a souvent dénoncé Juan Guaidó mais que le président en place Maduro cherche à dissimuler en parlant "d'attaques cybernétiques".

Coutumières des coupures de courant à répétition, de nombreuses infrastructures se sont équipées de groupes électrogènes de secours. Mais leur réserves de carburant pour faire tourner ces groupes s'épuisent, ce qui donne lieu à des scènes tragiques. En témoigne cette vidéo montrant des docteurs tentant de garder un nouveau-né en vie avec des moyens rudimentaires.

"Cette tragédie est impardonnable. Comment est-il possible qu'ils nous plongent dans une pareille situation? La Maternité d'El Valle n'a pas de centrale électrique."

Trois millions d'émigrés

Depuis que Maduro est arrivé au pouvoir en 2013, la situation n'a fait que s'empirer. Ces dernières années, le Venezuela est entré dans une crise économique sans précédent, l'inflation atteignant par moment des pics absolument catastrophiques. En 2018, l'inflation a atteint le record de 800.000%. En pratique, cela s'est traduit par des produits impayables par la population et des manifestations dans tous le pays.

Le gouvernement de Maduro est chaque fois plus isolé. Récemment, Juan Guaido a été désigné président par intérim du Vénézuela par le gouvernement des États-Unis. Il a ensuite été reconnu par une cinquantaine d'autres pays, parmi lesquels se trouvent la Belgique, l'Espagne, le Royaume-Uni, la France ou encore l'Allemagne. Tous accusent le gouvernement de Maduro d'être responsable de cette crise économique qui a déjà poussé plus de trois millions de Vénézuéliens à quitter le pays.

Le 6 mars, à la veille du black-out, la cheffe des droits de l’homme de l’ONU Michele Bachelet s'inquiétait des "effets des violations des libertés fondamentales sur la situation économique des Vénézuéliens". "Ces conditions socio-économiques, qui se détériorent rapidement, suscitent encore plus de manifestations, mais aussi une répression encore plus grande, de nouvelles violations des droits civils et politiques, conduisant ainsi à une spirale d’accélération et de tendances fortement négatives." Un cycle du chaos duquel il semble aujourd'hui impossible de sortir.

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