Le bras de fer se poursuit à L'Avenir: toujours pas de journal et le site est encore à l'arrêt

Le futur de L'Avenir est toujours aussi menaçant. Trois licenciements secs ont été annoncés et de gros changements sont à l'oeuvre au sein de la rédaction. Pour s'opposer à ce plan global de restructuration, le personnel du quotidien wallon a voté la non parution du journal. Depuis mardi, aucune édition n'est sortie de presse et le site web est à l'arrêt.

Depuis mardi, la page d'accueil de lavenir.net n'a pas changé. En Une, un article dont le titre sonne comme une épitaphe: "Restructuration à L'Avenir : pas de journal ce mardi et ce mercredi, le site web à l'arrêt".

Cet arrêt a été voté par les membres du personnel suite à l'annonce faite par la direction de licencier, avec effet immédiat, trois personnes de la rédaction. Parmi eux, se trouvait le chef de service des pages de l’info nationale, "dans lesquelles tout ce qui a déplu à Nethys est paru", écrit lundi la Société des Rédacteurs (SDR) du journal dans un communiqué.

Violence de la direction

"La violence avec laquelle la direction a agi a été particulièrement stigmatisée", poursuit la SDR. Sur Twitter, le journaliste Thomas Bernard explique que l'interface de gestion du site a été rendue inaccessible par la direction. "Accès aux réseaux sociaux de la marque coupés. J'ai reçu une invitation pour reprendre la main sur notre compte Facebook, mais désactivé avant que j'ai pu valider. L'article annonçant la grève a été supprimé de notre Facebook. Incompréhensible." Ce mercredi, il semble que ce blocage, présenté comme une maintenance, soit toujours effectif.

L'Association des Journalistes Professionnels (AJP) et la SDR ont publié un texte conjoint qu'on peut notamment lire intégralement sur la page du député Ecolo Stéphane Hazée. "Nous ne nous battons pas seulement pour sauver nos emplois. Notre combat est aussi et avant tout celui de l’indépendance rédactionnelle, seul véritable garant d’une presse régionale de qualité", écrivent les associations.

"La direction prétend que les licenciements découlent de motifs organisationnels : en clair, il s’agirait de suppressions de fonction, peu importe le nom qui y est accolé. La réalité est tout autre quand on prend la peine de se pencher sur le CV des trois journalistes et responsables de rédaction licenciés."

Moreau et Publifin

Les trois journalistes visés par les licenciements ont participé au dévoilement de l'affaire Publifin, cette affaire dans laquelle Stéphane Moreau, patron de Nethys et donc actionnaire de L'Avenir, est mouillé jusqu'au cou. Or, Stéphane Moreau est également responsable des problèmes que connaît actuellement le journal, dénonçaient les journalistes du quotidien local. Les problèmes que connaît le journal actuellement sont "le résultat d’un manque de vision puis d’une stratégie de pourrissement de Stéphane Moreau, CEO de Nethys (actionnaire de L’Avenir), et Pol Heyse, son directeur financier et président du conseil d’administration de L’Avenir", pouvait-on lire le 16 février sur le site du journal.

Ces agissements de la direction font craindre à la rédaction la possibilité qu'elle puisse perdre son indépendance, élément crucial à l'accomplissement d'un travail journalistique de qualité. Elle demande donc de se séparer du directeur des rédactions Philippe Lawson, récemment nommé. "C’est donc pour cela que l’assemblée générale du personnel a déclaré qu’il était désormais définitivement impossible de travailler avec le directeur des rédactions M. Lawson dans le futur et confirmé, une fois de plus, son souhait de quitter le giron de Néthys."

La grève des journalistes de L'Avenir est soutenue par la Société des Journalistes (SDJ) de la RTBF et la SDJ du journal Le Soir. De nombreux autres journalistes ont exprimé leur soutien au personnel de L'Avenir, tels que Dorian de Meeûs, rédacteur en chef de La Libre Belgique, ou encore Ricardo Gutiérrez, secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes, qui écrit: "Un journal n'appartient ni à son éditeur ni à ses journalistes mais à ses lecteurs. Arrêtez cette censure!"

Réaction de Marcourt et Borsus

Interpellé par l’AJP sur cette crise, le Ministre wallon des Médias, Jean-Claude Marcourt (PS) a réagi dans un communiqué officiel.

Il demande "à la direction des Editions de l’Avenir de faire toute la clarté sur l’existence ou non d’une liste noire. La demande porte également sur la logique qui a présidé au choix des 3 personnes licenciées et sur le blocage des outils de production, le réseau informatique en l’occurrence."

"Je souhaite vivement que le dialogue se poursuive et qu'une solution négociée puisse se dégager pour lavenir.net", a tweeté pour sa part le Ministre-Président wallon Willy Borsus (MR).

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