Ce député veut que les néerlandophones de Bruxelles parlent uniquement leur langue un jour par semaine

Le nom d'Hendrik Bogaert (CD&V) ne te dit sûrement rien. Il ne fait ni partie du Vlaams Belang, ni de la N-VA, mais joue sur leur terrain. Ce député s'est trouvé un nouveau combat ses derniers jours: la défense de la langue flamande et la reconnaissance de "l'ethnocide anti-flamand".

C'est sans doute le débat pré-électoral que l'on n'attendait pas. À mille lieues des enjeux climatiques ou de la question migratoire. Même à la N-VA, on semble avoir arrêté la critique systématique des francophones pour se focaliser sur la gauche. On ne sait trop pour quelle raison le député CD&V Hendrik Bogaert sort-il ainsi l’artillerie lourde.

"Ethnocide" anti-flamand

Au moment où un comité d'experts de l'ONU demandait à la Belgique d'adresser ses excuses au Congo, pour les atrocités commises durant la colonisation, quand la N-VA pointait la responsabilité du roi Léopold II, Hendrik Bogaert y voyait lui la mainmise du "régime francophone", historiquement aux responsabilités à cette époque (l'élite parlait français, qu'elle vienne de Flandre, de Wallonie ou de Bruxelles).

Mardi dernier, le député alla jusqu'à faire une comparaison entre le "génocide" au Congo et "l'ethnocide" anti-flamand qui sévissait en Belgique, notamment durant la Première Guerre mondiale. S'adressant au Premier ministre qui ne s'attendait sûrement pas à celle-là, Hendrik Bogaert voulait savoir où en étaient les travaux de recherche portant sur la question des soldats "fusillés pour l’exemple" pour désertion ou insubordination. Une question qui fait débat depuis longtemps chez nous et qui a d'ailleurs été l'un des fondements du Mouvement flamand.

"Nous sommes en train d’examiner ce que nous devons faire, si nous devons, oui ou non, présenter des excuses pour le génocide commis au XIXe siècle au Congo par le régime belge francophone. Je dis que cette question a un prolongement, à savoir l’ethnocide que ce même régime belge a tenté de perpétrer à l’égard de la culture flamande néerlandophone en Belgique", explique le député, qui parle carrément de "tentative systématique d’extermination d’une culture, de la langue d’une autre communauté". Acte 1.

Une idée intraduisible

C'est ensuite une actualité beaucoup plus terre à terre qui a fait bondir le député. Selon les chiffres du SPF Intérieur relayés par l'hebdomadaire flamand De Zondag, seuls 58% des policiers bruxellois sont bilingues, un pourcentage en baisse par rapport à l'année passée, alors que le bilinguisme est une obligation légale. D'accord pour le constat.

Là où on ne suit plus trop bien le député, c'est quand il aborde sa solution. S'adressant à nos confrères de Bruzz, Hendrik Bogaert a mis sur la table une proposition pour le moins surprenante: mettre en place une sorte de "Journée du néerlandais" à Bruxelles. Un jour par semaine, les néerlandophones de la capitale sont invités à ne parler que le néerlandais, "pour montrer aux francophones les efforts et les concessions consentis par les néerlandophones pour s'adapter quotidiennement au contexte bruxellois francophone." Une initiative positive pour "les deux côtés". Acte 2.

Sauf que son idée a fait plouf, quasi instantanément. L'ex-secrétaire d'Etat à la Fonction publique (2011-2014), qui se présente comme "le serviteur de la démocratie", ne bénéficie pas du soutien de son propre parti. L'actuelle secrétaire d'Etat à l'Égalité des chances à Bruxelles, Bianca Debaets (CD&V), ne veut pas légiférer sur la langue à utiliser, une affaire "strictement privée", réagit-elle. Les politiciens n'ont pas à s'impliquer dans ce débat, même si un service bilingue de l'administration "reste essentiel".

D'accord pour le constat donc, beaucoup moins pour la solution.

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