Accusé de "menteur" et de "raciste" par son ex-avocat, Trump brigue le prix Nobel de la paix à l'autre bout du monde

"Travailler pour Trump, c'est mentir tous les jours", le président des États-Unis subit une nouvelle charge. Cette fois de la part de son ex-avocat personnel, Michael Cohen. Il a témoigné devant la commission de suivi de l'action gouvernementale de la Chambre des représentants. À des milliers de kilomètres, Trump, lui, papote avec son "ami" Kim Jong-un.

9 heures à huis clos et 6 heures de direct devant toutes les chaînes américaines. On peut dire que Michael Cohen, ancien avocat personnel de Donald Trump depuis 2007, aura vidé son sac. Il est apparu détendu devant la commission au sein du Capitole, presque soulagé de pouvoir enfin raconter les nombreux secrets du président américain.

Florilège

Les saillies et les phrases préparées ont été nombreuses: "Je regrette le jour où j’ai dit oui à M. Trump (…) J’ai honte", "[Donald Trump] est un raciste, un escroc, un tricheur", "Le travail de chaque personne à la Trump Organization est de protéger M. Trump. Tous les jours, la majorité d’entre nous savait que l’on allait mentir pour lui à propos de quelque chose".

Sur son racisme: "Le pays a vu M. Trump courtiser les suprémacistes blancs et les sectaires. Vous l’avez entendu qualifier des pays plus pauvres de “pays de merde”. En privé, il est encore pire" ou "il m’a dit que les Noirs ne voteraient jamais pour lui parce qu’ils étaient trop stupides".

Sur sa personnalité: "M. Trump est une énigme. Il est compliqué, tout comme je le suis. Il a de bons et de mauvais côtés, comme nous tous. Mais le mauvais côté l’emporte de loin sur le bon, et depuis qu’il est au pouvoir, il est devenu la pire version de lui-même."

Sur les liens de Trump avec la Russie: "M. Trump était au courant et a dirigé les négociations Trump (projet immobilier) à Moscou tout au long de la campagne et a menti à ce sujet. Il a menti parce qu’il n’aurait jamais pensé gagner l’élection."

Sur les e-mails des démocrates: "Trump a appris auprès de [son ex-conseiller et ami] Roger Stone à l’avance que WikiLeaks allait publier les e-mails".

Sur sa relation avec Stormy Daniels: Michael Cohen déclare disposer "d’une copie d’un chèque du compte personnel de M. Trump que ce dernier a signé, après être devenu président, pour me rembourser des paiements secrets que j’ai faits pour cacher sa relation avec une star de films pornos et empêcher que cela nuise à sa campagne".

Et à Michael Cohen de préciser qu'il "soupçonne" Trump d'être impliqué dans des faits d'ingérence avec la Russie lors de la campagne électorale de 2016, mais qu'il réserve ses réponses pour l'enquête en cours du procureur spécial Mueller.

So what?

Pour la énième fois, la question de la destitution de Donald Trump se pose. Et pour la énième fois, Donald Trump n'a pas trop à s'inquiéter. Car Michael Cohen n'a finalement pas amené beaucoup d'éléments factuels. Il s'agit surtout de ses impressions.

Et puis une procédure de destitution d'un président en exercice doit être lancée par le Congrès, c'est-à-dire la Chambre des représentants et le Sénat. Si les démocrates pourraient théoriquement déclencher le 2e amendement, la procédure serait bloquée au Sénat où les républicains restent maîtres du jeu. Tout en sachant que deux tiers des Sénateurs devraient se dresser contre lui.

Prix Nobel de la paix

Donald Trump est lui bien loin de tous ces remous, à Hanoï, où il retrouve Kim Jong-un, son "ami", dont il serait même "tombé amoureux" et avec qui il entretient une relation épistolaire. Pourtant dans les faits, les avancées d'une dénucléarisation de la Corée du Nord sont minimes.

Ça ne dérange pas Trump qui "n'est pas pressé", "certains voudraient que les choses aillent plus vite, mais je suis satisfait et vous êtes satisfait", a-t-il adressé à son homologue nord-coréen. Le temps des "rocket man" et des menaces de "feu et de fureur" sont désormais bien loin. Avec la Corée du Nord, Trump vise tout simplement le prix Nobel de la paix.

Une revendication pas si loufoque que ça, à l'image du président. Trump aurait été recommandé auprès du comité par le Premier ministre japonais Shinzo Abe. "À sa demande", rétorque un journal nippon. Trump reconnaissait toutefois que ça serait difficile le 15 février dernier lors d'un discours sur sa politique internationale: "Je ne l’aurai sans doute jamais, mais ce n’est pas grave... Ils l’ont donné à Obama, qui ne sait même pas pourquoi il l’a eu. Il était là pendant quinze secondes, et il l’a eu..."

Le sommet avec Kim Jong-un tourne court

On apprend ce jeudi matin que sa rencontre avec Kim Jong-un a tourné court. Aucun n'accord sur la dénucléarisation n'a pu être signé, comme c'était normalement prévu. Un communiqué de la Maison-Blanche indique toutefois que les deux hommes se rencontreront à nouveau dans les prochains mois. Donald Trump a qualifié la dernière réunion entre les deux hommes de "très amicale".

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