Quand des députés français veulent pénaliser l'antisionisme: une pétition récolte déjà 8.000 signatures

La France prend peur face à l’antisémitisme latent d'une partie de sa population. Des citoyens qui souvent se qualifient plutôt d'antisionistes. L'incident qui a éclaté samedi entre des Gilets jaunes et Alain Finkielkraut fait ressortir de vieux démons. Indiquant que la frontière est parfois floue entre rejet d'une politique et rejet de l'autre.

L'antisémitisme est la discrimination et l'hostilité à l'encontre des juifs en tant que groupe ethnique, religieux ou racial. L'antisionisme est l'hostilité contre l'État d'Israël et sa politique. Mais suite à l'incident qui s'est déroulé à l'Acte 14 entre certains Gilets jaunes et le polémiste Alain Filkienkraut, force est de constater que la limite entre les deux expressions est parfois ténue.

Un flou sémantique entretenu durant de longues années par certaines personnalités publiques. Citons principalement Dieudonné et Alain Soral, ce dernier a récemment été condamné à un an de prison ferme pour injure et provocation à la haine raciale.

Nous ne trancherons pas le débat ici. Mais on peut toutefois s'étonner de voir certains députés brandir la menace d'une interdiction. Présidé par Sylvain Maillard (LREM), le groupe d'étude de l'Assemblée nationale sur l'antisémitisme va se réunir mardi soir pour déposer une résolution ou une proposition de loi contre l'antisionisme. Ou en tout cas, reconnaître l'antisionisme comme une forme d’antisémitisme. La résolution aurait l'avantage d'être prise plus rapidement. Au contraire de la proposition de loi qui doit suivre un parcours législatif classique.

Interdit de critiquer Israël?

Il nous sera alors interdit de critiquer l'État d'Israël et la politique de son controversé Premier ministre, Benjamin Netanyahou? Pour les députés, "on peut critiquer le gouvernement d'Israël, mais pas remettre en cause l'existence même de cet État. Personne ne remet en question l'existence de l'État français ou de l'État allemand", explique Sylvain Maillard à France Info.

Les députés pourront également s'appuyer sur une pétition qui a récolté 8.000 signatures en moins de 24 heures. Mais le danger d'une interdiction est là, et elle fait peur à d'autres députés, au sein même de LREM. Ainsi le ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer a lui dénoncé "une sorte de course permanente vers la pénalisation des choses qui nous déplaisent", à France Info, tout en précisant qu'il "faut plutôt compter sur l'éducation, le débat".

Pour le député Insoumis Eric Coquerel, c'est non: "Nous sommes typiquement dans une instrumentalisation avec cette proposition. On doit pouvoir critiquer la politique de M. Netanyahou, comme on doit pouvoir critiquer une politique de théocratie islamiste sans passer pour un antimusulman ou sans passer pour un antisémite."

Une marche contre l'antisémitisme aura elle bien lieu ce mardi.

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