On travaille trop. Pour être productif, il faudrait des week-ends de trois jours, plaident ces experts à Davos

Travailler moins pour produire plus, cela semble paradoxal comme concept. C'était pourtant la thèse défendue par deux experts au Forum économique de Davos la semaine passée. Et ils se sont basés sur des études et des tests sérieux.

"Si vous réduisez les heures de travail, les gens sont capables de concentrer leur attention plus efficacement. Ils finissent par produire tout autant, souvent avec une qualité et une créativité supérieures. Et ils sont également plus fidèles aux organisations qui sont disposées à leur donner la possibilité de s’occuper de leur vie en dehors du travail."

Ce discours a été prononcé par Adam Grant, un psychologue de la Wharton School, en Pennsylvanie, lors du Forum économique de Davos, qui se tient chaque année en Suisse. Grant fait partie des experts persuadés que travailler moins pour un salaire égal permettrait aux employés d'être plus heureux au travail et donc plus productifs. Un choix organisationnel qui serait également bénéfique aux employeurs.

Même Henry Ford le pensait

Il est rejoint sur ce point par l’économiste et historien Rutger Bregman, auteur du livre Utopies réalistes. Pour ce dernier, une semaine de travail plus courte est loin d'être une proposition radicale. Il cite des économistes, des politiciens et même Henry Ford, l'inventeur du travail à la chaîne. "Pendant des décennies, les grands économistes, philosophes, sociologues ont tous cru, jusque dans les années 1970, que nous allions travailler de moins en moins."

"Dans les années 1920 et 1930, de grands entrepreneurs capitalistes ont découvert que, si l'on raccourcissait la semaine de travail, les employés devenaient plus productifs", poursuit-il. "Henry Ford, par exemple, a découvert qu'en faisant passer la semaine de travail de 60 à 40 heures, les employés deviendraient plus productifs, car ils n'étaient pas si fatigués pendant leurs temps libres."

Heures travaillées dans chaque pays (chiffres de l'OCDE)

© OCDE

Plus de bonheur

Plusieurs études abondent dans le sens des deux experts invités à Davos. Jan-Emmanuel De Neve, professeur agrégé d'économie et de stratégie à la Saïd Business School de l'Université d'Oxford, indiquait en octobre passé que le week-end de trois jours constituait un objectif prioritaire en matière de satisfaction. Un bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée est primordial, et cela passe par le fait d'avoir plus de temps pour soi.

Point de vue que l'on retrouve à l'OCDE, l'Organisation de coopération et de développement économiques, qui observe et analyse les avancements économiques de ses pays membres. Ses statistiques montrent que, dans les pays où les heures de travail hebdomadaires sont les plus longues, les employés sont parmi les moins productifs. C'est le cas par exemple de la Corée du Sud, qui a aussi l'un des taux de suicide les plus élevés au monde, et de la Grèce, souvent pointée du doigt comme le mauvais élève de l'Union européenne.

En Nouvelle-Zélande, une firme a testé la semaine de quatre jours payée cinq, et ça a tellement bien marché qu'elle a décidé de l'adopter de façon permanente. Reste à voir si ton employeur sera convaincu par ces exemples.

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