La grande compilation des fake news nées autour du mouvement des Gilets jaunes

Le mois de novembre 2018 a vu naître un mouvement unique en France et en Belgique: celui des Gilets jaunes. Le peuple n'a plus pu contenir sa colère et l'a déversée dans la rue parfois pacifiquement, parfois pas. Mais sur les réseaux sociaux aussi la colère gronde. Et comme dans les manifestations, il y a des dérapages. Ces sorties de route concernent généralement la propagation de fake news qui se sont multipliées de façon exponentielle ces dernières semaines. On en a fait une petite compilation. 

Si l'amour rend aveugle, la colère aussi. On a pu s'en apercevoir depuis le début du mouvement des Gilets jaunes qui a véritablement commencé le 17 novembre 2018. Oui, déjà plus de deux mois de manifestation. Vêtus de leur gilets fluos, les manifestant ont envahi les rues de dizaines de villes en France et Belgique mais aussi les ronds-points et les grands axes routiers. Par tous les moyens, ils ont exprimé leur colère et leurs ras-le-bol contre leur gouvernement et les personnes qui y siègent.

Cette colère s'est aussi largement déversée sur les réseaux sociaux via la création de multiples groupes et pages où les Gilets jaunes peuvent débattre, discuter, pousser des coups de gueule mais aussi malheureusement propager de fausses informations. Car, quand la colère aveugle, on a tendance à perdre notre discernement et oublier de prendre du recul. Généralement, ces fakes news ont pour but de discréditer encore plus le pouvoir ou de donner plus de poids au mouvement des Gilets jaunes. On a décidé d'en faire une petite compilation.

Des photos détournées à bon escient

Ce qui est facile avec les photos, c'est qu'il est difficile de retrouver leurs origines. Alors, il est facile de les sortir de leur contexte pour les remettre dans un autre. Depuis le début du mouvement Gilets jaunes, ce genre de photo recontextualisée se font de plus en plus nombreuses.

Le 18 novembre, alors que le mouvement n'en est qu'à ses prémices, un compte Twitter partage une photo d'une autoroute bondée de Gilets jaunes. Le compte interpelle le président Emmanuel Macron pour lui demander combien il voit de manifestants. Rapidement, l'AFP a été forcée de rappeler que la photo datait en fait de 2014 et avait été prise lors d'une manifestation de travailleurs allemands. En attendant, la photo avait été retweetée plus d'un millier de fois.

Autre exemple plus récent qui est apparu sur internet suite aux manifestations de l'acte X. Toujours sur Twitter, un compte balance une photo d'un jeune homme presque défiguré en expliquant qu'il s'agit d'une victime de tir de flashball lors d'un rassemblement de Gilets jaunes à Toulouse. En fait, la photo date de 2016 et présente un jeune Canadien de 16 ans blessé par l'explosion de sa cigarette électronique, comme l'explique Samuel Laurent, journaliste du Monde et des Décodeurs.

Un dernier exemple de photo détournée: lors de l'acte II du mouvement, une photo est partagée massivement sur Facebook (plus de 180.000 fois). On y voit un un gendarme anonyme apporter son soutien aux Gilets jaunes grâce à un bout de papier sur lequel on peut lire "Ne lâchez rien". Encore une fois, l'AFP a remarqué que cette photo datait de 2016 et avait été publiée dans le cadre d'une manifestation de policiers en colère.

Voici les photos détournées en question

Les Gilets jaunes à l'Elysée

On peut facilement faire dire n'importe quoi à une image mais aussi à une vidéo. Le 23 novembre dernier, une vidéo a fait le tour du web et chiffre plus de 700.000 vues. En légende du petit clip, on pouvait lire "Faites circuler que les Gilets jaunes sont rentrés à l'Elysée". Alors oui, les manifestants étaient bel et bien rentrés dans un bâtiment public mais pas dans l'Elysée. Les Gilets Jaunes s'étaient en fait introduit dans la préfecture de l'Aube dans la ville de Troyes, ce qui est moins prestigieux mais tout de même symbolique. La préfecture a d'ailleurs très vite confirmé que des manifestants s'étaient introduits dans l'administration.

Le faux salut nazi

Si les fake news visent souvent à discréditer les actions du gouvernement, il y en a certaines qui tentent de ridiculiser le mouvement des Gilets jaunes. Souviens-toi lors de l'acte 2 du mouvement, une séquence filmée par BFMTV fait le tour du web: on y voir un gilet jaune faire un geste qui ressemble fort à un salut nazi.

Ni une ni deux, le compte Twitter "Team Macron" partage la vidéo mais aussi plusieurs membres de la République en Marche comme Naïma Moutchou. Ils auraient peut-être mieux fait d'attendre un peu car rapidement, la vidéo est analysée. En fait, l'homme sur la vidéo crie "Avé Macron" accompagné du salut romain. Il a tout de même fallu avoir recours à un spécialiste de la lecture des lèvres pour arriver à une telle conclusion. C'est tout pour le point godwin.

La mère de famille belge morte à Paris

Dans la catégorie "fake news contre les forces de l'ordre", en voici une belle. Tout se passe lors du week-end du 5 au 6 janvier. Comme tous les week-end, les Gilets jaunes envahissent Paris. La samedi, une rumeur prend de l'ampleur sur Facebook et Twitter: une mère de famille belge serait décédée dans la capitale française.

Elle s'appellerait Coralie et aurait perdu la vie suite à un tir de flashball. C'est une personne qui l'affirme dans une vidéo postée sur YouTube et partagée sur tous les réseaux. L'homme se présente comme un proche de la prétendue victime et raconte la fausse histoire en pleures. Plusieurs autres Gilets jaunes confirment l'information sur des lives Facebook ou dans des publications en assurant qu'ils ont eu la confirmation de membres des services de secours.

Malheureusement de gros médias reprennent l'information comme RT France et Sputnik. Il est tard et très peu de journaliste travaillent pour démentir l'information. Alors, les Gilets jaunes se mobilisent pour obtenir la vérité. C'est donc Vécu, le média "officiel" des Gilets jaunes qui fait sa petite enquête et qui arrive à la conclusion que non, personne n'est mort lors de la manifestation du 5 janvier. Un peu honteux, les hommes qui ont lancé la rumeur ont été forcés de s'excuser en expliquant qu'ils auraient été manipulés pour balancer l'information. Mais tout de même il a fallu un tweet du ministre des Affaires étrangères Didier Reynders pour que l'affaire soit totalement classée. Comme quoi les rumeurs sur les réseaux vont plus vite qu'un tir de flashball.

Une journaliste censurée sur France 3?

Retour vers l'acte 1 du mouvement. Comme tous les médias, France 3 Aquitaine est sur le terrain. Pendant le JT du midi, une journaliste est en duplex sur un lieu de bloquage des Gilets jaunes près de Bordeaux. En toute fin de journal, la présentatrice donne la parole à la journaliste qui explique ce qu'il s'est passé sur place.

Mais au moment d'expliquer l'intervention des forces de police, la présentatrice la coupe brusquement pour rendre l'antenne. Vu le timing plus que limite, tout le monde crie à la censure et on soupçonne la chaîne française de vouloir cacher des violences policières. Alors oui, il est clair que cette manière de faire n'est pas très académique et il y avait de quoi se poser des questions. Malgré tout, tout cela s'explique par des impératifs techniques. En fait, les éditions régionales n'ont que 20 minutes pour traiter leur sujet avant que l'édition nationale ne reprenne ses droits.

Et malheureusement pour la journaliste, son duplex s'est lancé à une minute de l'échéance, et il a donc fallu couper court à son discours. "J’avais un temps imparti de 15 secondes, en fin de journal, et j’ai débordé" a reconnu la journaliste contactée par Libération. "Je n’entends pas tout de suite dans mon oreillette que je dois rendre l’antenne car il y a un temps de latence, alors je continue, ce qui force ma collègue (la présentatrice, ndlr) à me couper la parole. Je n’ai pas été censurée. À France 3, on ne censure pas." Fin de l'histoire.

Le complot de Strasbourg

Le 11 décembre 2018, la barbarie frappait de nouveau la France. Dans la ville de Strasbourg, Chérif Chekatt ouvrait le feu dans une rue à proximité du marché de Noël en tuant 5 personnes et blessant gravement 11 autres passants.

Comme à chaque évènement tragique comme celui-ci, les hommages aux victimes se multiplient sur les réseaux sociaux. Mais d'autres messages plus surprenants fleurissent un peu partout, et plus particulièrement dans les groupes des Gilets jaunes. Selon plusieurs membres de ces groupes, l'attentat aurait été organisé par le gouvernement pour détourner l'attention des Gilets jaunes et d'affaiblir le mouvement.

Pour appuyer leur thèse, ces complotistes d'un jour exploite un tweet de la préfecture de police de la région Grand-Est et du Bas-Rhin qui annonce l'attentat et demande à la population d'éviter la zone. Sur certaines captures d'écran, le tweet date de 11 décembre à 11h47, bien avant les événements donc. Sauf que tout cela a une explication très simple: Twitter est réglé par défaut sur le fuseau horaire du Pacifique, c'est-à-dire 9 heures plus tôt qu'en France. Difficile de trouver preuve plus accablante pour certains qui se persuadent du complot qui est en train de sévir en France. Heureusement, certains administrateurs de pages et groupes de Gilets jaunes ont rapidement condamné ce genre de théories et d'autres membres ont appelé au bon sens et au respect des familles des victimes qui n'avaient sans doute pas envie d'entendre parler d'un pareil prétendu complot. Mais comme toujours, il est difficile de prêcher des convaincus.

Le pacte de Marrakech

Les fausses informations qui sont apparues autour du pacte de Marrakech de l'ONU ne sont pas vraiment liées au mouvement des Gilets jaunes mais elles ont été utilisées par ceux-ci pour discréditer l'Etat et les dirigeants. Il faut dire que ce pacte touche à un sujet très sensible depuis toujours: la migration. Un sujet tellement sensible qu'il a provoqué la chute du gouvernement belge en décembre 2018. Il a provoqué des dégâts aussi bien en France que chez nous.

En fait le contenu du pacte a été mal interprété par une partie de la population mais aussi manipulé par des personnalités politiques opposées à Emmanuel Macron, allant jusqu'à parler de "trahison" de la part du président. Que reproche-t-on à ce pacte? Plein de choses. Mais voici les principales critiques: le pacte de Marrackech va rendre le séjour irrégulier non punissable, il va assouplir les procédures de regroupement familial et il va rendre plus difficile la détention des immigrants illégaux. Enfin, il menace la souveraineté des Etats et va organiser l'invasion des pays par les migrants.

Tout cela est en réalité faux puisque l'objectif principal du pacte de Marrakech est, comme l'expliquait le professeur de sociologie de l'ULB Andrea Rea pour la RTBF, de donner "des lignes directrices pour les États dans une logique d''immigration sûre, régulière et ordonnée'. Il faut insister sur 'ordonnée', puisque l'idée est d'essayer d'arrêter l'immigration irrégulière." Le professeur insiste d'ailleurs sur le fait que le pacte donne plus de possibilités aux États de gérer la migration dans leur pays. En d'autres termes, on parle ici d'un texte "non contraignant", c'est-à-dire un texte qui ne s’accompagne pas de contraintes, mais qui a une valeur symbolique, en fixant des recommandations pour changer les comportements. On utilise généralement ce genre de texte quand il est difficile d'obtenir un accord entre différents pays qui ne veulent pas céder une partie de leur souveraineté. Bref, on peut clairement parler ici d'une tempête dans un verre d'eau.

Le traité d'Aix-La-Chapelle

Enfin, on termine avec quelque chose de tout récent: le traité d'Aix-la-Chapelle entre la France et l'Allemagne. Le 14 janvier dernier, un site obscur du nom de Résistance Républicaine publiait un article qui a abondamment été partagé sur les groupes de Gilets jaunes, entre autres. Le titre est on ne peut plus clair: "Abominable! Le 22 janvier, Macron abandonne l'Alsace et la Lorraine à l'Allemagne".

C'est une nouvelle fois une interprétation abusive du traité signé par la France et l'Allemagne il y a quelques jours. Tout le monde s'y est mis: Nicolas Dupont-Aignan, président du parti Debout la France, Marine Le Pen, présidente du Rassemblement National ou encore Bernard Modot, député européen de Debout la France. Tous accusent Emmanuel Macron de céder l'Alsace et la Lorraine à l'Allemagne en expliquant que l'allemand allait y devenir la langue officielle et que les lois françaises ne s'y appliqueront plus. Le mot "trahison" est utilisé à plusieurs reprises et on parle parfois de "putsch contre la France" et d'une "reddition de la France à l'Allemagne". Ces personnalités politiques s'inquiètent aussi du fait que la France cède son siège au conseil de sécurité de l'ONU à son voisin allemand en perdant ainsi de la force sur la scène internationale.

Encore une fois, tout cela est faux et cela été largement commenté dans tous les grands médias français. Les articles du style "Non, la France ne vas pas céder l'Alsace et la Lorraine à l'Allemagne" se sont multipliés de façon exponentielle. Alors pourquoi tout cela est faux? Ce traité a en fait pour but de "renforcer la coopération de la France et de l’Allemagne aux niveaux social, économique, culturel, en matière d’éducation, de sécurité intérieure et extérieure…" Les deux pays comptent ainsi développer "les programmes d’échanges à l’intention des jeunes", grâce, notamment, à l’apprentissage des deux langues et à la mise en réseau des systèmes d’enseignement. En gros, l'objectif principal est de renforcer la coopération dans les administrations frontalières. Ainsi, les deux pays comptent construire de nouveaux arrêts de tram et de bus à la frontière pour faciliter la vie des travailleurs qui doivent traverser la frontière quotidiennement.

D'autre part, il n'a jamais été question de remplacer la langue officielle de ces régions frontalières. Non, on souhaite simplement y développer le bilinguisme. Enfin, ce traité ne touche absolument pas au siège français au Conseil de sécurité de l'ONU puisque pour mettre une chose pareille en place, il faudrait modifier la charte des Nations Unies. Par contre, le traité convient que les deux pays coopéreront plus au sein de l'ONU et tiendront une position commune dans les négociations sur une future réforme du Conseil de sécurité des Nations unies. D'ailleurs, il semble clair que la France désire que l'Allemagne obtienne un siège permanent au Conseil de sécurité. L'Allemagne sera d'ailleurs un membre du Conseil de sécurité de 2019 à 2020.

Malheureusement, il s'agit ici d'une liste non-exhaustive de fake news

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