Venezuela: quand la crise économique se transforme en crise politique majeure

Le Venezuela est en proie à une crise économique sans précédent. A cela s'est ajoutée une élection présidentielle contestée qui a vu Maduro rempiler pour un deuxième mandat. Avec le soutien de centaines de milliers de manifestants, le leader de l'opposition Juan Guaido s'est auto-proclamé président. Il a reçu immédiatement le soutien de Donald Trump. L'armée, elle, reste derrière le président sortant. Le pire est à craindre.

En récession depuis 2014, le Venezuela connaît une inflation sans précédent qui se calcule en millions de pour cent. Trois millions d'habitants ont fui le pays faute de nourriture, de médicaments, d'électricité et parfois d'eau potable. Le régime "chaviste" (de Hugo Chavez) a plongé le pays dans la crise. Son successeur, Nicolas Maduro, ancien syndicaliste, a réprimé la contestation dans le sang.

Deux présidents

Aujourd'hui, le Venezuela a deux présidents: Nicolas Maduro, réinvesti le 10 janvier après des élections hyper contestées et Juan Guaido, leader de l’opposition depuis les bancs de l'Assemblée, dernier bastion démocratique au Venezuela. Soit un président légal et un président légitime.

L'ingénieur de 35 ans a connu une ascension fulgurante qui aura eu le mérite de réveiller la foule. Mais il ne s'agit pas de son seul soutien. Après s'être auto-proclamé "président en exercice", Guaido a reçu immédiatement l'appui de Donald Trump, pas vraiment fan de Maduro. Le président américain invite les dirigeants du monde entier à l'imiter.

Soutien de l'armée (et des Russes) à Maduro

De l'autre côté, Nicolas Maduro peut compter sur le soutien des Russes. Plus que des liens naturels, il s'agit ici de s'opposer par principe à l'impérialisme américain. Un relent de Guerre froide plein de cynisme, à défaut d'être idéologique. Plus problématique pour la population, l'appui de l'armée au président élu: "Les soldats de la patrie n'acceptent aucun président imposé par des intérêts obscurs", a écrit le ministre de la Défense sur Twitter mercredi. "L'armée défend notre constitution et est garante de notre souveraineté nationale."

Hier, plusieurs manifestations semblent déjà avoir été réprimées dans le sang, à balles réelles. D'après certaines sources locales, le bilan s'élevait à 13 morts ce jeudi matin.

Rappelons que le Venezuela est devenu le pays le plus dangereux au monde avec 81,4 homicides pour 100 000 habitants. Ce pays d'Amérique centrale a donc dépassé ses voisins, le Honduras et le Salvador. Selon le directeur de l’Observatoire vénézuélien de la violence (OVV), Roberto Briceño-León, sur les 23.000 homicides perpétrés au Venezuela l'année dernière, un tiers est imputable aux forces de l'ordre.

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