La N-VA vire sa tête de liste à Ninove: une aubaine pour le parti nationaliste

La N-VA a exclu Joost Arents, sa tête de liste à Ninove. Elle n'avait pas d'autres choix: Arents s’est opposé frontalement à la ligne du parti nationaliste en annonçant rejoindre la coalition formée par l'Open Vld et le cartel de gauche S.A.M.E.N. Ce faisant, Arents a fait une fleur à son ex-parti: Forza Ninove ne prend pas le pouvoir, ce qui arrange bien la N-VA.

Ninove a mis en lumière la fameuse question du cordon sanitaire autour du Vlaams Belang. Le parti d'extrême-droite lutte depuis des années pour mettre à profit ses votes: le VB n'a jamais pu transformer ses sièges en intégrant des Collèges communaux pour appliquer ses politiques. A chaque élection, le parti d'extrême-droite se pose en victime, ce dont il bénéficie. Mais ensuite, l'effet a tendance à s'estomper et le parti tombe dans l'oubli.

Lorsque le 14 octobre, Guy D'haeseleer, député flamand du Vlaams Belang, a fait un score monstre à Ninove avec sa liste locale Forza Ninove, l'espoir de briser le cordon sanitaire a vu le jour dans cette petite ville flamande. Avec 40% des voix, la liste était proche de la majorité absolue: 15 sièges sur 33, il n'avait donc besoin que de deux sièges pour former la majorité.

D'haeseleer avait a priori toutes les cartes en main: une victoire totale, un nom de parti qu'il ne mentionnait pas directement et la N-VA qui obtenait deux sièges à Ninove. Reste que le parti de Bart De Wever a un rapport ambigu avec le cordon sanitaire. D'un côté, il trouve que ce cordon n'est pas une bonne idée, mais parfois, ce cordon l'arrange bien, car la N-VA ne désire pas travailler avec le Vlaams Belang, son concurrent sur plusieurs thématiques. Isoler le Vlaams Belang a de sérieux avantages sur le plan électoral. Quand ce dernier est écarté de la scène politique, la N-VA peut récupérer les voix des flamingants et de l'extrême-droite.

Ninove: un cas complexe pour la N-VA

Ninove était un cas difficile pour le parti de Bart De Wever. N'ayant pas remporté les élections sur place, la N-VA n'avait pas envie de rejoindre une coalition. Derrière cette hésitation, se trouvait une question très symbolique en jeu: la possibilité de briser le cordon sanitaire. Mais la directive envoyée par le top du parti était claire envers sa section locale : il n'y aura pas de coalition avec Forza Ninove.

De la sorte, la N-VA a placé Ninove face à une impasse politique. Forza Ninove pouvait compter sur ses 15 sièges, tandis qu'à l'opposé, la coalition formée par l’Open Vld et S.A.M.E.N. (sp.a, Groen), avec respectivement 9 et 7 sièges, pouvaient placer 16 membres au conseil communal. Avec ses deux voix, la N-VA pouvait donc faire la différence. Mais la consigne n'était pas de rejoindre la coalition opposée à Forza Ninove mais bien de s'abstenir.

Joost Arents (N-VA) a néanmoins décidé de la jouer solo, sans le soutien ni l'accord de son parti. Avec son siège unique, Arents avait assez de voix pour offrir une majorité à l'Open Vld et S.AM.E.N.. Et c'est donc ce qu'il a fait. Il a entamé des négociations de son côté avec Tania De Jonghe, bourgmestre actuelle et tête de liste de l'Open Vld.

Bonne solution pour la N-VA, même en cas de perte d'un conseiller municipal

Bien que Matthias Diependaele, l'homme fort de la N-VA sur le plan régional, ne soit absolument pas "amusé" par la petite partie en solo de Arents, il en résulte, au bout du compte, que tous ces mouvements ont été bénéfiques pour les nationalistes. En effet, la N-VA n'a pas dû rompre le cordon, D'haeseleer (VB) se retrouve sur la touche et Ninove n'est pas devenue ingouvernable. Et la N-VA n'aura pas à se mouiller dans une coalition teintée à gauche. Seul Arents aura perdu quelques plumes.

Situation cocasse durant la conférence de presse qui a présenté le conseil municipal. Arents a parlé de "vouloir créer des convergences, tout comme mon modèle Bart De Wever". En effet, pas plus tard que la semaine dernière, le président de la N-VA a présenté à Anvers une nouvelle coalition entre son parti et le sp.a surnommée "la Grande Convergence". Cela dit, Arents a également avoué qu'il se doutait qu'avec son geste, il risquait sa place au sein de son parti.

Et c'est donc ce qui est arrivé hier soir: la N-VA a exclu Arents du parti. Il siège maintenant au conseil communal, mais en tant qu'indépendant. "Je suis extrêmement fier que nos membres aient pu le faire de manière aussi adulte. La question n'était pas de savoir si Joost Arents resterait à l'intérieur ou à l'extérieur du parti, mais bien si nous allions utiliser Arents dans ce projet politique avec l'Open Vld et S.A.M.E.N.. La réponse a été "non" et Arents a été automatiquement exclu du jeu", a déclaré Matthias Diependaele sur les ondes de Radio 1.

Le Vlaams Belang doit maintenant soigner sa gueule de bois. Six ans, c'est une éternité en politique, et la santé de D'haeseleer serait apparemment assez instable. Le plus important était le symbole autour de ce fameux cordon sanitaire, un symbole qui aurait pesé lourd dans les élections fédérales et flamandes de mai 2019. Pour la première fois, le cordon autour du Vlaams Belang aurait été brisé. Ce qui aurait filé un énorme coup de pouce à Tom Van Grieken et sa bande.

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