La balle est dans le camp du roi, mais tout le monde s'attend à ce que Michel revienne au 16

Pour la première fois de sa carrière, le roi Philippe va diriger les partis durant une crise politique. Le Premier ministre Michel lui a présenté sa démission hier, et le roi a choisi la voie de la prudence: garder cette démission en suspens. Il va rencontrer aujourd'hui tous les présidents des partis, à l'exception de ceux du Vlaams Belang et du PTB. Mais il ne faut pas s'attendre à des décisions spectaculaires de la part du roi.

C'est un triste voyage qu'a accompli le Premier ministre Charles Michel (MR) en se rendant mardi soir directement depuis l'hémisphère de la Chambre au palais du roi, situé de l'autre côté du parc Royal. Le Premier ministre, qui cherchait obstinément depuis dix jours des moyens de faire survivre son gouvernement minoritaire, a finalement choisi la voie de la démission. Il a bien, en un geste ultime de désespoir, tendu la main à la gauche mais c'était trop tard: toute l'opposition était d'accord sur une motion de méfiance.

Le roi a fait ce que tout roi avisé ferait: garder la démission en suspens. Cette décision fait gagner du temps à tout le monde. Immédiatement, tous les présidents de parti "qui ont une fraction à la chambre" sont invités autour de la table. Vlaams Belang (trois sièges à la Chambre), Vuye & Wouters (deux sièges), PVDA (deux sièges), DéFI (un siège) et le Parti Populaire (un siège) sont éjectés: ils sont trop petits pour pour former une vraie fraction à la Chambre.

C’est la première délicatesse du roi Philippe et de son chef de cabinet Vincent Houssiau. Au sein de la N-VA, le parti flamand majoritaire, on scrute avec une attention particulière les décisions royales, dont les orientations peuvent parfois prendre un sens opposé aux valeurs républicaines défendues par Bart De Wever (N-VA) et sa team.

Un gouvernement en affaire courante ne serait pas si différent d'un gouvernement minoritaire

Bien entendu, après les pourparlers, le roi devra quand même accepter la démission du Premier ministre Michel. Il ne pourra rien faire d’autre, une fois qu'il aura déterminé ce qui était déjà évident mardi à la Chambre : le cabinet Michel II détient à peine 52 sièges sur 150 et ne peut pas compter sur le soutien de l’opposition. C'est uniquement dans le but d'éviter l'humiliation d'une motion de méfiance que le Premier ministre s'est rendu devant le roi.

La suite la plus plausible est que le roi laisse ensuite Michel gérer les mois prochains avec un gouvernement en affaires courantes. Une situation de laquelle le cabinet de Michel II n'était en réalité pas si éloignée: le budget sur base des fameux "douzièmes provisoires", pour lequel aucune nouvelle mesure politique ne peut être prise et qui n'autorise à dépenser que ce qui a été dépensé l'année dernière, avait déjà été annoncé par le Premier ministre, hier à la Chambre.

Mais il y a une différence cruciale entre ce gouvernement minoritaire qui a duré dix jours et le gouvernement qui va bientôt se pencher sur des affaires en instance: le Premier ministre Michel et ses ministres ne détiendront plus la "plénitude de compétence", comme il se dit. Ils devront donc être extrêmement prudents et ne pourront plus prendre de décisions gouvernementales.

De facto, le même gouvernement Michel ne sera capable de faire que ce qu'il tente depuis un certain temps: chercher une majorité au Parlement pour chaque dossier sur lequel il souhaite avancer. Mais de vraie politique, il ne sera plus question, ce qui était déjà le cas avec le cabinet minoritaire Michel II.

La Chambre doit se prononcer sur des élections anticipées

Une fois que le roi aura remis les clés du 16 à Michel pour qu'il puisse y organiser les affaires courantes, le bal sera de retour à la Chambre. Et celle-ci pourra alors elle-même décider si élections anticipées il y aura. Parce que in fine, ce n'est ni le gouvernement ni le roi, mais bien le Parlement qui doit se dissoudre et relancer des élections. Or, le Premier ministre, en évitant la motion de méfiance et en présentant sa démission, s'est techniquement débarrassé un peu trop rapidement du Parlement.

Reste à voir si la majorité des partis est prête à se rendre aux urnes. La N-VA et le Vlaams Belang sont partants, les verts portent également un intérêt manifeste dans la tenue d'une campagne électorale, car ils sont en bonne place dans les sondages. Mais ce n'est pas le cas de tous. Le MR du Premier ministre est dans une mauvaise posture, et le fait que le premier ministre libéral ait salué la gauche dans son ultime discours et ait sollicité l’aide des socialistes n'a pas aidé les choses.

Cette dernière famille, composée à la fois du PS et du SP.a, lorgne également sur les résultats des sondages qui sont pour eux loin d'être excellents. Même chose du côté du CD&V et Open Vld, où l'envie de se lancer dans des élections est loin d'êtremanifeste, quoi qu'en dise le président Wouter Beke (CD&V) à Villa Politica: "Les élections municipales ont été bonnes et nous avons gagné aux élections", a-t-il déclaré. Mais entre la parole et l'action, il y a un monde rempli d'obstacles.

Un consensus de la part d'une majorité en faveur d'élections anticipées ne semble pas donc se profiler. Si celles-ci se mettaient en place dans les 40 jours, cela signifierait qu'au début du mois de février, on aurait déjà les résultats dans les urnes. À cette période, la rue de la Loi sera en pleine ébullition car les campagnes seront déjà pleinement lancées pour les élections du Parlement européen, flamand, bruxellois et wallon qui se tiendront en mai 2019. Imaginer qu'un gouvernement fédéral puisse se former en février, sans ces différents résultats régionaux, c'est politiquement impensable.

La question est de savoir si cette attitude - éviter les élections et attendre cinq mois - est politiquement viable. "Qui a peur perd" dit l'adage relatif aux élections. Un filon que la N-VA et Vlaams Belang ne manqueront pas d'exploiter.

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