Michel II se bat déjà pour sa survie: le Premier ministre risque d'être la marionnette de tous

Le Premier ministre Michel a prononcé un discours ferme à Marrakech: "Nous sommes du bon côté de l'histoire". Symboliquement, c'est une victoire cruciale après des semaines de tension avec la N-VA. Sauf qu'à la maison, une bataille pour la survie l'attend. Il a refusé de devenir la marionnette de la N-VA, mais sans majorité à la Chambre, il risque de devenir celle de tous.

Et dire qu'il n'en pouvait plus d'être le pion d'un parti... Ce matin, le Premier ministre Charles Michel (MR) ne devra plus suivre les ordres d'un parti, mais de tous les partis. Le Premier ministre va devoir courber l'échine devant le PS qui l'a combattu durement pendant quatre ans. Il va devoir avaler les couleuvres des verts, qui ont toujours vivement critiqué sa politique climatique. Et il va devoir à nouveau regarder dans le blanc des yeux la N-VA et son vieil ami Peter De Roover, 48 heures à peine après avoir annoncé le divorce officiel avec la N-VA.

Le Premier ministre doit trouver en urgence une façon de légitimer son équipe Michel II. Le chemin que le CD&V essaie de suivre est purement légal: "Ce n'est pas un nouveau gouvernement, mais une continuation du précédent, il n'est donc pas nécessaire de demander un vote de confiance", a déclaré Wouter Beke, président du CD&V. Une déclaration pour laquelle son vice-Premier ministre, Kris Peeters (CD&V), ne semblait pas avoir été briefé. Dimanche, lors de l'émission De Zevende Dag, il a insisté sur la façon dont le gouvernement explorerait de nouvelles pistes. Mais lundi soir, invité à Terzake, Peeters a retourné sa veste et s'est joint à la vision de Beke.

Légalement juste, mais politiquement compliqué

Mais est-ce que cette déclaration du CD&V est la bonne marche à suivre? Le Premier ministre lui-même a présenté dimanche un nouveau programme pour son équipe, avec trois priorités: le pouvoir d'achat, la sécurité et la politique climatique. Ils ont pris un nouveau nom, l'orange bleue, et un surnom que tout le monde, y compris eux-mêmes, a déjà adopté: "Michel II". Dans ces conditions, il est logique que l'opposition joue les scandalisée.

Sur le plan légal, Beke et Michel sont dans leur droit. Mais, politiquement, cette position sera plus difficile à tenir puisqu'ils n'ont plus que 52 sièges sur 150. De la N-VA au PS, tout le monde pense qu'il s'agit bien d'un nouveau gouvernement et qu'un vote de confiance est nécessaire. Le président de la N-VA, Bart De Wever, a lui-même évoqué un forcing: "Mais si on fait comme si on n’avait pas besoin de nous pour une majorité démocratique, alors c’est une sorte de coup d’État dissimulé, en douceur. Peut-on vraiment mettre de côté la démocratie?"

Les socialistes ou la N-VA

C'est simple: De Wever veut savoir quelle est sa véritable place. Même chose pour John Crombez (sp.a) et bien sûr pour le PS. Mais le Premier ministre Michel n'a aucun avantage à dévoiler toutes ses cartes: il veut être toléré à gauche, à droite, par thème et par dossier. Malheureusement pour lui, ce n'est pas ainsi qu'un gouvernement minoritaire fonctionne: la minorité a toujours besoin d'un ou de plusieurs soutiens sans participations permanentes pour réussir à travailler. Michel II n'a en réalité que deux choix: soit la N-VA, soit la famille socialiste (PS et sp.a). Les autres partis n'ont pas suffisamment de sièges que pour former une majorité avec la nouvelle coalition.

Sur ce point, les deux sont catégoriques: c'est soit l'un, soit l'autre. Les socialistes sont très méfiants: ils croient fermement que des accords ont été conclus avec la N-VA pour soutenir un gouvernement minoritaire. "Nous voulons savoir où nous en sommes", disent-ils. Parce que personne n'a oublié qu'après la vague de soutien du Parlement pour Marrakech, le Premier ministre a tenu un discours flou ne permettant pas de savoir quelle était sa décision. Voulait-il encore de la N-VA? L'opposition a finalement dû voter une résolution pour forcer le Premier ministre à aller de l'avant. Autre signe qui donne lieu à diverses interprétations: aucun appel téléphonique n'a été passé à cette opposition avant que le Premier ministre Michel ne lance son nouveau cabinet minoritaire.

Côté N-VA, les interrogations sont aussi présentes. "Nous ne voulons pas d'élections anticipées, et pour les questions d'économie sociale que nous avons nous-mêmes signées, le soutien est certes possible. Mais je ne veux pas être ridiculisé par une politique de migration volontariste de la coalition de Marrakech", a déclaré De Wever. La déclaration de Maggie De Block (Open VLD), qui succède à Theo Francken (N-VA), a sérieusement blessé la N-VA. De Block a décrit un "département en chaos" et a immédiatement rejeté la restriction imposée au nombre de demandes d'asile par jour.

Au sein de la N-VA, il se dit qu'aucune discussion n'a réellement évoqué un éventuel soutien au gouvernement minoritaire. Celui-ci a été mentionné lors d'une réunion vendredi entre le Premier ministre et la N-VA, alors que le "transfert" était déjà entamé. Le Premier ministre a présenté une liste de points pour lesquels il aimerait bénéficier du soutien de la N-VA: le "jobs deal", l'accord interprofessionnel (AIP), le pacte énergétique et, bien sûr, le budget. La volonté de soutenir l'AIP est très certainement présente mais sans doute moins sur les questions liées au pacte énergétique. D'ailleurs, aucun rendez-vous entre les partis n'a pour l'instant été fixé. Ce qui en dit long sur l'état des choses.

Michel peut virer de bord, après avoir reçu le soutien de la gauche

Michel aurait donc intérêt à demander un vote de confiance le plus rapidement possible. Quelques jours à peine après la crise et à peine revenu de Marrakech, Michel pourrait encore espérer le soutien des partis de gauche. Ou, du moins, ces derniers pourraient s'abstenir afin de laisser le gouvernement survivre. Son programme minimal annoncé présentait des bonus pour les socialistes (pouvoir d'achat) autant que pour les verts (climat). Mais plus il attend, plus l'élan de Marrakech retombera. Et ses décisions seront certainement prises après le vote pour le pacte de l'ONU à New York.

L'alternative consisterait à avaler à nouveau les couleuvres de la N-VA. Sauf que cette fois, les nationalistes placeront la barre haute. Le budget, qui résulte de l'accord d'été, ne sera approuvé par la N-VA que si tous les accords de cet été sont également appliqués. Une façon radicale de placer le couteau sur la gorge des anciens partenaires de la coalition et qui fera que Michel sera plus que jamais la marionnette dans les mains de la N-VA.

Le Premier ministre se protège avec un argument simple: un vote de confiance et une chute du gouvernement signifient de nouvelles élections. "Est-ce ce que souhaite l'opposition?", menace Charles Michel, sachant que personne ne désire se présenter à des élections anticipées. Reste à savoir si cet argument lui permettra de tenir 5 mois supplémentaires aux manettes de l'État, avec seulement 52 sièges sur 150.

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