Sondages à six mois des élections: où va s'arrêter Ecolo?

Non, Ecolo ne doit pas son succès qu'à la météo. Les Verts poursuivent leur ascension tant à Bruxelles qu'en Wallonie. Ils surfent sur la vague et prennent carrément leur pied. Le PS, pour sa part, stoppe définitivement l’hémorragie. Le MR se stabilise. En Flandre, la N-VA reprend du poil de la bête. Mais la crise gouvernementale actuelle n'a pas livré ses verdicts.

Le Grand Baromètre RTL TVI, Le Soir, VTM Nieuws et Het Laatste Nieuws est l'occasion de prendre le pouls de la population a quelques mois d'intervalle. Ce sondage, effectué principalement entre le 27 et le 30 novembre (soit avant la crise gouvernementale), reste un précieux révélateur. Car il se situe entre les élections communales et les élections fédérales, régionales et européennes de mai prochain. Il vient en tout cas renforcer certaines tendances.

Wallonie

En Wallonie, les trois partis traditionnels (PS, MR, cdH) ont perdu de leur superbe. Quand ils totalisaient 71,8% des votes en mai 2014, ils ne comptent plus que 56,9% en octobre 2018. Où sont parties leurs voix? Chez Ecolo et le PTB principalement. Ecolo (13,5%) est désormais le troisième parti de Wallonie. Il reste toutefois loin derrière le MR (20,7%), qui se stabilise, et le PS (24,9%), qui marque une légère progression par rapport au sondage du mois d'octobre.

Le PTB ne gagne pas de point par rapport à octobre. Le Parti de Raoul Hedebauw rentre dans les rangs après ses scores monstres issus des sondages de l'an dernier. Mais sa progression est la plus nette si on se focalise sur les dernières élections fédérales et régionales (mai 2014): le PTB passe de 5,5% à 13,1%. Le cdH grappille 1% et se hisse difficilement à 11,3% des intentions de vote. Le PP (6,) dépasse désormais DéFi (4,2%) qui connait encore des difficultés à s'implanter en Wallonie, faute de têtes connues.

Bruxelles

Mesdames et messieurs, en ne négligeant pas la marge d'erreur, Ecolo peut se targuer d'être devenu le premier parti à Bruxelles! D'un fil toutefois: 18,3% contre 18,2% pour le MR. Les socialistes tombent de haut: de 24,9% en 2014 à 15,4% actuellement.

Au petit jeu des partis traditionnels, PS-MR-cdH récoltaient 57,3% des votes en mai 2014. Ils obtiennent aujourd'hui 38,1% des intentions de vote.

Ici, ce sont Ecolo et DéFi qui accaparent les déçus et les nouveaux adhérents. Le PTB, après une bonne progression dans les précédents sondages (9% en octobre dernier), rentre là aussi dans les rangs avec 5,8% des intentions de vote. C'est toutefois mieux que le cdH, malade dans la capitale (4,5%). La N-VA reste le premier parti flamand (5,3%).

Au niveau des personnalités politiques, Olivier Maingain reste en tête, suivi de Paul Magnette qui chipe la place de Reynders (3e). Theo Francken recule lui de 4 places (8e).

Flandre

En Flandre, pas de révolution verte. Mais un score honorable pour Groen (12,2%) qui se tasse par rapport à octobre mais qui est en belle progression par rapport à 2014 (8,6%).

Le maître du game reste la N-VA qui reprend un peu de couleur après sa mauvaise passe au sortir du scrutin communal. Avec 28%, elle n'est plus très loin de son score historique de 32,4% en 2014. Débordée par sa droite? C'est un fait: le Vlaams Belang se situe à 11,7% des intentions de vote, le parti d'extrême droite ferme de justesse le peloton des partis traditionnels: 14,6% pour le CD&V, 13,4% pour l'Open VLD et 12,3% pour le sp.a. Le paysage politique flamand est plus éclaté que jamais. Ensemble, N-VA et Vlaams Belang totaliseraient 39,7% des voix. Le pvda ferme la marche avec 6,2% des intentions de vote.

Au niveau des personnalités politiques, pas de surprise, Theo Francken reste la personnalité préférée des Flamands: 67% des sondés estiment qu'il doit jouer un rôle encore plus important. Suivent Bart De Wever et Charles Michel. Côté cd&v, Kris Peeters s'écroule après sa défaite aux communales à Anvers.

Et en mai?

Voilà pour les intentions de vote. Mais le but en Belgique, c'est de former une coalition. À ce petit jeu-là, au niveau fédéral, on remarque que la Suédoise n'est plus majoritaire en termes de sièges. MR-N-VA-CD&V-Open vld ne comptent que 70 sièges sur 150. Il leur en faudrait 75.

Et selon les récentes déclarations des uns et des autres, on ne voit pas bien qui, du côté francophone, viendrait s'ajouter pour faire l’appoint.

Rappelons toutefois que nous sommes en pleine crise gouvernementale et que l'équipe de Charles Michel pourrait encore voler en éclat d'ici la semaine prochaine. Toute la question est de savoir qui portera le chapeau.

Reste que sur le plan politique, la N-VA est plus isolée que jamais. Peut-on imaginer une coalition sans le parti de Bart De Wever en mai prochain? Il est toujours difficile de se séparer du plus gros parti du pays. Mais mathématiquement tout est possible.

Notons encore que Ecolo et Groen forment, ensemble, la 2e plus grosse force politique du pays. Les deux partis frères s'affichent clairement ensemble, ce qui est loin d'être évident dans les autres familles politiques. La marche du 2 décembre dernier, qui en appelle d'autres, ne semble pas un effet de mode mais un véritable signal politique. Le climat, tout comme la question migratoire d'ailleurs, devraient être les deux grandes thématiques de ces élections, au-delà du simple clivage gauche-droite. Sans oublier le pouvoir d'achat, en crise, comme le montrent les manifestations des gilets jaunes.

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