L'Aquarius, le navire qui sauve les migrants en mer Méditerranée de la noyade, est obligé de s'arrêter

Contraint par un "climat hostile" et de fortes pressions politiques pour mettre à mal ses activités, l'Aquarius a annoncé stopper ses activités. Les ONG qui travaillent à bord, Médecins Sans Frontières et SOS Méditerranée, ont indiqué ne plus être en mesure de reprendre la mer pour sauver les migrants.

De février 2016 à octobre 2018, soit en 34 mois d'activité, l'Aquarius a permis de secourir près de 30.000 personnes en mer Méditerranée, entre la Libye, l’Italie et Malte. Car, dans cette région, plusieurs dizaines de milliers de personnes, qui tentaient de fuir la guerre en Libye, sont mortes noyées depuis 2010. Et si l'on tient compte de l’ensemble des opérations de recherche et de sauvetage entreprises depuis 2015 par Médecins Sans Frontières, ONG qui travaille à bord du navire en partenariat avec SOS Méditerranée, ce sont quelque 80.000 personnes qui ont été secourues. Mais c'est un jour noir, les deux ONG ont annoncé ce jeudi être contraintes de laisser l'Aquarius au port.

"Criminalisation, décrédibilisation, diffamation contre les ONG"

"Dix-huit mois de criminalisation, de décrédibilisation et de diffamation contre les ONG de recherche et de sauvetage ont encore davantage fragilisé les capacités de sauvetage en mer – déjà insuffisantes - alors qu’augmentait le taux de personnes mortes noyées sur cette route migratoire connue pour être la plus dangereuse au monde", dénoncent-elles dans un communiqué posté sur le site de SOS Méditerranée. Ce sont donc les "attaques incessantes dont le navire et ses équipes ont fait l’objet" et "une campagne politique, judiciaire et administrative acharnée, soutenue par plusieurs États européens" qui ont eu raison de l'Aquarius. Le navire est d'ailleurs immobilisé à Marseille depuis le 4 octobre dernier, et le restera donc jusqu'à nouvel ordre.

Par ces "multiples pressions politiques", SOS Méditerranée vise évidemment le gouvernement italien, entre autres, qui avait interdit à l'Aquarius en juin d'accoster en Italie et refusé de lui envoyer une aide humanitaire. Avant de faire machine-arrière et de débloquer des vivres aux migrants piégés en mer.

Plus aucun bateau de sauvetage

Et ce n'est pas tout, "l’Aquarius a été, à deux reprises en moins de deux mois, sciemment exclu des registres de l'État du pavillon de Gibraltar, puis du Panama", explique le communiqué. Aujourd'hui, "le navire humanitaire doit répondre à des allégations d'activité criminelle, des accusations disproportionnées et infondées" lancées par l'Italie. Du coup, face à ce "climat hostile" et "sans solution immédiate pour répondre à ces attaques", MSF et SOS Méditerranée n'ont d'autre choix que de mettre fin aux activités de l'Aquarius. Créant ainsi un vide puisque, sans l'Aquarius, "quasiment aucune opération de recherche et de sauvetage ne subsiste en mer".

Mais SOS Méditerranée et Médecins Sans Frontières ne comptent pas baisser les bras et "explorent déjà activement les options pour un nouveau navire et un nouveau pavillon" pour poursuivre sa mission de sauvetage. Dans tous les cas, SOS Méditerranée "remplira son devoir d’assistance en répondant à l'urgence par tous les moyens professionnels possibles".

Ce clap de fin est un symbole bien représentatif de la crise migratoire que traverse actuellement l'Europe. Et les âpres discussions autour du pacte migratoire, qui suscite une véritable crise politique en Belgique, montrent que l'on n'est pas prêt de voir le bout du tunnel.

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