La crise du gouvernement fédéral s'accentue: De Croo (Open VLD) obligé de rentrer plus tôt d'Afrique du Sud

Le gouvernement Michel réserve bien des surprises. La crise qui touche actuellement la rue de la Loi semble plus grave que jamais. En effet, un membre important du gouvernement a dû revenir au pays plus tôt que prévu. C'est le vice-premier ministre Alexander De Croo (Open VLD). Il va écourter sa visite en Afrique du Sud pour rentrer à Bruxelles en urgence. 

La politique belge est toujours marquée par une touche de surréalisme. Voici le décor: nous sommes à Soweto, un gigantesque bidonville situé à côté de Johannesbourg en Afrique du Sud. Le vice-premier ministre libéral De Croo (Open VLD), confident du Premier ministre Charles Michel (MR), assure ses fonctions de ministre de la Coopération et du Développement. Il se rend donc dans un "safe park", une sorte de zone créée par l'UNICEF où des enfants séropositifs peuvent venir se reposer, manger, jouer et étudier.

Malgré des situations difficiles, l'optimisme et la joie demeurent. Mbali, une jeune fille de 13 ans, présente un poème qu'elle a écrit elle-même sur le sentiment d'être séropositive. Une autre adolescente chante cette chanson: "Je suis séropositive et tout va bien", reprise par tous les jeunes présents dans un grand conteneur qui servait de salle de débat. Alexander De Croo n'est pas en costume et en cravate mais porte un t-shirt de l'UNICEF. Il porte un bébé sur les genoux. Selfie obligatoire.

De Croo sur scène avec Ed et Queen B

Un peu plus tard, il est temps de danser avec des enfants en bas âge. Le vice-premier ministre sourit et semble apprécier la fête: il est parfait pour le rôle. Il est tellement à l'aise qu'il pourrait monter sur scène avec Ed Sheeran et Beyoncé qui se produiront dimanche dans le cadre du Global Citizen Festival à Johannesbourg pour rendre hommage à Nelson Mandela.

Mais les apparences peuvent être trompeuses. Le gouvernement, dont De Croo est l'un des architectes et piliers, est au plus mal comme jamais auparavant. Du coup, Alexander De Croo a décidé de quitter prématurément l'Afrique du Sud pour rentrer à Bruxelles. Le reste de la délégation arrivera en Belgique dès lundi prochain.

Tensions au pays

En plus du Premier ministre Michel, un peu plus inquiet, De Croo s'est révélé être un challenger confiant face à la N-VA dans le cadre des négociations concernant le pacte migratoire. Alors que les nationalistes flamands, après les vétos autrichiens et hongrois sur ce pacte des Nations Unies, ont commencé à poser de plus en plus de questions sur le fameux Pacte de Marrakech, De Croo était en première ligne, au front. En tant que vice-premier à Terzake, il a défendu bec et ongles le traité et, au sein de la coalition, a de plus en plus entraîné le MR et le CD&V sur cette voie, au grand dam de la N-VA.

Au début, ils n'avaient pas l'intention de faire de ce traité une priorité. Mais poussé par De Croo, la N-VA a été forcé de réagir et serrer la vis. Les nationalistes ont fait plusieurs objections et on a vite compris qu'ils allaient faire très peu de concessions: pour eux, le texte ne vaut rien.

Le fait qu'une composante communautaire soit entrée dans le dossier n'aide pas non plus. En effet, le MR francophone, gravement accablé par l’image de "chien de garde de la N-VA", devient de plus en plus radical face à son partenaire de coalition.

De Wever reste silencieux (pour l'instant)

Pour l'heure, un seul homme reste silencieux: le président de la N-VA, Bart De Wever. Charles Michel reste lui énigmatique. Dans un discours présenté devant des entrepreneurs, il a déclaré "savoir ce qu'il allait faire par rapport à la signature du Pacte de Marrakech", mais il n'a pas pu s'avancer plus loin. Tant que De Wever et Michel ne se prononcent pas ouvertement, le gouvernement fédéral perdurera. Les personnes impliquées le savent aussi. De toute façon, rien ne devrait arriver avant le 10 décembre. C'est à cette date-là que Michel décidera ou non d'aller à Marrakech signer le pacte migratoire de l'ONU. Une option est d'envoyer simplement un diplomate et de signer en silence. Mais après tout le remous créé par ce traité, cette option semble de moins en moins plausible.

En attendant, les rumeurs vont bon train par rapport à la chute du gouvernement. Tous les scénarios sont envisageables, même le pire. Ce qui n'arrangerait aucun partenaire cela dit. Reste que le timing est un peu spécial. En mai prochain, ce sont en effet les élections européennes, fédérales et régionales. Mais les implications techniques d'une chute du gouvernement sont quand même étudiées par les différents partenaires de la majorité.

Typiquement belge

De plus, on a affaire ici à un phénomène typiquement belge: une Constitution qui permet de la créativité et qui donne un rôle au roi dans les crises politiques. Une possibilité est que le gouvernement tombe, mais que le Parlement fédéral ne soit pas dissolu. Les affaires courantes qui en résulteraient pourraient coïncider avec la date des élections. Ou alors un gouvernement minoritaire sans la N-VA d'ici là.

On n'en est pas encore là. L'équipe gouvernementale va d'abord tenter de résoudre la crise d'ici le 10 décembre. Et qui sait, peut-être que l'issue sera heureuse pour Charles Michel (MR). Sa proximité avec le vice-premier ministre Jan Jambon (N-VA) pourrait jouer dans la balance. Alexander De Croo compte bien aussi jouer les pompiers de service. Son ticket d'avion anticipé depuis Johannesburg sera finalement peut-être un bon investissement.

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