Crise au gouvernement: Michel et Macron soutiennent le pacte de migration de l'ONU mais la N-VA ne lâche rien

La crise du pacte des Nations Unies sur la migration atteint un point culminant. De passage à Bruxelles, le président français Emmanuel Macron a farouchement défendu le pacte, avec le Premier ministre Charles Michel (MR) à ses côtés. C'est particulièrement douloureux pour la N-VA, puisque le parti a rejeté le pacte à l'unanimité. Une déclaration interprétative pourrait résoudre le problème. Mais cela demande une coordination internationale.

À la N-VA, ils ont sans doute craché leur café d'étonnement en regardant la conférence de presse du Premier ministre Charles Michel (MR) aux côtés d'Emmanuel Macron. Après les déclarations, la question qui a été posée au président français concernait le conflit interne belge: que pensait-il des pays qui ne veulent pas signer le pacte des Nations Unies sur la migration? Au lieu de répondre à cette question de manière neutre et de rester silencieux, le président français s'est mêlé de la politique belge.

Macron a décrit le texte comme "non contraignant", et a ajouté qu'il est "une étape importante dans le cadre de la coopération internationale sur ce sujet avec lequel nous vivons aujourd’hui et avec lequel nous allons continuer de vivre". "C’est une bonne démarche de l’ONU", a poursuivi M. Macron, mettant également en garde "contre les nombreux mensonges qui circulent sur le texte."

De la sorte, le président français, qui est une figure avec un rayonnement important en Belgique francophone, a obligé le Premier ministre belge Michel à se placer dans une logique de contradiction avec la N-VA, son plus grand partenaire au gouvernement. Après cet épisode, il est difficile d’imaginer que Michel puisse encore renoncer à signer le Pacte sur la migration.

C'est un point sur lequel le Premier ministre lui-même s'est prononcé lors d'une intervention à la Chambre jeudi dernier. Il a déclaré qu'il fallait regarder le texte d'un point de vue légal et suivre l'évolution des autres pays européens. Il s'est ainsi référé à l’Autriche, l’Estonie et la Hongrie, qui ne signeront pas, et aux autres pays comme les Pays-Bas ou l'Allemagne, où de nombreux doutes viennent alimenter le débat sur la signature du pacte.

Le MR sors les crocs: "La N-VA est libre de quitter le gouvernement"

Côté MR, on adopte des positions plus radicales. David Clarinval, chef de groupe à la Chambre, a déclaré ce matin sur les ondes de Bel RTL: "Le gouvernement signera le Pacte de l’Onu sur les migrations. Quoiqu’en dise la N-VA. Si ça ne leur plaît pas, ils peuvent quitter le gouvernement et tirer les conséquences

Ces mots durs sont en totale contradiction avec ce qui a été dit lundi au bureau de parti de la N-VA. Aucun des dirigeants de la N-VA n'a voulu réagir après coup, afin de ne pas placer le Premier ministre dans une situation plus compliqué. Silence radio, autant du coté de Bart De Wever (N-VA) que de Theo Francken (N-VA).

Mais à la N-VA, réunie en bureau de parti lundi, la position est claire: personne ne veut de ce pacte. Les juristes, Geert Bourgeois (N-VA) en tête, ont averti des dangers juridiques qu'une possible utilisation abusive du texte pourrait susciter. L'aile dure du parti ne souhaite pas que Francken perde des plumes et soit obligé de se rendre à Marrakech pour signer le pacte. Et l'aile modérée est du même avis: ce texte ne peut être accepté en l'état.

Flashback sur les Rafale

La N-VA a certainement eu un flashback sur le dossier du successeur du F-16 lors de l'intervention de Macron. Le président français avait alors tenté de refourger son Rafale à la Belgique, jusqu'à ce que la N-VA y mette son veto.

Le fait que Macron et son mouvement "En Marche" ait rejoint la famille libérale européenne ALDE rend la situation encore plus complexe aujourd'hui: Michel et les libéraux sont fermement attachés au président français. Le vice-Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) s'est également prononcé sur le pacte sur les migrations, affirmant qu'il ne fallait pas "se laisser guider par l’extrême-droite". Mais il est peu probable que les libéraux flamands souhaitent chauffer les électeurs flamands sur ces questions.

Le problème est que l'horloge tourne: les 10 et 11 décembre, le traité doit être solennellement scellé à Marrakech. Il reste néanmoins quelques possibilités pour éviter un affrontement car la Belgique n'est pas l'unique pays à être en prise à un débat houleux. Sur les trois continents en charge d'accueillir des migrants, deux pays, l'Amérique du Nord et l'Australie, ont déjà annoncé leur intention de ne pas signer le traité. Seul le Canada est favorable, mais le pays ne souffre pas de la migration illégale à cause de son emplacement.

Et il reste l'Europe de l'Ouest. Ici, on craint que le traité devienne un recours supplémentaire, un argument devant la cour. Parce que le traité, combiné avec, par exemple, la Convention européenne des droits de l'homme, peut être un argument pour que les juges activistes exigent des gouvernements qu'ils acceptent les réfugiés. Du moins, telle est la conviction de la N-VA, mais aussi de nombreux partis de droite en Europe, qui veulent savoir quelle position prendront bientôt De Wever et ses collègues.

Une possible solution pour éviter le blocage serait de produire une déclaration interprétative. Cette annexe permettrait à la N-VA d'intégrer ses différentes critiques au pacte. Mais la Belgique ne peut le faire seule, il faut que plusieurs pays se joignent au geste. Difficile de dire si cela sera encore possible dans quelques semaines. Cela ne pourrait être le cas que si la même discussion est déjà à l'oeuvre dans d'autres pays d'Europe occidentale. Le fait que Macron ferme déjà la porte laisse toutefois entendre que c'est l'inverse qui se produira.

Le gouvernement dispose maintenant d'une vingtaine de jours pour résoudre ce problème. Sinon, l'effondrement de la coalition est quasi inévitable.

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