Un accord technique n'est pas un deal politique: la possibilité d'un hard Brexit n'a pas disparu

Les négociateurs de l'UE et du Royaume-Uni ont conclu un accord sur le Brexit après de longs mois d'incertitude. Mais tout n'est pas résolu pour autant. Il s'agit avant tout d'un accord technique. Theresa May devra jouer des coudes pour faire accepter cet accord par son gouvernement. Ce sera ensuite au tour du Parlement britannique de se prononcer. La perspective d'un Brexit dur n'est donc pas encore exclu.

Difficile de savoir ce qu'il ressort de l'accord trouvé entre les négociateurs de l'UE et du Royaume-Uni au sujet du Brexit. La Première ministre, Theresa May, doit de toute façon le faire approuver par son gouvernement. Les discussions doivent avoir lieu ce mercredi vers 14 heures.

Rien ne sera simple: certains ministres ne sont pas vraiment enthousiastes sur cet accord technique. Si May ne parvient pas à les convaincre, ce sera la crise assurée et la perspective d'un hard Brexit sera hautement probable.

Deuxième point de blocage: le Parlement britannique. Il sera amené à se prononcer plus tard. Là aussi, la majorité autour d'un accord pourrait être difficile à trouver. May aura besoin du soutien de son partenaire dans la coalition. Or le DUP d'Irlande du Nord a toujours été très critique jusqu'à présent. De plus, la Première ministre devra compter sur certaines voix du parti travailliste car plusieurs membres de son parti conservateur n'appuient pas l'accord. On peut donc dire que la possibilité de vivre un Brexit dur n'est pas vraiment écartée. Tout se décidera dans les semaines à venir.

La grande interrogation tourne toujours autour de la question de la frontière entre l'Irlande (qui reste dans l'Union) et l'Irlande du Nord (qui fait partie du Royaume-Uni). Personne ne veut revivre le spectre d'une frontière physique entre les deux pays. La libre circulation des biens et des personnes reste donc une question centrale entre les deux pays.

Pas clair

L'accord annoncé mardi soir est un accord technique. Il est donc sujet à de nombreuses interprétations et pourrait encore évoluer. Mardi soir, le porte-parole irlandais à Bruxelles ne voulait d'ailleurs pas parler d'accord. Tout comme la Commission européenne qui ne veut pas mettre une pression supplémentaire à Theresa May. La Commission ne veut froisser personne du côté britannique et laisse donc la porte ouverte.

Il ne reste que quatre mois avant la sortie effective du Royaume-Uni de l'UE. Theresa May devra convaincre ses ministres les plus récalcitrants comme Dominic Raab, Sajid Javid, Jeremy Hunt et Michael Gove, respectivement ministres du Brexit, des Affaires intérieures, des Affaires étrangères et de l'Environnement. Si l'un d'eux émet de sérieuses réserves, cela peut faire voler en éclat le gouvernement de Theresa May. À ce moment-là, un hard Brexit sera plus proche que jamais.

"Mutinerie"

D'autres ministres, tels que le ministre du Commerce, Liam Fox, et le président du parti, Andrea Leadsom, sont eux sur le point de faire un pas de côté. Ils comptent suivre la ligne de Boris Johnson, l'ex-ministre des Affaires étrangères de Theresa May, qui appelle à une "mutinerie totale". Celui qui est aussi l'ancien maire de Londres parle d'un "Etat vassal" pour qualifier son pays si cet accord venait à être approuvé. Son petit frère, Jo Johnson, a d'ailleurs pris tout le monde de court en déposant sa démission il y a quelques jours.

Si May parvient à éviter ces contrecoups, il restera l'indispensable étape du Parlement. C'est là que se jouera le vrai combat autour de cet accord. Pour le moment, il n'existe pas de majorité qui puisse soutenir l'accord. Seule la perspective d'un Brexit dur et ses incertitudes pourraient faire pencher la balance au-delà des antagonismes politiques. La perspective de nouvelles élections n'enchante personne non plus.

Si l'accord est approuvé par le gouvernement May, les chefs de gouvernement sont amenés à se revoir lors d'un sommet européen spécial qui pourrait se tenir fin novembre. L'idéal serait ensuite d'avoir l'accord du Parlement britannique juste avant Noël.

Tout reste à faire donc.

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