Bolsonaro promet de protéger la démocratie: "Celui qui n'a pas voté pour moi ne sera pas poursuivi" 

Le nouveau président brésilien Jair Bolsonaro a promis de ne pas persécuter l'opposition. Il a également déclaré qu'il voulait faire passer la majorité pénale à 14 ans et que la dictature n'avait jamais existé au Brésil. Cinq jours plus tôt, 17 universités ont reçu la visite de la police. Elles étaient accusées de faire de la propagande politique en faveur de son adversaire.

Avec un nouveau président décrit comme homophobe, sexiste et d'extrême-droite, la question méritait d'être posée: le Brésil risque-t-il de retomber dans la dictature, comme ce fut le cas de 1964 à 1985? Jair Bolsonaro, élu à la tête de la première puissance d'Amérique latine avec 55,7% des suffrages dimanche soir, a donné plusieurs réponses lundi soir qui, pour lui, prouvent que la démocratie brésilienne n'est pas en danger.

Tout d'abord, il estime qu'il y aura toujours de la place dans le pays pour les voix critiques. "Celui qui n'a pas voté pour moi n'a rien à craindre car il ne sera pas persécuté et il aura de la place au sein de notre gouvernement", a-t-il déclaré lundi soir à la télévision brésilienne SBT. "L’opposition est la bienvenue, elle peut, à condition d'être responsable, vous empêcher de commettre une faute."

Perquisitions dans les universités

Cinq jours plus tôt, 17 universités brésiliennes ont été la cible de perquisitions, révèle le journal O Globo. La police est entrée dans les salles de classe, a interrogé les professeurs et a interdit la tenue d'assemblées antifascistes. Les autorités ont saisi du matériel pédagogique sous prétexte que celui-ci servait d'outil de propagande en faveur de Fernando Haddad, l'adversaire de Bolsonaro.

Selon le quotidien Folha de Sao Paulo, ces affiches et ces tracts n'avaient rien de partisan. C'étaient de simples manifestes pour la démocratie. Les meetings étaient organisés "contre le fascisme" et pour la préservation des universités publiques. Le média américain Vox avance que ces perquisitions ont été menées suite à des plaintes déposées par les supporters du nouveau président brésilien.

Lundi, Bolsonaro n'a pas mentionné cet épisode. Mais deux jours avant, à la veille des élections, le candidat lâchait en live-streaming sur Facebook: "L'université n'est pas l'endroit pour faire ça. Si vous souhaitez agir de la sorte, les deux camps doivent avoir la possibilité de le faire."

Déni de dictature

Il faut dire que Bolosonaro a une vision particulière de la répression gouvernementale. Lundi soir, le président a estimé que le Brésil n'avait jamais connu d'épisode totalitaire et que la dictature était une invention mise en place par la propagande gauchiste. La population commence à comprendre "qu'il n'y a pas eu de dictature" durant ces années-là, a-t-il insisté lors d'une interview accordée à TV Record. "La période militaire n'était pas une dictature."

Entre 1964 et 1985, le pays a connu des restrictions au droit de vote ainsi que des restrictions à la liberté de la presse. De nombreux opposants se sont vus suspendre leurs droits politiques. Nombre d'entre eux étaient envoyés en prison après avoir été interrogés violemment, souvent sous la torture. Ce fut notamment le cas de l'ancienne présidente Dilma Rousseff, qui a raconté avoir été torturée dans les années 70.

Ces problèmes, pour le nouvel élu, ne justifient pas l'étiquette de dictature. C'est un point qu'il a soutenu à plusieurs reprises par le passé, comme l'atteste son tweet de 2016 ci-contre. "Il n'y a jamais eu de dictature au Brésil! C'est un mensonge que l'on vous a transmis, les jeunes! Vous comprenez?"

Majorité pénale à 14 ans

Le chef d'État de 64 ans est également revenu sur sa promesse de campagne d'intensifier la répression policière. Il a réitéré son intention d'apporter une réponse forte aux problèmes de violence qui secouent ce pays abritant 147 millions d'habitants. Il a ajouté qu'il souhaiterait faire descendre la majorité pénale de 18 à 14 ans. Une question qui est débattue au Parlement brésilien depuis quelques années, malgré les critiques des défenseurs des droits de l'homme.

"Si ce n'est pas possible de descendre à 16, que l'on passe à 17 [ans]", a-t-il confié lundi au micro du Jornal da Band. "Pour moi, il faudrait la fixer à 14 mais ce serait difficile de le faire approuver. Vous pouvez être certains que si l'on réduit la majorité pénale, la violence au Brésil diminuera."

Liberté de la presse

Une semaine avant le vote final, le "Trump des Tropiques" tapait encore sur la presse, en particulier sur le quotidien Folha de Sao Paulo. "Sans mensonges, sans fausses nouvelles, sans Folha de São Paulo, nous allons gagner cette guerre", tonnait le candidat d'extrême-droite lors d'un discours adressé à ses fans. "Nous voulons que la presse soit libre, mais responsable. Folha de São Paulo est la plus grande fake news du Brésil."

Interrogé lundi soir par le Jornal Nacional (O Globo) sur cette attaque frontale au journal pauliste, le chef d'État a répondu qu'il ne souhaitait pas l'attaquer, "juste ne pas lui apporter son soutien". Le Folha avait révélé que des entreprises pro-Bolsonaro avaient payé de lourdes sommes pour envoyer en masse des messages anti-Haddad sur WhatsApp. On parle de 12 millions de réais (2,84 millions d'euros). Bolsonaro a saisi le tribunal suprême (TSE) pour dénoncer ces propos ayant pour but, selon ses avocats, "d'instaurer le chaos dans le processus électoral".

"Je ne souhaite pas que [Folha de São Paulo] disparaisse", a conclu Jair Bolsonaro à la télévision brésilienne. "Mais pour ce qui dépend de moi, (...) un média qui se comporte de cette façon, en mentant de façon flagrante, n'aura pas l'appui du gouvernement fédéral". Ce qui dénote toutefois d'une vision très particulière de la démocratie.

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