Trump retire les États-Unis d'un important traité sur les armes nucléaires, et voici ce que ça implique

Après l'Accord de Paris sur le climat et l'Accord sur le nucléaire iranien, c'est un autre traité international important que Donald Trump a décidé de saper. Le président américain a annoncé ce samedi soir que les États-Unis se retireront d'un traité sur les armes nucléaires conclu avec la Russie pendant la Guerre froide. Malgré les mises en garde des experts sur les conséquences sur la stabilité mondiale.

Donald Trump a pris une nouvelle décision en totale contradiction avec les politiques menées par ses prédécesseurs à la Maison-Blanche ces dernières décennies. Le président américain a confirmé ce samedi que les États-Unis se retireront d'un traité sur les armes nucléaires conclu avec la Russie pendant la Guerre froide.

"La Russie a violé l'accord. Elle le viole depuis des années et je ne sais pas pourquoi le président Obama n'a pas renégocié l'accord ou s'en est retiré", a-t-il martelé devant les journalistes, lors d'un déplacement à Elko, dans le Nevada, ce samedi. "Nous ne les laisserons pas violer un accord nucléaire et développer des armes alors que nous ne sommes pas autorisés à le faire. Nous sommes restés dans l'accord et l'avons honoré, mais la Russie n'a malheureusement pas honoré l'accord, donc nous allons mettre fin à l'accord et nous allons nous en retirer", a-t-il ajouté. Et pour ne rien arranger, Trump a précisé que les États-Unis "devront développer ces armes" eux-mêmes, lui qui n'a d'ailleurs jamais caché sa volonté que les States soient les plus puissants en termes d'arsenal nucléaire.

Un traité conclu pendant la Guerre froide qui a permis de calmer le jeu

L'administration Trump se plaint en fait de la mise en place par Moscou d'un nouveau système de missiles de croisière 9M729, en infraction totale avec le traité sur les armes nucléaires. Washington accuse Moscou de l'avoir déployé l'année dernière, tandis que Moscou soutient qu'il est toujours en phase de développement. Selon le Guardian, c'est John Bolton, dernier conseiller à la sécurité nationale en date de l'administration Trump et fervent opposant aux traités de contrôle des armements, qui a surtout fait pression sur le président pour se retirer du traité.

Le traité en question, l'Intermediate Nuclear Forces Treaty (INF), ou Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, avait été signé en 1987 par le président américain de l'époque Ronald Reagan et le secrétaire du Parti communiste Mikhaïl Gorbatchev. Il visait le démantèlement des missiles de croisière et des missiles balistiques américains et soviétiques lancés depuis le sol et dont la portée était comprise entre 500 et 5.500 kilomètres. Au total, l'accord a permis d'éliminer quelque 2.692 missiles, 846 américains et 1.846 soviétiques. En pleine Guerre froide, le but était donc clairement de calmer le jeu entre les deux puissances et d'éviter une confrontation nucléaire qui aurait lieu à mi-chemin, en Europe.

"Le rêve d'un monde unipolaire"

Trump a pris cette décision de retrait, alors même que les experts mettent en garde contre les risques de provoquer "la plus grave crise dans le contrôle des armes nucléaires depuis les années 1980". Car ce traité a empêché, pendant 30 ans, l'entrée de missiles sur le Vieux Continent et freiné de ce fait la course aux armements nucléaires.

"Si le traité INF s'effondre et que le traité New START de réduction des armes stratégiques expire en 2021 [ndlr: traité signé entre Barack Obama et Dmitri Medvedev en 2010 qui limite le nombre de lanceurs nucléaires stratégiques déployés ainsi que le nombre de têtes nucléaires sur ces lanceurs par les États-Unis et la Russie et que l'administration Trump rechigne déjà à prolonger], le monde pourrait se retrouver sans limite face aux arsenaux des États nucléaires pour la première fois depuis 1972", avertit ainsi au Guardian Malcolm Chalmers, député directeur général du Royal United Services Institute (think tank spécialisé dans la défense et la sécurité internationales).

"Un deuxième coup dur" pour la stabilité du monde

Du côté de la Russie, on s'alarme également. "Le motif principal [de cette décision de retrait] est le rêve d’un monde unipolaire. Cela va-t-il se réaliser? Non", a réagi une source du ministère russe des Affaires étrangères à l'agence de presse officielle Ria Novosti. "Cette décision s'inscrit dans le cadre de la politique américaine qui vise à se retirer des accords internationaux qui lui attribuent des responsabilités égales à ses partenaires et rendent donc vulnérable son propre concept d''exceptionnalisme'", ajoute-t-elle, tout en accusant les Américains d'avoir sapé "étape par étape et délibérément" cet accord au fil des ans.

Le sénateur russe Alexeï Pouchkov a, lui, réagi sur Twitter, disant que cette décision constituait "le deuxième coup dur contre le système mondial de stabilité stratégique". Le premier étant le retrait en 2001 de Washington du Traité ABM sur les missiles anti-balistiques. "Ce serait un pas très dangereux qui, j’en suis sûr, ne sera pas compris par la communauté internationale et va même s’attirer de sérieuses condamnations", a de son côté averti le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, à l’agence d’État russe TASS.

Selon les termes du traité, les États-Unis devront toutefois patienter six mois pour que leur retrait soit effectif.

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