Élections communales: mais à quoi joue Elio Di Rupo?

analyseElio Di Rupo est-il en train d'enfumer tout le monde à Mons? On peut se poser la question. Celui qui semblait vouloir faire un pas de côté a laissé entendre qu'il serait bourgmestre, s'il bénéficiait du plus de voix préférence. Une façon d'entretenir le suspense. Ce qui pourrait s'avérer contre-productif.

Bourgmestre ou pas finalement? Il y a quelques semaines, le message d'Elio Di Rupo semblait clair: faire un pas de côté après 18 ans de bons et loyaux services à la ville de Mons. En se plaçant en bout de liste, Elio Di Rupo laissait la lumière à Nicolas Martin, désigné comme tête de liste par les militants.

Mais depuis, alors que son grand concurrent aux législatives - Charles Michel (MR) - a mis de côté ses ambitions pour la ville de Wavre, le discours de Di Rupo est au mieux incertain, au pire de l'enfumage. À quoi joue-t-il?

Ce matin sur les antennes de Sud-Radio, le président du parti socialiste a déclaré ceci: "Au soir des élections, nous respecterons le choix des électeurs. En respect du code de la démocratie locale, c'est la personnalité qui fera le plus de voix qui devient naturellement bourgmestre. Je respecte la loi."

En prenant l'hypothèse d'un PS qui restera dominant, même s'il perdra sans doute quelques plumes, cela veut-il dire qu'Elio Di Rupo deviendra bourgmestre? Car oui, même s'il est en fond de liste, l'homme de 67 ans reste populaire. Aux dernières élections communales, il a obtenu 14.378 voix de préférence contre 6.024 pour Nicolas Martin. Il faut aussi savoir que l'effet dévolutif de la case de tête n'est plus d'actualité en Wallonie. Ce qui signifie que les voix ne sont plus redistribuées en fonction des places dans la liste. Tout le monde est plus ou moins sur le même pied d'égalité.

Ambitions aux législatives

L'ex-Premier ministre enchaîne sur les ondes de la radio locale: "Je ne suis pas en train de dire que je concours pour avoir plus de voix, mais s'il devait s'avérer que je fais plus de voix, oui j'assume et ça ne se discute pas: j'assumerai la fonction."

Un bourgmestre est élu au sein de la liste qui obtient le plus de voix, parmi les listes qui forment la majorité au conseil communal. En Wallonie, la coutume veut que celui qui bénéficie du plus de voix de préférence parmi cette liste soit nommé bourgmestre. La loi prescrit aussi d'élire bourgmestre, l'homme ou la femme la plus populaire.

Mais il y a un mais, et Elio Di Rupo le sait très bien: tout candidat peut décider de faire un pas de côté. Pour laisser un autre membre de la liste prendre sa place. De plus, les ambitions du bourgmestre de Mons sont ailleurs. Il suffisait d'observer ses critiques contre le gouvernement fédéral il y a quelques jours à la Chambre. En lieu et place d'Ahmed Laaouej, chef de groupe du PS à la Chambre, c'est le chef des socialistes en personne qui a mené la charge contre la déclaration de politique générale de Charles Michel.

L'ambition d'Elio Di Rupo, ce sont les législatives. Or, s'il devient bourgmestre, Di Rupo ne pourra pas devenir député ou ministre. La règle sur le décumul veut que les communes de plus de 50.000 habitants ont à leur tête un bourgmestre à plein temps.

Contre-productif?

Pourquoi ne pas envoyer un message clair, comme l'a fait Charles Michel justement? Par calcul électoral sans doute. Le PS montois veut, par ce faux suspense, entretenir une rivalité entre Elio Di Rupo et son dauphin, afin d'éclipser les autres partis. Montrer que la démocratie reste vivace, même au sein d'un seul parti. De plus, Di Rupo doit rester dans le game, il ne peut pas se mettre en mode pause jusqu'en mai prochain, en obtenant un très faible score électoral ce dimanche.

S'agit-il pour autant d'un bon calcul? Le risque est limité. Mons reste une terre rouge. Mais le signal peut apparaître tout sauf évident pour l'électeur, qui pourrait y voir une énième manœuvre politique. Or, l'électeur ne veut plus de cette politique-là. La transparence et la clarté sont de bien meilleures conseillères.

Tout pourrait finalement se retourner contre lui. À la Chambre, nous avons entendu un discours à l'ancienne, peu dynamique, voire carrément lent. Il n'est pas du tout certain qu'Elio Di Rupo réussisse son pari aux législatives. Cette sensation qu'il n'est tout simplement plus dans le coup et qu'il pourrait tout perdre. Entraînant avec lui son parti.

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