Vote blanc, nul, sanction, case de tête: petit guide pratique pour tes premières élections

Si tu dois te rendre pour la première fois aux urnes, il y a une ou deux choses que tu dois savoir. Les élections communales, c'est déjà ce dimanche. Ça vaut aussi comme piqûre de rappel pour les autres. 

Commençons par le plus important. Les élections communales auront lieu ce dimanche 14 octobre. Si tu as 18 ans ou plus, tu as sans doute reçu une convocation dans ta boîte aux lettres. Tu es amené à te prononcer sur le choix de ton prochain bourgmestre ainsi que ton conseil communal et provincial.

Dans l'isoloir, deux bulletins et un crayon rouge. Un pour les élections communales et un autre pour les élections provinciales. Tu dois choisir une seule liste ou un ou plusieurs candidats de cette même liste (même si une voix reste une voix). Si les noms des candidats ne te disent rien, tu peux choisir de voter pour la case de tête. Voilà déjà l'heure des explications.

Case de tête

Chaque liste se voit chapeauter par une case de tête. Première complication, l'effet de cette case de tête n'est pas le même si tu votes en Wallonie, en Flandre ou à Bruxelles. Mais de manière générale, quand on vote en case de tête, c'est qu'on accorde sa confiance à la liste et à son ordre.

Ce choix intervient dans la répartition des sièges entre les candidats de cette même liste. C'est ce qu'on nomme l'effet dévolutif de la case de tête. Il s'agit d'un panier commun de voix qui sont ensuite redistribuées aux candidats dans l'ordre de la liste. Aux voix de préférences (quand tu choisis directement un nom dans la liste), s'ajoutent les voix du pot commun, pour combler l'écart d'un candidat pour être élu. D'abord le premier, puis le second et ainsi de suite.

Comme on te le disait, l'effet dévolutif n'est pas partout le même en Belgique. En Wallonie, il a même été supprimé. Avec une incidence claire: les stars de la politique sont privilégiées. Un votant s'exprimera plus facilement en faveur d'une personne qu'il connait. Cela a deux conséquences majeures: les nouveaux arrivants connaissent plus de difficultés et les femmes continuent à être sous-représentées. Car les électeurs votent moins pour les femmes de manière générale. Reste que l'ordre de la liste conserve une importance. L'électeur et le lecteur prêtant plus d'attention à ce qui se passe au début d'une liste. Et en votant la case de tête, on pose notre accord tacite à l'ordre de la liste. Logiquement, le premier candidat enfilera l'écharpe mayorale. Même si rien n'oblige les partis à procéder ainsi.

À Bruxelles, le poids de l'effet dévolutif a été diminué de moitié. Si par exemple, on compte dix mille voix en case de tête, seules cinq mille seront redistribuées dans la liste. Et la parité devra être respectée sur les listes. En Flandre, le ratio est encore moins important, sur dix mille voix, on en redistribuera 3.333.

Vote nul, vote blanc... vote perdu?

Certaines personnes ne savent pas pour qui voter. D'autres ne se retrouvent pas dans l'offre de partis proposés. Ils choisissent donc de voter blanc ou nul, ou de ne pas voter (nous y reviendrons). Quand tu votes blanc, cela signifie que tu n'as rien écrit sur ton bulletin de vote. Quand tu votes nul, c'est parce que tu as chiffonné ton bulletin, tu as écrit une petite blague dessus ou souvent une insulte. À moins que tu aies voulu montrer tes talents graphiques?

"Mais si je vote nul ou blanc, mon vote ira à la majorité?", c'est une question qui revient régulièrement. Mais c'est une idée fausse. Les votes nuls et blancs ne sont pas pris en compte. Le comptage des sièges se fera en fonction du nombre de votes licites.

Ce qui est vrai par contre, c'est que tu renforces de facto ces votes valables: une plus petite part de la population aura davantage de poids. C'est là que ça se complique: mécaniquement, ta voix pourrait aller vers les gros partis. Mais cela présuppose plusieurs choses: d'abord qu'une élection est influencée par l'élection précédente, que le vote blanc et nul est considéré comme un vote protestataire, qui ne bénéficiera pas au gros parti.

Mais cette évidence néglige deux choses: d'abord le fait que certains n'ont pas su aller voter (réveil tardif, accident, "fuck the world"), ensuite que la Belgique est une particratie et que l'élection se fait à la proportionnelle. Il faut comprendre par là que les partis sont libres de s'associer avec qui ils veulent pour former une majorité et qu'ils placent les personnes qu'ils veulent (un élu peut s'effacer pour un autre), même s'ils devront nécessairement suivre le pouls de la population.

Pas valable

© levotepourtous.be

Sanctions?

Nul n'est censé ignorer la loi. Le vote est obligatoire en Belgique. C'est d'ailleurs le seul pays européen avec le Luxembourg à appliquer des sanctions en cas de non-respect de ce principe. Au niveau mondial, seuls 22 pays rendent le vote obligatoire, ce qui fait de la Belgique une exception.

Toute absence injustifiée se solde par une amende de 30 à 80 euros. Si cette absence se répète, les montants peuvent aller jusqu'à 200 euros. La peine maximale est d'être rayé des registres électoraux pour une période de dix. Et cela posera un gros problème si tu fais partie d'une administration publique.

Pour les assesseurs, la sanction est encore plus lourde: tu devras payer directement jusqu'à 250 euros en cas de première absence injustifiée. Et ces personnes feront l'objet de poursuites devant le tribunal pénal.

Voilà pour la théorie. Dans les faits, tout dépend de ta commune. Certaines sanctionnent, d'autres pas. La tendance est à un laisser-aller ces dernières années. Car la justice a d'autres priorités. Ce qu'on peut comprendre.

Reste que si tu ne sais toujours pas pour qui voter, on te conseille deux outils pour t'aider, ils ont été conçus par des citoyens: il y a la plateforme MYOC qui t'énumère les programmes de chaque élu et de leur parti. On pense à WeCitizens qui te propose un GPS électoral. Tu entres son code postal et tu trouves le candidat qui correspond à tes convictions politiques.

Élections provinciales, baromètre des législatives?

Maintenant que tu as tout compris, on entre dans une partie un peu plus technique. Le scrutin provincial a été couplé aux élections communales en 1994. Beaucoup de personnes n'y prêtent pas beaucoup d'intérêt. D'ailleurs, nos élus sont de plus en plus nombreux à vouloir supprimer ce niveau de pouvoir (sauf ceux qui y sont bien sûr).

Mais pourquoi dit-on parfois que les élections provinciales sont une répétition générale des élections législatives (fédérales, régionales et communautaires). Eh bien justement, car les électeurs ne connaissent personne ou presque. Du coup, plutôt que de voter pour une personnalité, l'électeur votera pour ses affinités pour tel ou tel parti. Du coup, il s'agit d'un sondage idéal à quelques mois des élections de mai 2019 selon chaque circonscription électorale.

Enfin, dernier point en faveur de cette thèse, on ne vote pas aux provinciales à Bruxelles. Ce qui contribue à freiner l'attention médiatique et en fin de compte l'intérêt des gens. Le fait que les deux élections soient si proches est rare, ce qui renforce l'intérêt de cette photographie dans le temps, pour ce mois d'octobre.

Voilà, on espère que tout est plus clair pour toi. Mais n'oublie pas qu'en Belgique, comme pour ce proverbe: "La majorité a toujours raison, mais la raison a bien rarement la majorité aux élections". Ah oui, n'oublie pas de prendre ta convocation et ta carte d'identité avec toi, ça peut toujours servir!

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