À chaque chantier sa piste cyclable: Ecolo veut faciliter l'accès aux vélos sur les routes wallonnes

En cette semaine de la mobilité, le GRACQ lance plusieurs pistes pour relancer le Plan Wallonie cyclable. Car les Wallons n'utilisent pas assez le vélo. Des problèmes de sécurité et d'infrastructures sont notamment évoqués. Ecolo, pour sa part, veut systématiser l'aménagement de pistes cyclables pour chaque nouveau chantier wallon. 

2010. La Wallonie lance son Plan cyclable. Réévalué tous les deux ans, il devait "améliorer fortement les conditions de la pratique du vélo et d’augmenter significativement son utilisation en Wallonie d’ici 2020". Des progrès ont été observés, notamment au niveau des 10 communes pilotes qui ont bénéficié d'une enveloppe de 20 millions d'euros. On peut citer Namur qui a multiplié ses cyclistes par cinq ou encore Liège.

Des chiffres inquiétants

"Le souci maintenant, c'est que l'enveloppe destinée aux communes est trop dispersée." Par tranche de 100.000 euros, peu importe la taille de la commune, nous explique Luc Goffinet, porte-parole du GRACQ pour la Wallonie, le Groupe de Recherche et d’Action des Cyclistes Quotidiens.

À l'échelle de la Région, les chiffres restent mauvais. La Wallonie investit pour le vélo 5€ par habitant contre 10€ à Bruxelles, 18€ en Flandre et 24€ aux Pays-Bas, toujours selon les chiffres du GRACQ. Seuls 1,5% des Wallons se rendent à vélo au travail et selon VIAS, dans son Enquête Nationale d’Insécurité Routière, seuls 25% des Wallons ont roulé au moins une fois à vélo durant l'année 2017. Insuffisant.

Si des problèmes de sécurité sont évoqués ainsi qu'un nécessaire changement des mentalités, c'est avant tout une question d'infrastructures. Or l'Observatoire remarque qu'entre 30 à 50% des nouveaux chantiers menés par le SPW n'intègrent pas de piste cyclable, du tout ou en partie.

Imposer le vélo par décret

"Cela coûte pourtant beaucoup plus cher de les intégrer par après", constate Matthieu Daele (Ecolo), député wallon. C'est pourquoi avec son parti, il entend déposer une proposition de décret qui entend systématiser les accès aux vélos sur chaque nouvelle route: "A chaque fois qu'on refait une route, des aménagements pour les vélos doivent être prévus." La prise en compte des vélos sur nos voiries n'est toujours pas une obligation en Wallonie, c'est ce que les Verts veulent changer.

Mais n'est-il pas compliqué dans les faits de systématiser la piste cyclable? Chaque voirie est différente, ce qui rend difficile une généralisation de la pratique. "Dans le cas où il existe une alternative de qualité équivalente ou plus efficace, on peut la prendre en compte. On ne va dépenser de l'argent pour des aménagements cyclables qui n'auraient pas de raison d'être."

On parle bien sûr ici des routes wallonnes qui dépendent directement de la Région. Celles qui relient les communes ou qui mènent jusqu'aux gares. Les voies qui traversent des ponts, qui dépendent eux aussi de la Région, sont également visées. La priorité doit être mise sur les passages obligés, de préférence plats, même si les voiries communales sont tout aussi importantes.

À ce niveau d'ailleurs, comment est-ce que la Région peut influer sur les décisions des communes? Restent-elles maîtres de leurs voiries? "La Région subsidie les communes sur un très grand nombre de chantiers. Le pouvoir de la Région, ce sont ces subsides. On pourrait contraindre les communes le cas échéant." Dans les faits, très peu de communes se montrent motivées par le vélo, de l'ordre de 10%. C'est aussi là que le changement doit s'opérer.

Insécurité

De leur côté, le GRACQ et l'Inter-Environnement Wallonie (IEW) proposent une série de pistes pour favoriser le vélo dans notre Région. Et pas uniquement pour le loisir, même si cela a bien sûr des effets bénéfiques pour la santé: "Le Ravel c'est très bien, mais il est souvent situé dans les zones de campagne, loin des centres d'activité. On parle ici de la pratique quotidienne du vélo, notamment pour se rendre au travail", précise Luc Goffinet du GRACQ.

"Ce que nous voulons, c'est un plan ambitieux, moins dilué, et concerté avec la Région". Cela passe également par la sécurité des usagers. Encore ce matin, Vias a identifié les causes principales liées aux accidents de vélo. Et ce sont les autres usagers de la route qui sont pointés du doigt. Particulièrement les véhicules, même si les manœuvres des cyclistes sont aussi évoquées. L'année dernière, rien qu'à Bruxelles, 800 accidents de vélo ont été recensés.

C'est pourquoi le GRACQ et l'IEW, tout comme Ecolo, veulent pousser vers une réduction ciblée de la vitesse des voitures. "En milieu urbanisé, il faudrait imposer la limitation à 30 km/h dans les quartiers résidentiels. Vous savez, on pense toujours qu'aux Pays-Bas il y a des pistes cyclables partout, mais ce n'est pas le cas. Quand on rentre dans un quartier, c'est en zone 30, le trafic s'en trouve beaucoup plus apaisé, à la fois en nombre et en vitesse. Et c'est ça qui permet la mixité au sein des quartiers", explique Luc Goffinet.

Le porte-parole se rend compte de l'impopularité d'une telle mesure. Si chacun est prêt à mettre des zones 30 devant son habitation, combien sont-ils à les respecter ailleurs? Le GRACQ veut également étendre la réduction de vitesse au milieu suburbain ou rural. Passer par exemple de 90 à 70 km/h sur les routes qui présentent un potentiel cyclable, ainsi que sur chaque entrée en agglomération, "une sorte de zone tampon".

Mentalité

Le GRACQ et l'IEW proposent dans ce rapport un ensemble de mesures concrètes qui doivent faciliter la cohabitation entre vélo et véhicules à moteur. Mais rien ne sera possible sans volonté politique et sans changement des mentalités. "Les déclarations doivent se mettre en place sur le terrain", insiste Luc Goffinet. Matthieu Daele y voit aussi un problème sous cette législature: "Dans la Déclaration de politique général du MR-cdH, ce qui est un peu la bible du gouvernement, la notion du vélo y est inexistante." Au-delà, au bout de 8 ans d'existence du Plan Wallonie cyclable, c'est un constat d'échec".

Quant au changement de mentalité, il se fera, on l'a vu, par davantage de sécurité. Mais aussi au niveau de l'administration. Luc Goffinet pense que la volonté du ministre (Carlo Di Antonio - cdH) n'est pas toujours respectée: "Des anciens fonctionnaires ou des ingénieurs des routes fonctionnent encore avec l'ancienne mentalité. On voit cependant l'arriver des jeunes qui sont en train de changer la donne".

Usagers, politiques, directeurs de chantiers, chacun est amené à évoluer. Sur le long terme, tout le monde devrait en profiter. Plus de vélo, c'est aussi moins de voitures et une meilleure qualité de l'air. Comme on a récemment pu l'observer lors du dimanche sans voiture à Bruxelles.

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