Voici pourquoi Theo Francken (N-VA) est plus que jamais sur la défensive

Le populaire secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration est dans le dur. Jamais auparavant il n'avait essuyé autant de critiques sur sa politique, en tout cas pas de manière aussi diversifiée. Le CD&V, qui est en guerre avec la N-VA, et l'Open VLD s'en sont donné à cœur joie. Le MR déplore à son tour "une communication frénétique" plutôt que des actes. Voici comment Theo Francken (N-VA) s'est retrouvé dans une telle situation.

Samedi dernier. Theo Francken se lâche sur la VRT et annonce son intention d'ouvrir un nouveau centre fermé, temporaire celui-ci. D'ici 2021, le nombre de places devrait doubler, avec de nouvelles infrastructures à Charleroi et à Anvers, mais le secrétaire d'État ne veut pas attendre. Il veut un nouveau centre fermé dès l'été prochain et dit vouloir en faire la demande au Conseil des ministres, vendredi prochain.

Dans le même temps, Theo Francken décide de libérer 60 sans-papiers en situation illégale du centre de Merksplas. Il doit faire de la place pour des migrants en transit vers l'Angleterre, ce qui constitue une priorité pour lui.

Le souci, c'est que parmi les personnes libérées, on retrouve plusieurs dizaines de condamnés pour trouble à l'ordre public. Or, le secrétaire d'État a toujours fait de l'expulsion de ces "criminels" en situation illégale une des priorités de sa politique. En les expulsant du centre fermé, il ne peut les expulser du territoire.

À Bruxelles, le bourgmestre Philippe Close (PS) y voit un acte délibéré. Il accuse le fédéral et en particulier le secrétaire d'État de vouloir attiser les tensions à Bruxelles et notamment au parc Maximilien. Car ces personnes sont susceptibles de se retrouver dans le parc quelques heures plus tard. Theo Francken aurait vite fait ensuite de dénoncer une situation intenable au parc Maximilien, alors que la police a récemment exprimé son ras-le-bol.

Une tension maximale au parc Maximilien

Sauf que les choses n'ont pas pris la bonne tournure pour le secrétaire d'État. Notamment à cause d'un fait divers. Lundi, lors d'un contrôle de routine aux alentours du parc Maximilien, un homme a agressé au couteau un policier. D'abord accusé d'être un migrant, le parquet a ensuite précisé qu'il s'agissait d'un sans-abri belge. La police voulait apparemment jeter les cartons sur lesquels il dormait. La situation a dérapé, et suite à une légère agression, un des policiers a ouvert le feu à trois reprises. Si une enquête doit encore déterminer si ces tirs étaient légitimes, ce fait divers prouve une nouvelle fois l'extrême tension qui peut régner au parc et dans ses alentours.

Le fait est que tant au parc Maximilien qu'au centre de la porte d'Ulysse, une population de sans-abri est venue se greffer aux migrants. Il en ressort davantage de tension, palpable jusque dans les structures d'aide. Il nous revient que certains collaborateurs du Samusocial et du centre de la porte d'Ulysse s'écharpent sur plusieurs dossiers, notamment au niveau logistique. Ce sont ces mêmes sans-abri qui auraient provoqué la fermeture du centre pour deux nuits, suite à des incidents avec les migrants.

C'est dans ce contexte tendu que Theo Francken a pris la décision de libérer les 60 sans-abri en situation illégale. L'Office des étrangers se retrouve également dans l’œil du cyclone puisque la preuve a été apportée que des navettes faisaient le voyage entre Steenokkerzeel, où un nouveau centre administratif a été installé pour traiter les dossiers, et Bruxelles. Cela a eu le don d'énerver Philippe Close qui s'est lâché dans Het Laatste Nieuws: "Je fais tout ce que je peux pour résoudre le problème et que fait Theo Francken? Il vide les parkings flamands pour renvoyer les migrants à Bruxelles. Comme ça, on n’y arrivera jamais."

Les critiques fusent de toutes parts

Si les critiques du PS sont régulières et réciproques, celles des partenaires flamands au fédéral le sont moins, en tout cas sur la politique migratoire. En campagne, le CD&V et la N-VA s'écharpent aussi bien à Anvers que dans le dossier Arco/Belfius. L'enjeu est grand: la N-VA veut devenir le plus grand parti de Flandre, et ce, à tous les niveaux de pouvoir.

Du coup, dès qu'ils le peuvent, le CD&V, mais aussi l'Open VLD, ne se retiennent pas pour asséner des coups aux nationalistes flamands. Pour Gwendolyn Rutten (Open VLD), la libération des sans-abri, c'est "le monde à l'envers", a-t-elle réagi sur la VRT. "Normalement, on se réunit d’abord avec son administration pour éviter que des criminels soient remis en liberté, pas après!" Wouter Beke, président des chrétiens-démocrates, décrit lui cette situation "d'hallucinante", même si son parti, et particulièrement le ministre de la Justice Koen Geens, n'est pas sans reproches non plus.

Mais Theo Francken, à l'image de son parti durant la mini-crise "Schild & Vrienden", ne se démobilise pas. Il communique avec l'assurance qu'on lui connait. Sur les sans-abri, il se défend: "Ces personnes ont été punies pour leurs délits et ont purgé leur peine, avec libération conditionnelle ou non. Je ne suis pas un juge. Ces personnes ont été jugées, ce n'est pas mon affaire". Le secrétaire d'État veut montrer qu'il reste maître de la situation: "J'ai lu les journaux, j'ai vu les programmes, j'ai entendu les commentaires. Je n'ai pas vu une seule alternative réaliste. Notre plan d'action est le meilleur qui vaille. Nous continuons à travailler avec détermination".

Bilan

Mais ce matin, c'est au tour du MR de réagir via son chef de groupe à la Chambre, David Clarinval. Ce dernier demande à Theo Francken de stopper sa "communication frénétique" et d'agir. Si le MR déplore l'agressivité du CD&V et de l'Open VLD, il s'interroge sur "l'efficacité" de la décision de Theo Francken: "Pourquoi faire sortir 60 personnes d'un centre fermé alors que leur retour est programmé, pour y loger des transmigrants dont on ne sait pas encore s'ils pourront être expulsés vers leur pays d'origine?"

Si comme toujours, Theo Francken devrait se sortir de cette situation, on tirera en fin de législature un bilan de sa politique migratoire stricte, qui vise à éviter les appels d'air. Pas sûr que d'un point de vue comptable (dépenses et arrivées), le secrétaire d'Etat puisse continuellement se défendre.

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