Pourquoi jouer les étonnés? Des membres de "Schild & Vrienden" figurent sur les listes de quatre partis flamands

Depuis deux jours et la diffusion du reportage polémique de la VRT, on assiste à une vague d'indignation au nord du pays. Pourtant, le mouvement "Schild & Vrienden" est loin d'être inconnu, tout comme les idées qu'il véhicule. Le site d'investigation "Apache" révélait hier que plusieurs membres figuraient sur les listes du CD&V, de l'Open VLD, du Vlaams Belang et de la N-VA.

Tous les regards se portent sur la N-VA. Et pour cause, les jeunes du parti ont confirmé qu'une vingtaine de leurs membres avaient un lien avec le mouvement "Schild & Vrienden", épinglé mercredi sur la VRT pour son extrémisme et sa xénophobie.

D'autres figurent directement sur des listes communales, à quelques semaines du scrutin (14 octobre). C'était le cas de Stijn Everaert à Alost qui s'est depuis retiré. C'est toujours le cas pour Nick Peeters, inscrit à Lubbeek, la commune d'un certain Theo Francken. Il vient d'être confirmé sur la liste, après discussion avec son chef de file. Nick Peeters minimise son rôle au sein de "S&V", mais plusieurs sources montrent qu'il faisait partie du noyau dur, notamment en donnant des formations à l'université d'été. On peut encore citer le jeune Dennis Laveaux, 20e sur la liste N-VA de Maaseik. Depuis la diffusion du reportage, ils sont quatre membres de la N-VA à avoir fait un pas de côté.

Le secrétaire d'État a lui répété sur les antennes de La Première ce vendredi à quel point il était "choqué" à la vue du reportage. "Je les connais Schild & Vrienden, mais je ne savais pas qu'il y avait des éléments si extrêmes dans cette organisation". Ah? Il suffit pourtant de faire un petit tour sur la page Twitter de leur chef, Dries Van Langenhove. Tweets homophobes et racistes s'y croisent en toute impunité. On irait même jusqu'à dire que Theo Franken se fout de nous, quand on s'aperçoit que le secrétaire d'État a employé, presque mot pour mot, la rhétorique du jeune homme dans son tweet polémique et homophobe le 27 août dernier.

Indignation générale

L'indignation est générale. Chaque président de parti a très rapidement réagi pour condamner le mouvement. De Gwendolyn Rutten en passant par Wouter Beke, respectivement président de l'Open VLD et du CD&V. Tous pointent du doigt la responsabilité de la N-VA: par les propos de ses membres, Theo Francken et Bart De Wever en tête, le parti nationaliste favoriserait un discours décomplexé sur le rejet de l'autre. Qu'il soit migrant, musulman, gauchiste ou wallon. On peut citer pêle-mêle: "Nous avons autorisé la mauvaise sorte de migrants en masse", "De nombreux musulmans ont dansé après les attentats", ou encore le "racisme est relatif" de Liesbeth Homans.

Pour Wouter Beke, "On récolte ce que l'on sème". Sans le citer, le président des démocrates-chrétiens vise Theo Francken: "Nous pouvons envoyer des jeunes à l’université, nous pouvons les éveiller la citoyenneté, et les parents peuvent faire de leur mieux pour apprendre le respect à leurs enfants. Mais que peut-on faire si les figures de proue de notre société, les politiciens populaires ne prennent plus cette peine? S’ils nourrissent eux-mêmes les conflits, blessent les gens ou les dressent les uns contre les autres? S’ils cherchent un coupable à un problème plutôt qu’une solution?".

Très juste. Mais cette phrase résonne bizarrement quand on apprend que des membres du "S&V" figurent aussi sur des listes CD&V. C'est en tout cas ce qu'a révélé hier le site d'investigation Apache. Une information confirmée par De Standaard ce vendredi matin: Thomas Maes, 21 ans, fait partie de la liste communale de Stekene. Il a décidé de se retirer depuis. Comme beaucoup d'autres, il minimise son attachement au mouvement extrémiste.

Et ça va même plus loin: Apache a repéré des membres de "Schild & Vrienden" au sein de l'Open VLD et Vlaams Belang. Ça fait donc quatre partis en tout.

Pas une surprise

Si les présidents de parti ne sont pas censés connaître chaque affinité de leurs membres sur le bout des doigts, on peut néanmoins s'étonner de leur étonnement. Le mouvement étudiant est bien connu en Flandre. Il a notamment assuré la sécurité lors d'une conférence de Theo Francken à Gand. Au début du mois d'août, le groupuscule s'affichait aux côtés de Viktor Orban, le président hongrois, connu pour son discours radical envers les migrants. Les méthodes de "S&V" font souvent penser à Génération identitaire en France. Leur peur? Le grand remplacement. La perte de leurs valeurs au profit de valeurs étrangères. Le 1302 qu'ils portent sur leur pull fait directement référence à la bataille des éperons d'or, fondement des mouvements nationalistes flamands.

Au-delà de "Schuld & Vrienden", des courants et groupuscules néofascistes (VMO, TAK, Voorpost...) existent depuis des décennies dans le nord du pays. Sans doute se sentent-ils plus libérés aujourd'hui. Parce que le discours ambiant, provenant également de nos élites, le permet. Les réseaux sociaux ont aussi donné à chaque personne une voix publique.

Mais Theo Francken et Bart De Wever ne font pas leur mea culpa pour autant. Hier, le président de la N-VA disait vouloir d'abord "analyser" la situation. Theo Francken a répété ce matin que tous les membres (900) de "S&V" n'étaient pas concernés par les dérives xénophobes. Notamment au niveau des mèmes partagés sur Facebook: "Il y a des groupes secrets qui ont été créés et qui partagent des images très extrêmes. Mais je pense que beaucoup de membres de 'Schild & Vrienden' n'étaient pas au courant de ces groupes secrets." Theo Francken attend lui aussi les résultats de l'enquête.

Le débat de fond, lui, reste le même. Un racisme ordinaire, dit décomplexé, est de plus en plus évident dans notre société. Et ce, depuis longtemps. Pourquoi donc jouer les étonnés?

Déjà lu?