Rififi autour de la rentrée parlementaire wallonne: le débat sur la canicule de l'été n'aura pas lieu 

Ce mercredi, c'est jour de rentrée pour les députés wallons. Une rentrée anticipée un peu spéciale dans la mesure où deux périodes électorales sont en approche. Du coup, est-il encore le temps de faire avancer certains dossiers? "Oui", clame la majorité. Mais Ecolo s'est vu refuser un débat sur la canicule de cet été, et au-delà, sur l'urgence de la question climatique qui est désormais à nos portes.

Les élections communales sont en approche. Ça se sent. Que ce soit au travers de joutes verbales plus que borderlines ou dans de soudaines politiques de grands travaux, entamées par l'un ou l'autre élu sur le plan local.

Ça se sent également au niveau du Parlement wallon. Les députés font leur rentrée ce mercredi pour une courte séance. Et il y a déjà de la friture sur la ligne: Ecolo et Philippe Henry en veulent aux deux chefs de groupe de la majorité MR-cdH. En cause, la décision de ne pas porter le débat sur la canicule de l'été en séance plénière. "On ne comprend pas très bien car la séance le permettait largement", s'étonne Philippe Henry, contacté par newsmonkey.

Urgence

Au-delà, c'est toute la problématique du réchauffement climatique qui devrait être la priorité des priorités selon les Verts. L'écologie comme mode de fonctionnement, et pas comme simple maquillage ou slogan verdoyant. "On a fait face à un été particulièrement marquant. Le réchauffement climatique a des effets chez nous, et pas seulement à l'autre bout du monde". L'urgence est là: "Malgré le fait que les problèmes s'aggravent d'année en année. Malgré les objectifs affichés à moyen et long termes, on ne place toujours pas les défis climatiques au centre des débats", déplore le député liégeois.

Du côté du MR, Jean-Paul Wahl n'y voit pas une priorité. En tout cas pas maintenant et pas dans ce cadre: "Moi je veux bien (faire un débat). Mais le problème ce n'est pas la canicule, c'est la sécheresse". Il faut comprendre par-là que la principale préoccupation des Wallons, à l'heure actuelle, et en particulier pour les agriculteurs et entreprises affectés, c'est de savoir ce que la Wallonie a mis et mettra en place pour les indemniser. "S'il fait chaud, ce n'est pas la Wallonie qui pourra changer quoi que ce soit".

Électoraliste?

Jean-Paul Wahl aurait pu comprendre un débat sur les conséquences de la sécheresse, "mais nous n'avons pas encore aujourd'hui les analyses qui concernent le mois d'août. De plus, les effets de la sécheresse se font encore sentir maintenant." Pour lui, peu de doute, cette demande de débat cache un agenda électoraliste: "Toutes les mesures qui devaient être prises durant la sécheresse ont été prises. Pas besoin de faire de débat là-dessus. C'est du remplissage pour du remplissage." Et sur les défis climatiques, le chef de groupe MR rappelle que la Wallonie est à la pointe dans le cadre intrabelge: "Le Parlement de Wallonie est l'assemblée de notre pays qui a pris le plus de mesures concernant le défi climatique".

Même son de cloche du côté du cdH: "Toutes les mesures entreprises ont très bien fonctionné. Que ce soit au niveau de la santé des personnes du 3e âge ou au niveau agricole. Notamment au niveau de la procédure de reconnaissance des calamités. Une cinquantaine de communes sont concernées par les indemnités et un second plan a été demandé à l'IRM pour voir si d'autres communes ont été affectées." Dimitri Fourny ajoute qu'un bilan de l'été caniculaire sera communiqué dès "la semaine prochaine". Partant de ce constat, le chef de groupe cdH n'a pas vu d'intérêt à tenir un débat en séance plénière "sur la couleur du ciel et l'évolution des températures au niveau mondial." Le cdH laissera donc place aux traditionnelles questions parlementaires adressées à ses ministres. Fin du débat.

Court et long termes

On comprend toutefois que le débat voulu par Ecolo est ailleurs. L'épisode caniculaire doit servir de piqûre de rappel. Philippe Henry déplore l’ambiguïté du gouvernement sur les questions climatiques où les actes manquent souvent à la parole: "D'un côté tout le monde veut respecter l'accord de Paris, tout le monde veut sortir du diesel, tout le monde mise sur le pacte énergétique ou d'arrêter d'urbaniser nos compagnes... Mais dans les faits, concrets, c'est le flou". Le temps presse: "Le problème, c'est que si on veut respecter les engagements de Paris, il faut agir maintenant."

Le député Ecolo voit une série de dossiers qui ne prend pas la bonne direction, en tout cas si l'on veut appliquer une véritable politique écologique: "Pour la révision des taxations des voitures, le ministre Crucke (MR) a laissé entendre que ce ne serait pas pour cette législature. C'est pourtant crucial parce que ça oriente le choix des usagers dans l'achat de leur prochain véhicule. On nous a aussi promis d'arrêter de construire des centres commerciaux en dehors des villes, on voit que ce n'est pas le cas, notamment à Mouscron." Philippe Henry cite un tas d'exemples: "Le plan Wallonie cyclable est à l'arrêt. Nous sommes en retard par rapport aux pays voisins et à la Flandre. Les objectifs d'énergies renouvelables ont été rabaissés. Le Plan Air-Climat est en retard et se base sur des objectifs européens dépassés".

Bref, le député ne voit pas, derrière chaque politique wallonne, la volonté de véritablement opérer un tournant écologique. Et pour cause, ce tournant nécessite un changement de paradigme, comme l'a rappelé Nicolas Hulot dans son interview crève-cœur et qui a visiblement touché les écologistes. C'est d'ailleurs toute la difficulté de faire cohabiter des mesures de court, moyen et long terme, toutes nécessaires, mais parfois contradictoires.

Les priorités

Les priorités du cdH et du MR d'ici les élections législatives de mai prochain sont ailleurs. La majorité compte avancer sur plusieurs dossiers clés, même si le contexte électoral rend les choses difficiles. Dimitri Fourny entend faire passer la prime qui doit bénéficier aux étudiants obligés de louer un kot de par leur éloignement géographique (province de Luxembourg par exemple). Ou encore la réduction automatique sur le précompte immobilier dès le premier enfant ou l'application du code du bien-être animal.

Du côté du côté du MR, on cite la mise en application du décret gouvernance. On soulignera qu'il a toutefois été raboté suite aux logiques partisanes. Le chef de groupe veut également étudier la réforme des provinces, non pas pour leur disparition, mais pour un nécessaire transfert de compétences vers la Région. Il cite encore la problématique du photovoltaïque, aussi appelée "dette Nollet", et qui laisse 80.000 familles wallonnes dans l'expectative.

Chacun chasse sur ses terres.

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