Voici pourquoi Facebook note maintenant la fiabilité de ses utilisateurs

Nous y voilà. Facebook, dans un souci de lutter contre les fake news, note la fiabilité de certains de ses utilisateurs. Le but est de lutter contre les signalements intempestifs. C'est aussi un moyen de faire passer un message avant les élections américaines (midterms).

La lutte contre les fausses informations sur les réseaux sociaux est sans doute à un tournant. Après avoir reçu de nombreuses critiques, Facebook tente de prendre les choses en main, non sans susciter quelques polémiques.

Ce mardi, le Washington Post a annoncé que le réseau social notait ses utilisateurs sur une échelle de 0 à 1. Le but? Jauger la crédibilité des personnes qui signalent du contenu à tour de bras, même si ce contenu est avéré: "La raison pour laquelle nous procédons ainsi c'est parce que nous voulons que notre lutte contre la désinformation soit la plus efficace possible", a répondu Facebook qui a bien précisé que cela ne concernait pas tous ses utilisateurs.

"Il n'est pas rare que les gens nous disent que quelque chose est faux simplement parce qu'ils ne sont pas d'accord ou ciblent un éditeur particulier", a ajouté le réseau social aux 2 milliards d'utilisateurs. Facebook compte donc attribuer des notes aux signaleurs, selon leur capacité à distinguer une fausse information d'une vraie.

Coup de pression

Mais pourquoi là tout de suite et maintenant? La pression devenait énorme, entre ceux qui sont lassés de voir pulluler des fake news et ceux voyaient leur page supprimée à cause des mécontents. De plus, ce sont les élections américaines en novembre prochain (midterms). Le réseau social doit donc montrer patte blanche pour endiguer les phénomènes de manipulation de l'opinion, comme ce fut le cas lors des élections de Donald Trump aux États-Unis ou d'Emmanuel Macron en France.

Reste que les utilisateurs n’accueillent pas très favorablement cette technique de notation. D'abord, car ils ne peuvent être mis au courant de leur score ou celui des autres, ensuite parce qu'il est difficile de savoir sur quelle base ils sont jaugés. Cela contribue en tout cas à amplifier les soupçons de non-objectivité de Facebook, ce qui alimente les polémiques. Si l'objectif est louable, on sent que ce système pourrait vite déraper. Aucun outil informatique n'est pour l'instant capable de savoir si une information est juste ou pas. On peut aussi imaginer des utilisateurs qui feraient exprès de court-circuiter cette notation en signalant n'importe quoi.

Une approche multiple

Mais Facebook table sur plusieurs autres outils pour lutter contre les fake news. Le réseau social utilise par exemple la crédibilité de certains médias d'information pour vérifier le contenu qui est publié dans son fil d'actualités. Des sites comme Le Monde (les Décodeurs) jaugent ainsi certains sites, jugés peu crédibles et qui partagent des informations sans vérification, voire des sites satiriques comme Nordpresse (capture d'écran). En tout, 27 médias issus de 17 pays ont été choisis. Ils se sont spécialisés dans le fact-checking.

Mi-juillet, Mark Zuckerberg réfléchissait déjà à la manière de procéder dans cette lutte déterminante. Entre le besoin de "protéger sa communauté" et le respect de la liberté d'expression. Le débat est rendu d'autant plus difficile que la liberté d'expression n'est pas partout la même. La conception anglo-saxonne de la liberté d'expression est beaucoup plus large qu'en Europe. Par exemple, des propos négationnistes seront interdits en Allemagne ou en Belgique mais ne le seront pas aux États-Unis. Ces différences culturelles et juridiques compliquent les choses et obligent Facebook à s'adapter.

Le 18 juillet dernier, Facebook annonçait également supprimer certaines fake news si elles étaient susceptibles de conduire à des actes violents. Début 2018, Facebook a aussi lancé un outil pour sonder ses utilisateurs. Ils sont désormais interrogés sur la confiance qu'ils accordent à certains médias et pas à d'autres. Aujourd'hui, la vérification de la fiabilité des signaleurs Facebook n'est donc qu'une étape supplémentaire dans lutte contre le fake news. Une approche multiple et une sorte de compromis. Même si les inquiétudes demeurent.

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